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L’héroïne goncourtienne

Entre hystérie et dissidence

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Barbara Giraud

Grace à une approche socio-historique et littéraire, cette étude interdisciplinaire située à l’intersection des champs littéraire et médical, ouvre de nouvelles perspectives sur le discours tenu par la médecine du 19 e siècle à propos de la sexualité féminine, éclairant ainsi d’une lumière nouvelle le travail de deux auteurs majeurs de cette époque, les frères Goncourt. A travers une lecture foucaldienne de l’histoire de la sexualité et notamment de la sexualité féminine en tant que produit de constructions discursives, il a été possible d’étudier la manière dont les Goncourt ont utilisé leurs connaissances médicales pour exprimer, dans leurs romans, leur opinion sur la façon dont la société bourgeoise traite les problèmes d’« anormalité » et de rapport à autrui dans la deuxième moitié du 19 e siècle.
Par l’élaboration symptomatique de l’hystérie et de la névrose qui constitue la vie de leurs personnages féminins, ces auteurs conservateurs et misogynes semblent à première vue adhérer au discours de pouvoir mis en place par la médecine moderne.
Le résultat inattendu de l’étude approfondie de leurs textes met cependant en avant un paradoxe goncourtien non abordé jusqu’à présent : celui d’une fracture dans la représentation du discours médical logée au cœur même de leur écriture artiste, faisant ainsi de ce style l’outil de leur dissidence.

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Introduction 1

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Introduction Le paradoxe goncourtien se résume en cette phrase : Il est bien étrange que ce soit nous, entourés, encombrés de tout le joli du 18e siècle, qui nous livrions aux plus sévères et presque aux plus répugnantes études du peuple ; que ce soit nous, chez lesquels la femme a si peu d’entrée, qui fassions de la femme l’anatomie la plus sérieuse, la plus creusée, la plus intime.1 Bien connus pour être des célibataires misogynes, leur paradoxe consiste à concentrer tout leur pouvoir d’analyse de la société de leur temps et à dénoncer les pressions multiples qu’exerce cette dernière sur la femme. Le principe d’individuation féminine, la « féminilité », comme l’a définie Edmond dans les années 1880, sont au cœur d’une œuvre qui met à jour, dans toutes les classes de la société, la condition féminine de la deuxième moitié du 19e siècle. Aristocrates dans un siècle bourgeois, attachés aux valeurs de ce 18e siècle qu’ils ont contribué à remettre en valeur, Edmond et Jules de Goncourt n’en sont pas moins hommes de leur temps, fins observateurs chez qui abon- dent « les fines impressions nerveuses […] par-delà les frémissements du mot, une vibration presque inquiétante de tout l’être »,2 exprimant une sensibilité extrême qu’ils cultivent et qui fait d’eux des écrivains placés sous le signe encore paradoxal de la Modernité. Depuis leur position sociale excentrée,...

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