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L’héroïne goncourtienne

Entre hystérie et dissidence

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Barbara Giraud

Grace à une approche socio-historique et littéraire, cette étude interdisciplinaire située à l’intersection des champs littéraire et médical, ouvre de nouvelles perspectives sur le discours tenu par la médecine du 19 e siècle à propos de la sexualité féminine, éclairant ainsi d’une lumière nouvelle le travail de deux auteurs majeurs de cette époque, les frères Goncourt. A travers une lecture foucaldienne de l’histoire de la sexualité et notamment de la sexualité féminine en tant que produit de constructions discursives, il a été possible d’étudier la manière dont les Goncourt ont utilisé leurs connaissances médicales pour exprimer, dans leurs romans, leur opinion sur la façon dont la société bourgeoise traite les problèmes d’« anormalité » et de rapport à autrui dans la deuxième moitié du 19 e siècle.
Par l’élaboration symptomatique de l’hystérie et de la névrose qui constitue la vie de leurs personnages féminins, ces auteurs conservateurs et misogynes semblent à première vue adhérer au discours de pouvoir mis en place par la médecine moderne.
Le résultat inattendu de l’étude approfondie de leurs textes met cependant en avant un paradoxe goncourtien non abordé jusqu’à présent : celui d’une fracture dans la représentation du discours médical logée au cœur même de leur écriture artiste, faisant ainsi de ce style l’outil de leur dissidence.

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Chapitre 4 - Le cycle bourgeois : la jeune fille et la femme 115

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Chapitre 4 Le cycle bourgeois : la jeune fille et la femme « Peu de cas de folie présentant une hallucination morbide aussi caractérisée que de croire à Dieu dans un pain à cacheter ; et pourtant cette folie est à l’état endémique : on l’appelle religion »1 La socialisation des pratiques procréatrices ou les mesures politiques mais aussi médicales ont été mises en place pour placer au sein du couple bour- geois la responsabilisation de la continuité de l’espèce. La famille ou dis- positif d’alliance a pour fonction principale la « reproduction » afin de garder la cohésion du corps social. Mais selon Foucault, elle porte aussi en elle le dispositif de sexualité, c’est-à-dire la valeur du corps, son intensifica- tion, sa « qualité ». A la fois « instance de contrôle et point de saturation sexuelle »,2 c’est d’abord dans la famille bourgeoise et aristocratique que ces stratégies se sont appliquées. La pédagogisation du sexe des enfants traduit la nécessité de le surveiller et si besoin « d’inventer une technologie de cor- rection » en le transformant en facteur pathogène. Le but était de prévenir tout écart afin de conserver à sa famille et à sa classe, une génération saine. Tout au long du 19e siècle, la sexualité a été poursuivie jusque dans les plus petits détails de l’existence, traquée dans les conduites, pourchassée dans les rêves : on la suspecte dans les moindres folies, on la poursuit jusque dans les...

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