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L’héroïne goncourtienne

Entre hystérie et dissidence

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Barbara Giraud

Grace à une approche socio-historique et littéraire, cette étude interdisciplinaire située à l’intersection des champs littéraire et médical, ouvre de nouvelles perspectives sur le discours tenu par la médecine du 19 e siècle à propos de la sexualité féminine, éclairant ainsi d’une lumière nouvelle le travail de deux auteurs majeurs de cette époque, les frères Goncourt. A travers une lecture foucaldienne de l’histoire de la sexualité et notamment de la sexualité féminine en tant que produit de constructions discursives, il a été possible d’étudier la manière dont les Goncourt ont utilisé leurs connaissances médicales pour exprimer, dans leurs romans, leur opinion sur la façon dont la société bourgeoise traite les problèmes d’« anormalité » et de rapport à autrui dans la deuxième moitié du 19 e siècle.
Par l’élaboration symptomatique de l’hystérie et de la névrose qui constitue la vie de leurs personnages féminins, ces auteurs conservateurs et misogynes semblent à première vue adhérer au discours de pouvoir mis en place par la médecine moderne.
Le résultat inattendu de l’étude approfondie de leurs textes met cependant en avant un paradoxe goncourtien non abordé jusqu’à présent : celui d’une fracture dans la représentation du discours médical logée au cœur même de leur écriture artiste, faisant ainsi de ce style l’outil de leur dissidence.

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Chapitre 3 - Les figures féminines du peuple 57

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Chapitre 3 Les figures féminines du peuple « La folie, l’amour, la dévotion, voilà les trois formes de ramollissement cérébral »1 1 De Sœur Philomène (1861) à Germinie Lacerteux (1864) Le début des années 1860 est une période où l’hôpital et la mort entrent dans la vie des frères Goncourt. En effet, lors d’une soirée chez Flaubert le 5 février 1860 Bouilhet, l’ancien élève du père de Flaubert, leur raconte l’anecdote de cet interne suicidé, secrètement aimé d’une religieuse qui avait recueilli une mèche de cheveux du mort. Il n’en faut pas plus aux deux frères pour exciter leur imagination et ils s’attaquent à l’écriture d’un roman qui va devenir Sœur Philomène en août 1860. Munis d’une lettre de recommandation de Flaubert auprès du Dr Follin de la Charité, ils s’en vont faire « des études à l’hôpital, sur le vrai, sur le vif… ».2 La brièveté de cette étude « sur le terrain » qui ne dure que dix jours en tout se répercute de plusieurs façons – et l’on verra lesquelles – dans cette œuvre, puisqu’ils la revendiquent non sans une certaine fierté dans leur Journal : Je crois que quand notre roman sera paru, nous pourrions étonner bien des gens en leur disant que toute notre science de l’hôpital, tout ce que nous en disons, tout ce que nous avons appris ne représente absolument que 10 heures pass...

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