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Se coordonner dans un périmètre irrigué public au Maroc

Contradictio in terminis ?

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Zhour Bouzidi

Se coordonner dans un grand périmètre irrigué public, conçu dans l’idée même d’une coordination hiérarchique par l’État, renvoie-t-il à une contradictio in terminis ? Une question lancinante dans les débats en cours sur les périmètres irrigués de la grande hydraulique qui, en s’accordant sur les limites des modèles institutionnels et réformes successifs, restent toujours en quête d’approches pertinentes pour une bonne gestion de ces périmètres.
La réponse à cette question est a priori affirmative dans le périmètre irrigué du Gharb au Maroc, un périmètre longtemps façonné par un État s’ingérant dans les détails les plus infimes de la vie rurale. Le passage de l’eau du ciel à l’eau de l’État n’a pas marqué seulement les pratiques et le paysage agricole dans ce périmètre mais aussi les discours et les représentations collectives des agriculteurs et des agents de l’administration agricole. Alors : si on cherchait à repenser autrement cette question dans un contexte de redéploiement de l’État et d’émergence de nouvelles dynamiques ?
Tel est l’objectif de ce livre qui se propose d’appréhender la coordination de la gestion des périmètres irrigués de façon différente et originale. Différente, dans son ambition d’inverser le regard porté sur ces périmètres publics en analysant la coordination « par le bas ». Originale, dans son approche qui vise à décrypter la coordination in situ, son sens pratique, ses logiques implicites et explicites, autrement dit les grammaires d’action, en s’imprégnant des dédales des vécus locaux et des rouages de l’anodin et de l’irrégulier. Le livre s’attache à dénouer les fils de la coordination dans trois villages, fils que tissent les communautés locales dans leurs attachements divers avec la production d’agrumes, l’utilisation de l’eau pour l’irrigation et l’accès à la terre.
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Introduction

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« Peut-on continuer toujours d’admettre que ce qui doit s’adapter c’est toujours la société (variable dépendante), jamais la technique (variable indépendante), ou, au contraire, s’autoriser à penser que la relation n’est pas aussi univoque qu’on voudrait bien le dire » (Marié, 1984).

Dans de nombreux pays en développement, l’irrigation fut placée comme un axe central du développement social et économique (Mollinga et Bolding, 2004). Dès la deuxième moitié du XIXe siècle, la conception et le développement des grands périmètres irrigués furent confiés à des « corps d’ingénieurs bâtisseurs » dans un contexte de coordination fortement centralisée (Kuper, 2011). Les schémas d’aménagement adoptés sont hérités de la période coloniale. Bien que l’environnement de l’irrigation ait beaucoup changé, les pratiques postcoloniales restèrent largement influencées par les approches coloniales (Ertsen, 2007).

Après les indépendances, des objectifs multiples et fort ambitieux furent associés aux prouesses de la grande hydraulique : accroître la productivité agricole, atteindre la sécurité alimentaire et améliorer les revenus des agriculteurs. L’objectif de modernisation de l’agriculture irriguée fut soutenu par d’importants aménagements structurels des territoires (irrigation, drainage, remembrements) (Deverre, 2004). Des budgets conséquents furent ainsi investis dans le cadre des politiques hydro-agricoles et furent couplés à un arsenal de mesures réglementaires, juridiques et incitatives. Il était supposé que les gains financiers issus de l’amélioration de la...

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