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Connexions électriques

Technologies, hommes et marchés dans les relations entre la Compagnie générale d’électricité et l’État, 1898-1992

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Yves Bouvier

Qu’à l’occasion d’un voyage officiel d’un ministre ou du président de la République, la délégation soit composée de chefs d’entreprise et de hauts fonctionnaires n’étonne plus. Drapeau et commerce sont associés au nom de la conquête des marchés internationaux, de la sauvegarde de l’emploi et du prestige national. Cette relation étroite entre la grande entreprise et l’État, généralement considérée comme une spécificité française du fait de son intensité, s’est d’abord construite dans l’espace national au cours du XX e siècle.
Cet ouvrage présente pour la première fois une réflexion dans la durée sur la relation d’un grand groupe industriel avec l’État. Fondée en 1898, la Compagnie générale d’électricité est devenue Alcatel-Alsthom en 1991. Inflexions politiques, changements de régime et guerres ont bien évidemment eu des effets directs sur les rapports entretenus entre la CGE et l’État, mais les rythmes profonds sont toutefois liés aux temporalités des technologies, à la définition des marchés et aux stratégies personnelles des managers. Passant des concessions municipales pour les premiers réseaux urbains d’électricité à la veille de 1900 aux investissements considérables du programme nucléaire et du rattrapage téléphonique dans les années 1970, la CGE a changé d’échelle avec le déploiement des politiques publiques dans un véritable processus de co-construction.
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La constitution du groupe CGE ou l’administrateur délégué au centre du système, 1898-1910

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J’estime particulièrement nécessaire, dans notre forme actuelle de civilisation, que l’ingénieur soit un chef. Par la force même des choses, par le prodigieux développement de la technique, l’ingénieur est amené, aujourd’hui, à jouer un rôle considérable dans l’évolution du monde.

Raoul Dautry, Métier d’homme

La création, le 31 mai 1898, de la Compagnie générale d’électricité chez maître Lanquest, notaire à Paris, fut l’aboutissement du rapprochement de plusieurs sociétés, liées entre elles par des propriétaires et des administrateurs communs. L’organisation qui se mit en place sous la forme d’une entreprise industrielle relevant de la loi du 26 juillet 1867 sur les sociétés anonymes conféra à son administrateur délégué, Pierre Azaria, un rôle central, tant pour jeter les bases de l’activité que pour construire un véritable groupe industriel1.

À bien des égards, la dénomination ambitieuse de la nouvelle société (« Générale ») et l’installation du siège social à Paris, dans des locaux loués au 5 rue Boudreau, à proximité de l’Opéra, cachaient mal la dispersion des usines et le caractère profondément normand de la société. L’opération s’inscrivait en réalité dans les deux opportunités à saisir qu’étaient la création de nouveaux réseaux de distribution d’électricité et l’intégration des activités.

Les quatre sociétés regroupées dans la CGE...

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