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L’entre-deux imaginaire

Corps et création interculturels

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Edited By Mercedes Montoro Araque and Carmen Alberdi Urquizu

« Quel plus beau mot en français, mais si modeste […] que ce verbe-ci : ‘entre-tenir’. Tenir de l’entre, tenir par l’entre, avoir de l’entre en mains. L’entretien du monde […] Ou l’entretien par la parole : chacun ouvre sa position et la déplie – la découvre – vis-à-vis de l’autre et l’active par lui […] on se rend compte enfin que c’est de l’entre de l’entre-nous – celui de l’‘intersubjectivité’– qu’il vient de la consistance aux sujets ».
Cette belle réflexion du philosophe François Jullien (2012) a été le point de départ de l’ouvrage que vous avez entre vos mains. Par sa réponse riche, variée et pluridisciplinaire au questionnement de l’entre-deux en sciences humaines – majoritairement dans le domaine francophone – l’ouvrage envisage de faire un pas en avant vers « l’à travers », dans la compréhension et l’interaction avec l’autre.
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Corin Braga: Mundus et Mundus inversus : l’entre-deux des utopies

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CORIN BRAGA

Mundus et Mundus inversus : l’entre-deux des utopies

Par sa dimension satirique, l’Utopie entre en résonance avec le grand thème médiéval du Monde renversé. En remontant jusqu’à l’origine du thème du « mundus inversus », Robert C. Elliott (1960) a découvert qu’il provient de la fête antique des Saturnales, dont le double aspect, critique et constructif, annonce la fin d’un monde et la renaissance d’un autre. En effet, la célébration de Saturne supposait à la fois la raillerie, l’invective, la dérision, la contrepartie ridicule de la société réelle, et l’instauration carnavalesque, symbolique et provisoire (pour la durée de la fête), de l’Âge d’Or. À la Renaissance, les satiristes qui ont repris le thème se sont mis justement sous le signe de ce dieu à deux faces, patron de la mélancolie, état d’esprit duel qui génère autant les humeurs biliaires du critique que les désirs d’évasion de l’utopiste.

La tradition des Saturnales s’est prolongée pendant le Moyen Âge par les Fêtes des Fous, des Innocents, ou de l’Âne, et les carnavals populaires1, alors que la promesse de l’Âge d’Or a été reprise par l’imaginaire du Pays de Cocagne2. Ces fêtes « païennes », auxquelles participaient autant les gens de l’Église que le petit peuple, constituaient une échappatoire aux frustrations sociales et humaines. Individus marchant sur les mains, parents battus par...

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