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La crise allemande du roman français, 1945–1949

La représentation des Allemands dans les "best-sellers </I>de l’immédiat après-guerre

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Manuel Bragança

Après la Seconde Guerre mondiale, c’est par le roman que nombre de Français choisirent de penser un conflit qui, bien que moins sanglant que la Première Guerre mondiale d’un point de vue strictement français, se révéla bien plus destructeur en termes de valeurs. Parmi les très nombreux romans abordant ce sujet dans l’immédiat après-guerre, plusieurs d’entre eux se distinguent par un immense succès public et critique, démontrant par là-même qu’ils répondaient à une certaine attente de leurs contemporains. Ce sont ces best-sellers, écrits par Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Romain Gary, Jean-Louis Bory et Jean-Louis Curtis, qui forment le socle de cette étude pluridisciplinaire se situant au croisement de l’histoire culturelle, de la narratologie et de la poétique. De bords politiques divers, ces romanciers ont tous refusé la collaboration et participé, de près ou de loin, tardivement ou non, à la Résistance. Les Allemands, les ennemis d’hier, sont évidemment omniprésents dans ces textes. Pourtant, les notions d’identité et d’altérité étant étroitement liées (puisque c’est bien l’Autre, par ses différences, qui révèle l’identité d’un individu ou d’un groupe), il s’agira moins dans cette étude de rendre compte d’une perception subjective des Allemands que de saisir a contrario comment les Français se sont eux-mêmes perçus au lendemain d’un conflit toujours très présent dans leur mémoire collective.

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Un numéro récent du Magazine littéraire portait en couverture ‘60 ans de romans sur le nazisme’. Dix ans auparavant, le même magazine grand public titrait : ‘France-Allemagne, deux siècles de passions intellectuelles, l’amour, la haine’.1 La Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne – et surtout l’Allemagne nazie – continuent de fasciner les Français. Les succès publics et critiques de Suite française (2004) d’Irène Némirovsky, des Bienveillantes de Jonathan Littell (2006), du Rapport de Brodeck (2007) de Philippe Claudel ou encore de HHhH (2010) de Laurent Binet en sont quelques preuves, parmi bien d’autres.2 Or, nul doute que le passé trouble de l’Allemagne nazie ne fasse résonner des interrogations plus franco-françaises quant à ‘un passé qui ne passe pas’, selon l’expression d’Éric Conan et Henry Rousso.3 De nombreux historiens ont en ef fet montré que ce n’est que progres- sivement que l’histoire va rattraper la mémoire, ‘le miroir se brisant’ – pour reprendre l’expression utilisée par Rousso4 – au tournant des années 1960 et 1970, avec notamment la traduction et la publication en français de l’ouvrage clef de Robert Paxton, La France de Vichy (1973), démontrant la collusion idéologique de Vichy avec le régime de l’occupant.5 Cependant, 1 Il s’agit, respectivement, des numéros 467 (2007) et 359 (1997) de ce magazine. 2 Au-delà du genre romanesque, pensons aussi aux films La Raf le (2010) de Roselyne Bosch ou encore à Elle s’appelait Sarah (2011) de Gilles Paquet-Brenner, une adaptation...

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