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L’éclosion d’une parole de théâtre

L’œuvre de Michèle Fabien des origines à 1985

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Dominique Ninanne

L’écriture de Michèle Fabien (1945-1999) s’enracine dans la dynamique intellectuelle et culturelle des années 1960/70, tout en se plongeant dans les enjeux et questionnements de la belgitude et du Nouveau Théâtre. Son itinéraire passe de la recherche littéraire et de la dramaturgie à l’adaptation théâtrale comme réécriture puis à l’écriture personnelle, voire à la mise en scène, dans le cadre du rôle majeur qu’elle joue de plus en plus aux côtés de Marc Liebens dans l’histoire de l’Ensemble Théâtral Mobile.
Le terminus ad quem de ce livre se situe en 1985, date de repositionnements fondamentaux de cette compagnie théâtrale novatrice et du système culturel belge francophone.
À partir de Jocaste (1981), l’écriture dramatique de Michèle Fabien a opéré sa percée. Sur fond d’une Histoire faite du désenchantement des années 1970/80 et de l’horreur des années noires prennent ainsi forme une parole et un art théâtraux aux enjeux vitaux. Une parole que s’approprient des sujets meurtris, issus du Mythe et de l’Histoire.
Imprégné des lectures de Jean Genet, Bertolt Brecht, Heiner Müller, Jean Louvet, René Kalisky, Jacques Lacan ou Roland Barthes, l’univers intellectuel de Fabien fait l’objet dans ce livre d’une analyse minutieuse, tant pour ses pièces que pour ses articles ou sa thèse consacrée à Michel de Ghelderode. Première monographie importante consacrée à l’auteure qui donna pour la première fois la parole à Jocaste, ce livre se fonde sur de nombreux textes inédits, notes préparatoires, ébauches ou versions de pièces, correspondances, qui le rendent incontournable.
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Conclusion

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La venue à l’écriture de Michèle Fabien s’inscrit dans un paradigme brechtien, qui pose question à la génération « critique » du Jeune Théâtre. Dès sa création, l’Ensemble Théâtral Mobile assume concrètement l’héritage de Brecht par sa structure même, la recherche du sens étant confiée aux dramaturges, Jean-Marie Piemme et Michèle Fabien. Dans l’abondant bagage discursif qui accompagne la production des spectacles, l’E.T.M. explique comment fonctionne le travail matérialiste sur le texte (opérer un déplacement par rapport au texte de départ), expose sa volonté de se détacher du théâtre bourgeois d’illusion par la mise en évidence du référent théâtral et du point de vue d’où il s’énonce, ainsi que sa conception du théâtre comme intervention politique, de l’ordre d’une sociologie (mettre en lumière la domination d’une classe et d’un sexe sur l’autre – répartition patente, fondée sur des antagonistes). Le groupe théâtral fait, par ailleurs, clairement sienne l’utopie brechtienne de transformation de la société : en l’occurrence, agir sur la pensée petite-bourgeoise à partir d’un point de vue ouvrier.

Entre la fin de l’année 1977 et la fin de l’année 1978, apparaissent des failles visibles dans cet engagement brechtien. Conversation en Wallonie renoue avec la participation de Jean Louvet et renforce le projet de l’E.T.M. d’ancrer son entreprise dans la littérature et l’Histoire de son pays, pour une prise de...

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