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L’accommodement de la diversité religieuse

Regards croisés – Canada, Europe, Belgique

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Edited By Emmanuelle Bribosia and Isabelle Rorive

Que se passe-t-il lorsque des personnes observant une religion minoritaire (voire même majoritaire) demandent l’adaptation de règles générales au nom de la pratique de leur foi ? Comment les employeurs, les pouvoirs publics, les directeurs ou les fournisseurs de services réagissent-ils à de telles demandes ? Que stipule la loi en de pareils cas ? Et quels sont les arguments normatifs en faveur ou à l’encontre de ce type de demandes ?
Aux États-Unis et au Canada, ces questions sont traitées depuis plusieurs décennies par le jeu du concept juridique d’« accommodement raisonnable ». En Belgique, les sociologues ont pu observer depuis des années de nombreuses pratiques similaires, sans toutefois les nommer comme telles. Aujourd’hui, avec le développement, en droit européen, de la notion de discrimination indirecte, ainsi que l’introduction du principe d’« aménagement raisonnable » pour les personnes souffrant d’un handicap, la question se pose de savoir jusqu’à quel point cette figure juridique peut être mobilisée pour les pratiques religieuses.
Cet ouvrage collectif rassemble des contributions d’académiques issus des deux côtés de l’Atlantique. En croisant les regards – philosophiques, politologiques, juridiques et sociologiques –, il vise à dépasser une approche passionnelle d’un débat éminemment sensible, où le monde scientifique est traversé par des opinions très contrastées.
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La liberté de religion à l’âge séculier

1. Liberté religieuse ou liberté morale ?

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Cécile LABORDE

University College London1

Commençons par un paradoxe. À l’âge séculier, comme l’a amplement démontré Charles Taylor dans son célèbre ouvrage, la croyance religieuse ne structure plus notre imaginaire social2. Elle est devenue une « option », l’une des façons que nous avons de donner du sens à nos vies. L’âge séculier est caractérisé par le « fait du pluralisme » – un pluralisme inévitable, irréductible, des valeurs, des croyances, des engagements, religieux ou non. Or, parallèlement, nous considérons que la liberté de religion est une liberté première, essentielle, fondamentale. La liberté de religion est souvent présentée comme un – voire le – droit libéral de base, à la fois en philosophie libérale depuis Locke, et dans le droit positif national et international. Le paradoxe est par conséquent le suivant. Comment, et en vertu de quoi protégeons-nous la liberté de religion à un moment historique où le religieux n’est pas spécifique, ou central ? Le fait d’accorder une protection spéciale à la liberté de religion n’est-il pas en contradiction avec l’idéal de neutralité entre modes de vie, religieux et non religieux, dans le contexte du pluralisme ?

Comment résoudre ce paradoxe ? Plusieurs résolutions sont possibles, mais j’aimerais ici me pencher sur une solution spécifique. Elle consiste à dire, de manière synthétique, que la protection de la liberté de religion ne contredit pas la neutralité si l’on...

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