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La désobéissance épistémique

Rhétorique de la modernité, logique de la colonialité et grammaire de la décolonialité

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Edited By Walter Mignolo

Pour penser au-delà des frontières épistémiques et territoriales établies par la colonisation des XV e et XVI e siècles, il est nécessaire d’identifier les formes d’acteurs et d’institutions dévalorisées par ces frontières.
Il est alors possible de mieux se détacher de ce dispositif conceptuel en optant pour un revirement épistémique qui consiste à privilégier, sur les traces de Fanon notamment, la socio-genèse d’un « être qui existe là où il pense » dans un environnement « pluri-versel ».
Un tel écart procède d’un acte d’émancipation qui ose transgresser la référence à l’universalisme abstrait hérité des Modernes pour dominer le monde. C’est un acte de « désobéissance épistémique ».
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CHAPITRE II. La rhétorique de la modernité et la logique de la colonialité

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CHAPITRE II

La rhétorique de la modernité et la logique de la colonialité

1. Dussel et le projet modernité/colonialité

Les conférences prononcées par Dussel à Francfort1 sont un bon point de départ pour comprendre l’argumentation du projet de recherche modernité/colonialité.

Pour beaucoup (par exemple pour Jürgen Habermas et pour Charles Taylor), la modernité est essentiellement et exclusivement un phénomène européen. Sur la base de ces lectures, je défendrai l’idée selon laquelle la modernité est, en fait, un phénomène européen, qui est constitué par une relation dialectique avec une altérité non européenne. Cette altérité est, en dernière instance, son contenu ultime. La modernité apparaît quand l’Europe s’affirme elle-même comme « centre » de l’Histoire Mondiale, qu’elle inaugure. Dès lors, la « périphérie », qui entoure ce « centre », est en partie une conséquence de l’auto-définition du « centre ». L’oblitération de cette périphérie – et du rôle de l’Espagne et du Portugal dans la formation du système du monde moderne issu à la fin du XVIe siècle et de la moitié du XVIIe siècle – conduit la majorité des penseurs du « centre » à commettre l’erreur de l’« eurocentrisme » dans le cadre de leur compréhension de la modernité.

Si leur compréhension de la généalogie de la modernité est aussi partiale et provinciale, leurs tentatives...

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