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De l’abject et du sublime

Georges Bataille, Jean Genet, Samuel Beckett

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Claire Lozier

Ce livre analyse les rapports existants entre les notions d’abject et de sublime – que tout semble opposer et que la critique interroge à nouveau depuis quelques années, mais de manière séparée – pour penser la crise de la représentation survenue au vingtième siècle. Inaugurée par la déclaration hégélienne de la mort de l’esthétique en 1835 et entérinée par la guerre et l’expérience des camps invalidant, selon Adorno, les possibilités de l’art, cette crise invite à s’interroger sur les deux extrêmes de la représentation que sont l’abject et le sublime. C’est ce que font, chacune à leur manière, les œuvres de Georges Bataille, Jean Genet et Samuel Beckett. Dans leurs textes de théorie et de fiction, l’abject et le sublime occupent une place centrale, en tant que thématique, esthétique et poétique. Les deux notions y sont, dans chaque cas, indissociables. Ce livre montre que cette indissociabilité est caractéristique de la mutation esthétique advenue au siècle dernier. Par l’étude de trois œuvres majeures révélatrices de cette mutation, il révèle la nécessité actuelle de penser l’abject et le sublime conjointement, tout en offrant une nouvelle lecture des textes considérés.

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Chapitre 1Abject et sublime, en théorie 5

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Chapitre 1 Abject et sublime, en théorie Qu’entend-on, en théorie, par abject et sublime et que désigne la théorie par ces termes ? En théorie, c’est-à-dire pour la doxa, il s’agit de deux notions diamétralement opposées, chargées négativement pour la première et posi- tivement pour la seconde. Pour la théorie, c’est-à-dire pour le discours épistémique, ce sont des entités particulièrement dif ficiles à définir, du fait de leur lien respectif à l’innommable et l’imprésentable. En retraçant leur histoire (depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours) et en parcourant l’en- semble de leurs champs d’application (de la rhétorique à la psychanalyse), on constate que le sublime tend, lors de chacune de ses convocations, à se rapprocher davantage, parfois jusqu’à la confusion, de son opposé : l’abject. Les points de contact se multiplient alors entre les notions. Pour prendre à rebours la hiérarchie doxique, nous donnons à l’abject la préséance dans le jeu des présentations. L’abject ‘L’abject n’est pas un ob-jet en face de moi, que je nomme ou que j’ima- gine. […] l’abject, objet chu, est radicalement un exclu et me tire vers là où le sens s’ef fondre.’1 Ainsi averti par Kristeva, il est bon, afin d’éviter tout ef fondrement par trop précoce, de partir de là où le sens se construit si l’on veut définir l’abject. 1 Julia Kristeva, Pouvoirs de l’horreur. Essai sur l’abjection (Paris : Seuil, 1980), 9. 6 Chapitre 1 Le...

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