Show Less
Restricted access

L’entre-deux imaginaire

Corps et création interculturels

Series:

Edited By Mercedes Montoro Araque and Carmen Alberdi Urquizu

« Quel plus beau mot en français, mais si modeste […] que ce verbe-ci : ‘entre-tenir’. Tenir de l’entre, tenir par l’entre, avoir de l’entre en mains. L’entretien du monde […] Ou l’entretien par la parole : chacun ouvre sa position et la déplie – la découvre – vis-à-vis de l’autre et l’active par lui […] on se rend compte enfin que c’est de l’entre de l’entre-nous – celui de l’‘intersubjectivité’– qu’il vient de la consistance aux sujets ».
Cette belle réflexion du philosophe François Jullien (2012) a été le point de départ de l’ouvrage que vous avez entre vos mains. Par sa réponse riche, variée et pluridisciplinaire au questionnement de l’entre-deux en sciences humaines – majoritairement dans le domaine francophone – l’ouvrage envisage de faire un pas en avant vers « l’à travers », dans la compréhension et l’interaction avec l’autre.
Show Summary Details
Restricted access

Peter Collier: Chacun son Proust. Proust entre deux (ou plusieurs …) Albertine

Extract

| 135 →

PETER COLLIER

Chacun son Proust. Proust entre deux (ou plusieurs …) Albertine

Je pars du principe que Proust n’existe pas, ou tout au moins qu’il n’existe aucun des Proust que nous croyons avoir lus. Pour Roland Barthes, le bonheur de lire Proust, c’est d’abord que jamais on ne saute deux fois les mêmes passages (Barthes, 1973 : 22). En fait, je me demande même s’il est un lecteur de Proust qui aurait lu les trois mille pages dans l’ordre sans parfois avoir lu deux fois de suite la même page. Sartre explique bien les fantasmes du lecteur face au parcours imaginaire du livre et aux marques noires sur le papier qui séparent le lecteur de la fin du livre (Sartre, 1948 : 49). Car la lecture, comme la vie, est toujours passée ou à venir. Le lecteur oublie ; donc le lecteur invente. Proust lui-même aurait parfois écrit par erreur deux fois le même passage1. Et ce n’est pas uniquement la vie intérieure qui interrompt la lecture. La vie matérielle a tendance à intervenir dans cette longue lecture —on n’est plus le même moi à la fin qu’on ne l’était au début du livre.

Dès la première phrase d’ARTP, Proust nous présente un texte instable —« Longtemps je me suis couché de bonne heure » (ARTP I : 3)— où nous nous trouvons face à cet écart entre le temps de la narration et le temps de...

You are not authenticated to view the full text of this chapter or article.

This site requires a subscription or purchase to access the full text of books or journals.

Do you have any questions? Contact us.

Or login to access all content.