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L’héroïne goncourtienne

Entre hystérie et dissidence

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Barbara Giraud

Grace à une approche socio-historique et littéraire, cette étude interdisciplinaire située à l’intersection des champs littéraire et médical, ouvre de nouvelles perspectives sur le discours tenu par la médecine du 19 e siècle à propos de la sexualité féminine, éclairant ainsi d’une lumière nouvelle le travail de deux auteurs majeurs de cette époque, les frères Goncourt. A travers une lecture foucaldienne de l’histoire de la sexualité et notamment de la sexualité féminine en tant que produit de constructions discursives, il a été possible d’étudier la manière dont les Goncourt ont utilisé leurs connaissances médicales pour exprimer, dans leurs romans, leur opinion sur la façon dont la société bourgeoise traite les problèmes d’« anormalité » et de rapport à autrui dans la deuxième moitié du 19 e siècle.
Par l’élaboration symptomatique de l’hystérie et de la névrose qui constitue la vie de leurs personnages féminins, ces auteurs conservateurs et misogynes semblent à première vue adhérer au discours de pouvoir mis en place par la médecine moderne.
Le résultat inattendu de l’étude approfondie de leurs textes met cependant en avant un paradoxe goncourtien non abordé jusqu’à présent : celui d’une fracture dans la représentation du discours médical logée au cœur même de leur écriture artiste, faisant ainsi de ce style l’outil de leur dissidence.

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Chapitre 2 - La pénétration des idées scientifiques dans le discours littéraire 25

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Chapitre 2 La pénétration des idées scientifiques dans le discours littéraire Les conditions d’interactions des champs littéraire et scientifique à partir des années 1860 marquent un tournant important dans l’histoire de la médecine scientifique. Il faut rappeler que c’est à partir de ces années que la médecine prend sa dimension sociale et se constitue en institution.1 Dans quelles mesures les sciences et donc, les scientifiques utilisent-ils les arts littéraires pour divulguer leurs idées et ainsi atteindre une population avide de scientisme ? Ou à l’inverse, ne serait-ce pas la littérature, l’écrivain bourgeois désireux de participer au renouvellement littéraire du milieu du 19e siècle, qui se servirait de la science pour donner au livre une valeur mar- chande (puisqu’il plaît au public) qu’il s’évertue à nier au nom de l’Art ? La science dans un sens large, s’introduit dans la littérature parce qu’elle représente une nouvelle légitimité – une valeur sûre et reconnue par la bourgeoisie – et la figure du savant joue un rôle central, qu’il soit un per- sonnage fictif ou l’écrivain lui-même. La littérature et plus particulièrement le roman – forme privilégiée de l’esthétique naturaliste – contribue à la propagation des nouvelles données scientifiques et entretient un rapport créatif avec la science de par un usage fictionnel des connaissances scien- tifiques avec pour but de donner de la cohérence au récit en même temps...

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