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Amours, danses et chansons

Le mélodrame de cabaret au Mexique et à Cuba (années 1940–1950)

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Julie Amiot-Guillouet

Cet ouvrage propose une analyse originale sur les relations cinématographiques entre Cuba et le Mexique à la période classique, à travers la construction de l’imaginaire particulier du mélodrame de cabaret, peuplé de danseuses de rumba au sang chaud et au cœur tendre. Les films dont elles sont les héroïnes sulfureuses s’enracinent dans les traditions génériques de l’industrie du cinéma mexicain, retravaillées par l’apport cubain à travers la musique, la danse, les paysages et les cabarets. Ils façonnent des personnages féminins originaux, introduisant des représentations inédites de danseuses et de femmes fatales qui luttent pour leur autonomie, et jouissent d’une grande liberté dans leur rapport avec leur corps. Cette coopération cinématographique s’explique par la volonté des producteurs, distributeurs et metteurs en scène mexicains de s’imposer sur les écrans cubains, tandis que les Cubains espèrent bénéficier de leur savoir-faire technique et artistique pour jeter les bases d’un cinéma national encore embryonnaire. Toutefois, l’atmosphère « tropicale » mise en œuvre dans les films s’avère un trompe-l’œil commercial lié au regard mexicain qui exotise Cuba. Un postulat dénoncé par les critiques et cinéastes cubains, en particulier au lendemain de la Révolution qui souhaite rompre radicalement avec ce cinéma commercial. La réception et l’historiographie de ces films en font ainsi de puissants révélateurs des imaginaires nationaux qu’ils contribuent à façonner et à véhiculer.
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Avant-propos

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Issu de sa thèse de doctorat soutenue en 2003, l’ouvrage de Julie Amiot-Guillouet est pionnier à plusieurs égards. Il traite un sujet qui paraît très spécialisé, celui des « mélodrames de cabaret » qui de 1945 à 1960 ont constitué un sous-genre du cinéma mexicain, en liaison avec des musiques et des interprètes cubaines, notamment les rumberas ou cabaretières, les reines de la rumba. L’auteure combine avec bonheur l’analyse des films, de leur production et de leur réception, l’histoire des formes et l’histoire économique et institutionnelle. Son livre passionnera les amateurs de mélodrame, mais aussi de comédie musicale, et tous ceux qui croient à l’inventivité de la culture populaire. Il piquera la curiosité de ceux qui s’interrogent sur la définition des cinémas nationaux car l’auteure y traite de la coproduction, qui est transnationale (en l’occurrence, binationale) par définition.

De longue date, les admirateurs du cinéma mexicain ont reconnu la place éminente qu’y occupe le mélodrame, avec les œuvres magistrales d’Emilio Fernández, comme María Candelaria (Emilio Fernández, 1944), dont la plastique, ciselée par la photo de Gabriel Figueroa, reprend les thèmes indiens épiques ou tragiques d’Eisenstein et de Diego Rivera tout en y introduisant la suavité sensuelle de son interprète, Dolores del Río. Pour la plupart, les mélodrames de cabaret qu’analyse Julie Amiot-Guillouet n’affichent pas cette ambition esthétisante (même si Fernández a sacrifié au genre...

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