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L’accommodement de la diversité religieuse

Regards croisés – Canada, Europe, Belgique

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Edited By Emmanuelle Bribosia and Isabelle Rorive

Que se passe-t-il lorsque des personnes observant une religion minoritaire (voire même majoritaire) demandent l’adaptation de règles générales au nom de la pratique de leur foi ? Comment les employeurs, les pouvoirs publics, les directeurs ou les fournisseurs de services réagissent-ils à de telles demandes ? Que stipule la loi en de pareils cas ? Et quels sont les arguments normatifs en faveur ou à l’encontre de ce type de demandes ?
Aux États-Unis et au Canada, ces questions sont traitées depuis plusieurs décennies par le jeu du concept juridique d’« accommodement raisonnable ». En Belgique, les sociologues ont pu observer depuis des années de nombreuses pratiques similaires, sans toutefois les nommer comme telles. Aujourd’hui, avec le développement, en droit européen, de la notion de discrimination indirecte, ainsi que l’introduction du principe d’« aménagement raisonnable » pour les personnes souffrant d’un handicap, la question se pose de savoir jusqu’à quel point cette figure juridique peut être mobilisée pour les pratiques religieuses.
Cet ouvrage collectif rassemble des contributions d’académiques issus des deux côtés de l’Atlantique. En croisant les regards – philosophiques, politologiques, juridiques et sociologiques –, il vise à dépasser une approche passionnelle d’un débat éminemment sensible, où le monde scientifique est traversé par des opinions très contrastées.
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Voiles/Voiler

Introduction

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Pascale FOURNIER et Emmanuelle JACQUES

Université d’Ottawa

« Comme nous aurons plus loin à étoffer cette absence d’événement, l’imminence visible et configurée de son non-lieu […] dans la syntaxe du rideau, de l’écran, du voile. »

Jacques Derrida, La dissémination1

Voiles. Voiler. Dissimuler le visage. Interdire de dissimuler le visage : dévoiler. Le 11 octobre 2010, la France promulgue la Loi interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public2. Nulle part dans la loi ne peut-on lire les mots « burqa », « niqab », « voile intégral ». Pourtant, il ne fait aucun doute que c’est là son principal objet, comme le révèlent les discours des parlementaires lors de son adoption par l’Assemblée nationale le 13 juillet 2010. Le député Nicolas Perruchot se vantait alors « d’opposer au voile intégral le refus sans appel de la République »3. Bérengère Polletti renchérissait : « La burqa, le niqab […] sont une prison pour les femmes […], la condamnation à n’être plus rien »4.

En juin 2011, le gouvernement belge adopte une loi similaire modifiant le Code criminel afin d’« interdire le port de tout vêtement ← 289 | 290 → cachant totalement ou de manière principale le visage ». Encore une fois, ni le titre de la loi, ni le texte des articles ne font référence au véritable objet de l’interdiction. La chambre des représentants a d’ailleurs refusé deux amendements proposés par Jean-Marie Dedecker pour...

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