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Connexions électriques

Technologies, hommes et marchés dans les relations entre la Compagnie générale d’électricité et l’État, 1898-1992

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Yves Bouvier

Qu’à l’occasion d’un voyage officiel d’un ministre ou du président de la République, la délégation soit composée de chefs d’entreprise et de hauts fonctionnaires n’étonne plus. Drapeau et commerce sont associés au nom de la conquête des marchés internationaux, de la sauvegarde de l’emploi et du prestige national. Cette relation étroite entre la grande entreprise et l’État, généralement considérée comme une spécificité française du fait de son intensité, s’est d’abord construite dans l’espace national au cours du XX e siècle.
Cet ouvrage présente pour la première fois une réflexion dans la durée sur la relation d’un grand groupe industriel avec l’État. Fondée en 1898, la Compagnie générale d’électricité est devenue Alcatel-Alsthom en 1991. Inflexions politiques, changements de régime et guerres ont bien évidemment eu des effets directs sur les rapports entretenus entre la CGE et l’État, mais les rythmes profonds sont toutefois liés aux temporalités des technologies, à la définition des marchés et aux stratégies personnelles des managers. Passant des concessions municipales pour les premiers réseaux urbains d’électricité à la veille de 1900 aux investissements considérables du programme nucléaire et du rattrapage téléphonique dans les années 1970, la CGE a changé d’échelle avec le déploiement des politiques publiques dans un véritable processus de co-construction.
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De l’équipement du pays à la conquête des marchés internationaux, l’accompagnement par l’État, 1974-1981

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– Nous, les Américains, nous savons vendre.– Je ne dirais pas ça. En réalité, vous avez le pouvoir politiquede faire acheter les autres.

Manuel Vázquez Montalbán, La solitude du manager

L’année 1974 constitua à bien des égards un tournant symbolique. Le décès de Georges Pompidou et l’élection de Valéry Giscard d’Estaing marquaient, selon une interprétation purement politique, le passage de témoin entre le gaullisme et le libéralisme, entre les grands projets et la libre concurrence, entre l’État comme grand architecte de l’économie et l’Europe des entreprises. Les faits furent loin de correspondre à ce schéma. Non seulement la rupture fut loin d’être si nette1 mais les gouvernements de Jacques Chirac et de Raymond Barre suivirent et bénéficièrent des orientations définies au début des années 1970. Dans les télécommunications et dans le nucléaire, non seulement le libéralisme prôné ne fut pas mis en application mais l’État recomposa l’industrie de façon plus volontaire et dirigiste qu’aucun gouvernement gaulliste.

S’il y eut bien une « révolution d’octobre »2, en 1974, ce fut plus dans les changements de personnes que dans les orientations à long terme. La nomination de Gérard Théry au poste de directeur général des télécommunications, en remplacement de Louis-Joseph Libois, permit en effet la concrétisation de certains changements stratégiques dans la gestion...

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