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De la genèse de la langue à Internet

Variations dans les formes, les modalités et les langues en contact

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Edited By Michael Abecassis and Gudrun Ledegen

Ce recueil d’articles regroupe une sélection des communications présentées au colloque international et pluridisciplinaire tenu à Oxford en janvier 2013, que complètent quelques contributions d’éminents chercheurs sur l’évolution du français, depuis ses origines jusqu’à ses développements liés à l’influence d’Internet. Les auteurs de ce volume s’intéressent à la langue française sous toutes ses formes et dans toutes ses représentations, dans le cinéma ou dans la littérature, et l’abordent aussi bien à travers sa syntaxe, son lexique, sa phonologie, que dans ses modalités orales ou écrites. De la rencontre de ces différents éclairages émerge un portrait de la langue française du XXIe siècle, telle qu’elle est étudiée actuellement, dans les recherches, dans ses modes d’écriture contemporains, sur les terrains plurilingues de différentes villes.
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Liaison et formation de mots : l’éclairage du français louisianais (Chantal Lyche)

← 8 | 9 → CHANTAL LYCHE

Liaison et formation de mots :

l’éclairage du français louisianais

La liaison en français reste l’un des phénomènes de sandhi les plus étudiés dans le cadre de la phonologie générative (et post générative) depuis la fin des années 1960 marquées par la parution en 1968 de The Sound Pattern of English (Chomsly et Halle 1968) et de l’ouvrage de Schane sur la phonologie du français (Schane 1968)1. La base empirique de la plupart des travaux sur la liaison est longtemps provenue de données prescriptives (Fouché 1959), mais elle s’est vue considérablement renouvelée dans l’ouvrage majeur d’Encrevé (1988), puis par la suite grâce aux données issues de corpus, géographiquement limités (De Jong 1994) ou non (Durand et Lyche 2008, Mallet 2008, Côté 2005, 2010, 2013). Des données acquisitionnelles (Chevrot et al. 2009, Wauquier et Braud 2005), psycholinguistiques (Spinelli et al. 2003), phonétiques, ont également contribué à l’enrichissement de cette base empirique (voir Soum et Coquillon 2014) et nous autorisent à mieux cerner le phénomène dans sa globalité. En dépit de cette riche masse de données, certaines questions fondamentales concernant la liaison n’ont pas reçu de réponse tranchée, et en particulier la littérature n’offre aucun consensus sur le statut lexical de la consonne de liaison. Nous nous proposons dans ce chapitre d’élargir quelque peu la base empirique des études sur la liaison par la présentation et l’analyse de données tirées du français louisianais, une variété non écrite par les locuteurs qui n’ont qu’une pratique orale de la langue. Après un bref rappel de la problématique et du rôle que la graphie peut jouer dans la liaison (Section 1), nous étudierons l’apport de quelques lettres écrites au 19e siècle par des locuteurs louisianais peu lettrés (Section 2) ← 9 | 10 → avant de présenter le système louisianais contemporain (Section 3). Nous discuterons les données à la lumière du créole et argumenterons en faveur d’un traitement non homogène de la liaison dans cette variété (Section 4) avant de conclure (Section 5).

Liaison et illettrisme : la problématique

Rappelons que la liaison est un phénomène de sandhi par lequel une consonne se voit réalisée sous certaines conditions, linguistiques et sociolinguistiques. Ce sont les premières qui constituent l’objet principal de cette étude. Ainsi, dans une suite Mot-1 + Mot-2, une consonne de liaison peut être associée au Mot-2 (liaison dite enchaînée) lorsque ce dernier est à initiale vocalique : les [z]années avec liaison /z/ s’oppose à les /mois sans liaison possible. Les consonnes susceptibles de faire liaison sont réduites à un petit nombre : /n, z, t, ʁ, p/ + /l/ dans les variétés nord-américaines2. La consonne est normalement perçue comme l’attaque du Mot-2, créant parfois des suites homophones, comme dans l’exemple (1) maintes fois cité dans la littérature.

(1)

[pœtitami]

petit ami

petite amie

petit tamis

Un ensemble d’études phonétiques s’accordent néanmoins sur l’absence d’homophonie complète entre consonne de liaison, consonne enchaînée et consonne initiale fixe (par ex. Delattre 1966, Dejean de la Bâtie 1993). De plus, des tests perceptifs font état d’une détection moins rapide de la consonne de liaison (Nguyen et al. 2007) que de la consonne initiale. Ces différences acoustiques et perceptives interviennent régulièrement dans ← 10 | 11 → le débat théorique portant sur le statut lexical de la consonne de liaison sous la forme d’arguments contre la présence dans la représentation, de la consonne de liaison à l’initiale du Mot-23.

La question toujours non résolue du statut lexical de la consonne de liaison perdure depuis les années 70 lorsque Klausenburger (1974) rejette l’analyse par troncation en vigueur (Schane 1968, Selkirk 1972) pour proposer une analyse par épenthèse. Dans le premier cas, la consonne de liaison est associée au Mot-1 dans sa représentation, dans le second, elle est insérée par règle dans certains contextes définis. Une troisième thèse, celle de la supplétion, intègre la consonne au Mot-1, entraînant une allomorphie généralisée (nous /nu ; nuz/, soit au Mot-2 sous forme de préfixe (ami /ami ; z+ami/ (Morin 2003) ou non /ami ; zami ; nami ; tami/ (Ternes 1977). Si l’analyse par troncation du type Schane (1968) a été généralement abandonnée, l’association de la consonne au Mot-1 subsiste sous une nouvelle forme largement développée dans le cadre de la phonologie multilinéaire : la consonne de liaison a bien son origine dans le Mot-1, mais elle n’a pas d’ancrage dans le squelette, elle est flottante. Non réalisée (et non plus tronquée) dans certaines conditions phonologiques, elle sera associée au squelette si l’attaque suivante est vide, ce qui induira sa réalisation (Encrevé 1988, Wauquier-Gravelines et Braud 2005). Dans ce dernier scénario, les auteurs font prévaloir un phénomène de « boot­strapping » morphologique par lequel la morphologie aide les structures phonologiques à se mettre en place : l’enfant, dès l’âge de 3 ans, tire profit de ses observations sur la morphologie d’un ensemble de mots (petit, petite, petitesse) pour encoder dans les représentations une consonne flottante (petit /pəti(t)/). Il s’agit ici d’une approche exclusivement phonologique et uniforme de la liaison qu’elle soit catégorique ou non, pré- ou postposée à une catégorie principale.

← 11 | 12 → La nature des données venues étayer tel ou tel traitement contribue largement au débat théorique. Churma (1977), par exemple, rejette les arguments avancés par Klausenburger en faveur de l’épenthèse en faisant valoir que les données avancées ne sont pas conclusives. Il suggère d’interroger directement des locuteurs de préférence illettrés pour éliminer le biais orthographique4. Nous ne nous étendrons pas sur la difficulté à élaborer des tests fiables sur les intuitions des locuteurs, mais soulignerons que, comme le rappelle Encrevé (1988), langue écrite et langue parlée interagissent depuis des siècles, vérité indéniable dans le cas du français où la pression de la norme n’a jamais lâché prise. De nos jours, l’illettré francophone aura probablement appris sa langue dans un milieu lettré et il sera entouré de lettrés avec qui il interagit quotidiennement5. Si le rôle joué par la graphie dans les représentations reste à démontrer, des études récentes ont su mettre en valeur des différences importantes entre les registres dans l’usage de la liaison (inter alia Mallet 2008, Durand et Lyche 2008), et ce faisant l’impact de la graphie (Laks 2005). La comparaison des registres fournit en effet des résultats sans appel. Dans le corpus PFC (Durand, Laks et Lyche 2009), on observe 62,15% de liaisons réalisées après est dans le texte lu alors que la conversation libre n’en fournit que 28,4%6. Il suffit par ailleurs d’écouter la radio ou la télévision pour entendre de nombreuses liaisons probablement déclenchées, dans bien des cas, par la présence visuelle du mot écrit7. Laks (2005) oppose les liaisons ← 12 | 13 → catégoriques préposées à une catégorie grammaticale aux liaisons variables, dans l’ensemble postposées à une catégorie grammaticale, qui font intervenir directement les connaissances de la graphie et qui seules constituent un lieu de variation fluctuant selon l’âge ou le milieu social. Il propose la création dans les représentations d’une ligne autosegmentale graphique (GRAPH) qui devrait être liée à la ligne autosegmentale PHON pour la réalisation de ces liaisons. Liaison catégoriques et liaisons variables ne seraient donc pas soumises au même traitement, un principe défendu également inter alia par Côté (2005), Durand et Lyche (2008).

Qu’en est-il de la ligne GRAPH chez des locuteurs qui n’ont aucune maîtrise de la graphie ? Doit-on envisager qu’en l’absence d’une telle ligne, ces locuteurs ne produisent pas de liaisons variables ou faut-il argumenter plutôt, comme le fait Encrevé, que tout locuteur de français subit d’une façon ou d’une autre, ne serait-ce que par son environnement, l’influence de la graphie ?

Nous nous proposons de tenter de répondre à cette question en examinant de plus près le français louisianais, une variété qui perdure exclusivement oralement8, sans perdre de vue le débat théorique sur le statut lexical de la consonne de liaison.

Le français louisianais : regard sur l’écrit

La Hill Memorial Library de l’Université de l’Etat de Louisiane à Bâton Rouge (LSU) conserve de grandes collections de manuscrits écrits en français depuis la fondation de l’Etat. Parmi ces collections, ont été numérisées plus de 140 lettres écrites aux 18e et 19e siècles. Au-delà de leur valeur de mémoire, ces lettres nous donnent accès à l’écriture de certains locuteurs ← 13 | 14 → peu scolarisés. Nous nous concentrerons ici sur quelques lettres écrites pendant la période qualifiée de « bilinguisme collectif » (Dubois 2010) qui s’étend de 1830 à 1870 et au cours de laquelle la Louisiane voit une immigration massive d’Américains et d’Européens, et en particulier d’Irlandais. Dans les petites communautés isolées, les immigrants apprennent la langue de la communauté (le plus souvent une variété de français louisianais) et les mariages accentuent le bilinguisme. Il s’agit souvent de locuteurs peu éduqués et dans ce sens, les locuteurs que nous avons sélectionnés sont typiques de cette population.

(2)

Le corpus de lettres

1828, lettre de Jean Bapt Pistache

1845, lettre de la veuve Dicharry

1863, récit de Thibodaux

1860, Meullion family papers (Créoles de couleur)

Si les auteurs éprouvent quelques difficultés à respecter les accords, ils ont dans l’ensemble une excellente maîtrise des consonnes finales. On y observe néanmoins des simplifications du groupe obstruante + liquide (de si rende chez nous, « de s’y rendre chez nous » Thibodaux), simplification systématique dans la lettre de Pistache, pastiche du parler acadien de l’époque. Un <e> final peut se voir insérer après un <r>, une erreur probablement due à la généralisation de la règle graphique selon laquelle un <e> final conditionne la prononciation d’une consonne finale (le meilleure diner que nous avons eu, Thibodaux ; pour que je puise partire, Meuillon).

Par rapport à la consonne de liaison, deux lettres font état d’erreurs systématiques, voulues dans la lettre de Pistache, mais probablement pas dans celle de la veuve Dicharry. Dans la lettre de Pistache, la consonne de liaison se trouve toujours graphiquement présente à l’initiale du Mot-2 pour indiquer le nombre dans la flexion verbale.

(3)

La liaison comme marqueur du pluriel

pour des places qui zappelons candidat ;

y faut qui zont la poche bin grasse ;

c’est qu’zens profitons tout comme les autres ;

et zallons toujours not train ;

vous zallez

← 14 | 15 → L’agglutination graphique de la consonne de liaison au Mot-2 s’observe également dans les deux autres lettres, mais dans des cas isolés uniquement. En (3) en revanche, il s’agit d’une erreur volontaire pour souligner le pluriel verbal et non nominal puisque Pistache n’insère pas un <z> à l’initiale de autres. Avec la veuve Dicharry, nous avons une lettre d’un style formel : cette femme écrit à un prêtre pour solliciter son aide dans une affaire privée. La lettre témoigne de la part du scripteur d’une très bonne maîtrise des consonnes finales (monsieur ; boucoup) mais pas du déterminant (dé nouvelle alterne avec des nouvelles). La particularité de la lettre réside dans l’intégration systématique de la consonne de liaison dans tout Mot-2 à initiale vocalique (Lyche 2010) :

(4)

Liaison dans le Mot-2

je vous zecri cette lettre ;

vous zét si charitable ;

mé zamitié ;

je vous zassure ;

nous zavons ;

mon nécriture

Ces données écrites, interprétées dans le cadre de la nature lexicale de la consonne de liaison, viennent valider une approche qui rattache la consonne de liaison à l’attaque du Mot-2, approche largement retenue pour décrire les premières années de l’apprentissage langagier (Chevrot, Dugua et Fayol 2009, Wauquier-Gravelines et Braud 2005).

Les erreurs des scripteurs peu lettrés évoquent l’écrit des enfants en apprentissage scolaire sans pour autant s’y conformer. En effet, les erreurs observées chez les enfants sont de nature beaucoup plus variée, comme l’illustre largement Soum (1997) : une taction (une action) ; un grot source (un gros ours), formes totalement absentes dans notre corpus. Dans les lettres de Louisiane, tous les problèmes rencontrés sont liés uniquement au découpage de la chaîne. Nous nous tournons à présent vers le système louisianais contemporain chez des locuteurs qui ne pratiquent pas l’écrit en français.

← 15 | 16 → Le français louisianais : système contemporain

Le français louisianais constitue une source précieuse pour l’étude de la liaison du fait de l’absence de connaissances graphiques des locuteurs. L’enseignement est devenu obligatoire en Louisiane en 1916, mais il s’est toujours agi d’un enseignement en anglais à une population qui à l’époque était monolingue en français. Nos locuteurs francophones sont tous bilingues, ils ont suivi un cursus scolaire normal, mais ils n’ont aucune pratique de la lecture ou de l’écriture du français. Les données recueillies proviennent du corpus PFC et ont été rassemblées selon le protocole du programme (www.projet-pfc.net) (Durand et Lyche 2003, Durand, Laks et Lyche 2009) avec une accommodation nécessaire pour le terrain louisianais (Durand et Lyche 2013, Klingler et Lyche 2012) où les tâches de lecture ne pouvaient être entreprises.

Si, a priori, rien ne semble distinguer le système de la liaison dans le français louisianais du système hexagonal (Papen et Rottet 1997), un regard plus approfondi met en exergue une quasi absence de liaisons variables et un système restreint de liaisons catégoriques (Klingler et Lyche 2012). Les liaisons catégoriques sont confinées aux suites PROsujet + Verbe, DET + Substantif.

(5)

Liaisons catégoriques

Ils/eussses [z]arrivent

Les, mes [z]amis

Un [n]ami

Les liaisons variables sont rares mais pas inexistantes. La liaison est très présente après la préposition en (en [n]hiver), sans pour autant être systématique ; elle est moins fréquente après l’auxiliaire est (il est /arrivé vs il est [t]arrivé). La liaison ne s’étend néanmoins pas au verbe copule (il est/anglais, *il est [t]anglais). La forme progressive est après comme dans il est après acheter est lexicalisée et se réalise toujours [ɛtape]. Le nombre de liaisons variables se trouve encore contraint par la morphologie du français louisianais qui tend à remplacer l’auxiliaire être par avoir au passé composé (il a resté et non pas il est resté). Au-delà de ces quelques cas, la ← 16 | 17 → liaison variable est inexistante. En particulier les contextes PREP + DET (chez un malade) et ADJ + Substantif (petit homme) n’entraînent pas la liaison à moins que l’adjectif ne soit au pluriel petits [z]hommes).

La liaison en /z/ dans cette variété est liée au marquage morphologique du pluriel : un gros /homme mais des gros [z]yeux. Cette particularité a été décrite par Aub-Büscher (1962) pour un dialecte parlé dans l’est de la France (Ranrupt) où la liaison entre l’adjectif et le substantif ne se réalise que dans un contexte pluriel. On notera en particulier la présence d’un /z/ pluriel avec les chiffres (cinq [z]enfants, cinq [z]heures de temps mais cinq /heures Klingler et Lyche 2012). Gougenheim (1938) voyait déjà dans la liaison en /z/ une marque morphologique, et le français louisianais témoigne de la force de cette marque9. La liaison pluriel ne s’étend néanmoins pas à l’adjectif postposé au nom (des puits /artésiens), mais elle peut apparaître dans une construction à sens pluriel sans être conditionnée par un Mot-1 comme dans les exemples en (6).

(6)

Liaison pluriel autonome

Eusses mettaient les patates dedans les, comme les, des sacs d’[z]huîtres – Roland

C’était des petits bateaux, euh, les bateaux à [z]huîtres – Audrey

Il était en enfance pour, assez d’[z]années – Audrey

C’était des jeunes /hommes vs. Il y avait pas assez d’[z]hommes (Arnaudville, 04.20.2013)

Tous ces exemples vont dans le sens d’un pluriel marqué par une consonne de liaison insérée dans l’attaque vide d’un substantif au sein d’une unité prosodique étroitement liée. Notons en passant que l’on ne saurait argumenter en faveur d’une contrainte NO-HIATUS en français louisianais puisque l’enchaînement à lui seul aurait suffi à respecter cette contrainte (a-ssez-d’a-nnées). Le hiatus maintenu dans des puits /artésiens, ne constitue pas une violation de contrainte, mais bien une illustration du poids du mot lexical qui à lui seul constitue une unité prosodique porteuse d’accent (Lyche 2010).

← 17 | 18 → Une seule variété de français louisianais fait apparemment exception à cette généralisation, le français de la paroisse Lafourche où les locuteurs alternent indifféremment entre les /affaires et les [z]affaires10 contexte habituellement catégorique à l’intérieur duquel les éléments sont fortement soudés prosodiquement et appartiennent à un mot prosodique unique. La paroisse Lafourche exhibe une alternance /z, h, Ø/ aussi bien à l’intérieur d’un mot qu’en liaison. Le substantif maison peut ainsi être réalisé [mezõ, mehõ, meõ], selon le locuteur. De la même façon, chez certains locuteurs, on entend les Indiens [leɛ̃djɛ̃] ou [lehɛ̃djɛ̃], chez d’autres [lezɛ̃djɛ̃]. Dans la grammaire individuelle du locuteur, la variante qui prévaut dépend entièrement du substantif, certains substantifs conditionnent la liaison, d’autres pas ou alternent. Nous donnons en (7) quelques exemples pour le locuteur Roland issu du corpus Dubois.

(7)

Conditionnement lexical de la liaison

Avec liaison

hommes, heures, huîtres, arbres, ordres, ans, oiseaux

Sans liaison

indiens, habitations, abcès, ouvriers, orteils, acheteurs, étrangers

Alternance

affaires, animaux, enfants

Ces données ne sont pas compatibles avec une analyse selon laquelle la consonne de liaison trouve son origine dans le Mot-1 et elles témoignent également d’une profonde similitude entre la consonne de liaison et toute autre fricative. Nous avons en effet évoqué dans la Section 1 le fait que la consonne de liaison se distinguerait acoustiquement d’une consonne initiale (De Jean de la Bâtie 1993), ce qui induirait une distinction phonologique. Ici, le comportement de la consonne à lui seul nous entraîne vers un traitement uniforme des fricatives alvéolaires11.

← 18 | 19 → Nous avons vu dans la Section 2 que les scripteurs peu lettrés procèdent parfois à un découpage fautif de la chaîne écrite qui reflète probablement une incertitude quant à l’appartenance lexicale de la consonne de liaison. La même situation prévaut dans le français louisianais où une segmentation erronée donne lieu à une série de restructurations. Le dictionnaire du français louisianais (Valdman et al. 2010) inclut 29 entrées en /z/ alternant avec une entrée à initiale vocalique (agrafe/zagrafe, haricot/zaricot, oreille/zoreille, etc.). Les variantes à initiale consonantique ne sont pas limitées à une position post déterminant, comme en témoigne l’interjection zenfants (Zenfants ! quoi je vas faire) qui a pris le sens de « mon Dieu ». Au-delà des entrées en /z/, le dictionnaire affiche deux entrées en /n/, toutes deux présentes dans notre corpus : oncle/noncle, anglais/nanglais (voir dans les entretiens avec Audrey : des fois Mom connaissait autant le français que le nanglais).

Le français louisianais fait état d’autres restructurations qui n’impliquent pas la consonne de liaison mais qui témoignent de l’ampleur du processus de segmentation fautive chez une population qui n’a pas accès à l’écrit. Certains substantifs affichent deux ou plusieurs entrées dans le dictionnaire de Valdman et al. (2010), certaines étant le fruit d’une segmentation incorrecte par rapport au français de référence.

(8)

Segmentation et restructuration

Nombril-ombril

Numéro-luméro

Ombre-lombre-alombre

Elastique-alastique-lastique-astique

Américain-amaricain-méricain

Le dictionnaire illustre par exemple alombre à l’aide de la phrase suivante : Y a pas d’alombre dessus ce bord-là de la maison. Ces cinq entrées trouvent aisément toutes leur explication dans des problèmes de segmentation : dans les deux premiers cas, la consonne nasale initiale est conçue comme une consonne de liaison, dans les trois derniers cas, c’est le déterminant défini qui entraîne différentes segmentations de la chaîne. Les deux derniers substantifs, élastique-américain, méritent une mention particulière dans la mesure où ils existent également comme adjectifs, mais sans la même ← 19 | 20 → allomorphie. En effet, comme adjectifs élastique alterne avec alastique, et américain avec amaricain, mais les formes tronquées (alastique, astique, méricain) sont exclusivement des substantifs. Nous pouvons donc conclure que seule la construction DET + SUBSTANTIF engendre des erreurs de segmentation qui mènent à l’allomorphie. L’allomorphie observée dans le français louisianais provient sans nul doute d’une segmentation fautive et généralisée de la chaîne sans que les suites avec liaison soient particulièrement ciblées. La proximité du créole louisianais qui connaît une restructuration massive pour ne maintenir uniquement qu’une structure de mots CVCV pourrait avoir influencé le développement du français louisianais. L’hypothèse nous semble a priori légitime puisque nous adoptons ici le point de vue selon lequel les créoles français sont « des systèmes linguistiques autonomes issus […] de l’accélération et de la radicalisation de processus évolutifs qu’on peut observer, sous des formes et à des degrés différents, dans les français populaires ou marginaux » (Chaudenson 1989 : 84)12. Il n’en reste pas moins vrai que seul un nombre limité de restructurations a été mis en place en français louisianais et que la langue maintient un grand nombre de structures VCV …13

Liaison et restructuration lexicale

Comme tous les autres créoles français, le créole louisianais affiche une structure de base CVCV (Klingler 2003, Neumann 1985) avec un lexique qui peut être divisé en formes agglutinées et formes non-agglutinées. Les formes agglutinées peuvent comprendre soit l’insertion d’une consonne d’attaque afin de respecter la structure CV obligatoire, soit l’insertion ← 20 | 21 → d’une syllabe complète. Les exemples en (9) sont tirés de Klingler (2003) et Neumann (1985).

(9)

Agglutination en créole louisianais

a) Insertion d’une consonne d’attaque

Mo lasyet « mon assiette »

En zépron « un épron »

File negwi-la « filer l’aiguille »

Non/lom, le nom/le zom « homme, les hommes »

b) Insertion d’une syllabe complète

En nuvo lamezon « une nouvelle maison »

De gro lefey « de grosses feuilles »

Gro difil « gros fil »

En defig « une figue »

Le créole louisianais se singularise néanmoins des autres créoles par le degré de variation observable. En effet, alors que les créoles en général ont des formes agglutinées fixes, le créole louisianais exhibe une variation inter- et intra-individuelle dans les cas d’insertion d’attaque, qui représentent également le type de variation présente dans le français louisianais. Neumann (1985), tout comme Klingler (2003), soulignent que cette variation est particulièrement prégnante lorsque l’élément agglutiné concerne la consonne /z/ et ils y voient des restes de processus de liaison avec perte de l’élément agglutiné, ce que Neumann note dans la graphie par un trait d’union.

(10)

Variation dans les substantifs

nom ; lez-òm

narb ; lez-arb

lot ; lez-ot

Il nous semble que ces exemples viennent plutôt conforter une analyse qui propose que tout substantif à attaque vide est stocké dans le lexique sous plusieurs formes, où homme, par exemple, aurait deux entrées /nɔm/,/zɔm/ (Lyche 2010) rejoignant ainsi le français louisianais. Cette solution a d’ailleurs le mérite de ne pas faire du créole louisianais une exception, la structure CVCV étant normalement obligatoire pour un créole à base française.

← 21 | 22 → D’autres données du français louisianais viennent encore conforter une analyse qui rejette l’association de la consonne au Mot-1. Dans son corpus rassemblé dans la paroisse Lafourche, Dajko (2009) soumet ses locuteurs à des exercices de traduction. Elle remarque l’émergence d’une construction [Verbe + [t]être]14

(11)

Construction [Verbe + [t]être]

a) Traduction

Your mother will be angry if you come home late

Ta mame va [t]être fâchée si tu viens à la maison trop tard

I don’t think we’ll be back in time for dinner

Je crois pas qu’on va [t]être arrivé d’assez de bonne heure pour manger

b) Parole spontanée

Il veut [t]être en lit pour neuf heures

Côté (2005 : 73) fait état d’une lexicalisation identique, mais a priori plus généralisée, dans le français canadien : « La fréquence de la combinaison [t]+être semble avoir abouti, en français canadien, à la lexicalisation de la forme /tɛːtr/, utilisée en alternance avec /ɛːtr/ dans de nombreux contextes où un [t] de liaison n’est nullement motivé. On entend donc fréquemment j’ai failli [t]être, j’voudrais pas [t]être, tu peux ben [t]être, etc. ». Dans le français louisianais, la variante [t]être ne peut se produire qu’après un verbe modal, mais il s’agit bien d’un processus similaire qui fixe la consonne de liaison dans le Mot-2. Selon Côté (2005 : 73) « […] en situation de sous-apprentissage ce blocage [est] généralisé et […] les apprenants conservent les variantes lexicales à initiale consonantique ». Côté propose que le mitchif subit le même phénomène, ce que Papen (2014) démontre à partir d’une étude lexicale extensive. Le mitchif (langue mixte bilingue français-cri parlée dans l’ouest canadien) atteint un degré de lexicalisation plus avancé des mots liaisonnants que le français louisianais : ours par exemple se réalise indifféremment nuur, luur, zuur15 après déterminant défini ou indéfini, singulier ou pluriel (Papen 2014). Une telle ← 22 | 23 → variation est également ­caractéristique de la langue des enfants. Toutes les études concordent sur la présence dans le lexique des enfants de 2–3 ans de plusieurs variantes qui encodent dans le Mot-2 la consonne de liaison (Chevrot et al. 2009) : éléphant, néléphant, léléphant, zéléphant. Ce n’est que plus tard que la consonne de liaison se détache du Mot-2 pour acquérir une certaine autonomie. Côté attribue la lexicalisation des variantes en mitchif à un contact réduit avec des populations francophones. Nous avons vu grâce au français louisianais que l’illettrisme des locuteurs participait de surcroît à ce phénomène.

Conclusion

L’étude de la liaison dans une population non lettrée comme celle de la Louisiane converge vers la nécessité d’un traitement pluriel. Les données dont nous disposons ne sauraient être traitées exclusivement par le biais d’une consonne flottante attachée au Mot-1 ; elles sont en revanche compatibles avec une analyse par épenthèse ou par allomorphie. Il nous semble avoir montré que la solution la plus improbable plaçait la consonne dans le Mot-1. Cette possibilité écartée, un ensemble de solutions restent disponibles : nous favorisons une approche morphologique pour la liaison pluriel selon laquelle la consonne /z/ est insérée en début de mots à initiale vocalique au sein d’un groupe prosodique étroit. La présence généralisée d’un accent lexical autonomise l’unité lexicale et supprime la possibilité de liaisons postposées à une catégorie principale (Klingler et Lyche 2012). La liaison après le déterminant indéfini et après la préposition en (très fréquente mais non catégorique) peut être analysée à l’aide d’une règle d’épenthèse, tout comme la liaison variable après l’auxiliaire est dans la construction [EST + participe passé]. Nous avons également mis à jour l’existence d’une construction [verbe + [t]être]. Le système de liaison dans une population non-lettrée est donc plus restreint que celle d’une population lettrée et en particulier, le domaine des liaisons variables se trouve fort réduit.

← 23 | 24 → La nature du terrain linguistique en Louisiane ne nous autorise pas à opposer les données de locuteurs non-lettrés à celles de locuteurs lettrés, mais le terrain africain s’y montre plus propice. Boutin et Lyche (2014) comparent une population ivoirienne de lecteurs et de non-lecteurs et observent un système identique de liaisons dans les deux groupes. On relève par exemple chez lecteurs et non-lecteurs confondus des suites comme je suis [z]arrivé, relativement rares dans le système hexagonal et inattendues chez un non-lecteur. Le taux de liaisons variables s’avère néanmoins légèrement plus faible chez les non-lecteurs que chez les lecteurs, ces derniers réalisant très peu de liaisons variables lorsque l’on compare leurs productions à celles de locuteurs francophones hexagonaux. Les contextes donnant lieu à des liaisons variables sont cependant beaucoup plus nombreux en Côte d’Ivoire qu’en Louisiane. Notons par exemple la présence d’une liaison entre chez et un déterminant indéfini (chez [z]une femme là), ce qui ne s’entendra pas en Louisiane. La pratique du français en Côte d’Ivoire fait partie du quotidien des locuteurs, ce qui n’est pas le cas en Louisiane. Langue majoritaire et officielle en Côte d’Ivoire, le français est très minoritaire en Louisiane où les locuteurs n’ont pas accès à la forme écrite de la langue alors que celle-ci reste très présente en Côte d’Ivoire. Les locuteurs ivoiriens non-lettrés sont en contact avec des lettrés et tout naturellement ils acquièrent les habitudes linguistiques de leurs interlocuteurs. Calderone, Laks et Chelata (2014) dans leur étude sur la fréquence de la liaison mettent en évidence que la variation sociolinguistique ne touche pas au cœur des contextes les plus fréquents de la liaison, seuls sont affectés par les variables de l’âge et du niveau d’instruction les usages périphériques peu fréquents. Les données ivoiriennes viennent conforter ce point de vue.

On aurait néanmoins pu penser que l’absence totale de contact avec l’écrit aurait conduit à l’élimination de la catégorie « liaison variable » du français louisianais sur le modèle du créole avec lequel la langue est en contact ou du mitchif. Or nous avons pu observer un maintien de la liaison facultative, certes très appauvri, mais bien réel. Les données louisianaises sont dans leur ensemble compatibles avec une approche lexicale de la liaison qu’elles viennent renforcer. Le rôle maintes fois souligné de la morphologie apparaît ici clairement et une analyse morphologique de la liaison pluriel semble justifiée. Cette variété de français ne saurait être analysée d’un point ← 24 | 25 → de vue purement phonologique ou autre, elle démontre bien la complexité du phénomène et la nécessité d’une approche non-uniforme. Les études de variétés non standard ont peut-être une portée limitée certes, mais elle interviennent nécessairement dans l’affinement de nos analyses globales.

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1 Ce travail a bénéficié des commentaires bienveillants de Jacques Durand que je tiens à remercier.

2 ça [l]a juste (Côté 2012 : 262).

3 Il nous est impossible dans le cadre de ce travail de citer ne serait-ce qu’une infime partie des travaux sur la liaison. Nous renvoyons donc le lecteur à Encrevé (1988), Côté (2011) et aux différents chapitres de Soum et Coquillon (2014) pour une bibliographie plus complète.

4 « A possible solution in this case would be simply to ask speakers what is ‘stored in their heads’ (i.e., ask for their intuitions about the underlying form of, say, petit). In order to guard against the possible influence of the orthography, it would presumably be necessary to use illiterates. » (Churma 1978 : 149).

5 « L’illettré francophone métropolitain natif représente d’autant moins, aujourd’hui, la forme « pure » d’une langue qui s’écrit depuis plus de dix siècles, qu’il tient nécessairement cette langue d’un entourage de locuteurs au moins partiellement scolarisé – ne serait-ce que cette forme d’entourage linguistique que représentent la radio et la télévision qui sont, on le sait, une des principales sources d’acquisition du français par les locuteurs immigrés. » (Encrevé 1988 : 134).

6 Consultation de la base le 6 juin 2013. <http://www.projet-pfc.net>

7 Citons par exemple sur la radio France Inter (20.06.2013, 8h25) « les yeux grands [z]ou/ – le journaliste hésite, son collègue le rassure par un ‘oui’ d’approbation – grands [z]ouverts ».

8 Quoique ceci soit exact pour les locuteurs de notre étude, nous simplifions ici un paysage sociolinguistique très diversifié. Voir Valdman (2007) pour une mise au point.

9 Voir également le substantif euros régulièrement réalisé [z]euros après un chiffre (vingt [z]euros) en français hexagonal.

10 Les données de la paroisse Lafourche sont tirées du corpus de Sylvie Dubois (Dubois 2003).

11 Il se peut qu’il s’agisse d’un changement en cours. Blainey (2013) n’observe pas ce phénomène dans un corpus de 1977.

12 Voir aussi Bollée et Neumann-Holzschuh (1998).

13 La fréquence de certaines constructions pourrait être à l’origine des restructurations. Cela semble évident pour zyeux mais beaucoup moins pour lastique.

14 Je tiens à remercier Nathalie Dajko de m’avoir présenté ces données tirées de son corpus. Sa grande connaissance du terrain louisianais nous a été précieuse.

15 La graphie indique une voyelle normalement longue (Papen, c.p.)