Show Less
Open access

De la genèse de la langue à Internet

Variations dans les formes, les modalités et les langues en contact

Series:

Edited By Michael Abecassis and Gudrun Ledegen

Ce recueil d’articles regroupe une sélection des communications présentées au colloque international et pluridisciplinaire tenu à Oxford en janvier 2013, que complètent quelques contributions d’éminents chercheurs sur l’évolution du français, depuis ses origines jusqu’à ses développements liés à l’influence d’Internet. Les auteurs de ce volume s’intéressent à la langue française sous toutes ses formes et dans toutes ses représentations, dans le cinéma ou dans la littérature, et l’abordent aussi bien à travers sa syntaxe, son lexique, sa phonologie, que dans ses modalités orales ou écrites. De la rencontre de ces différents éclairages émerge un portrait de la langue française du XXIe siècle, telle qu’elle est étudiée actuellement, dans les recherches, dans ses modes d’écriture contemporains, sur les terrains plurilingues de différentes villes.
Show Summary Details
Open access

La particule négative ne dans les français d’Afrique et de l’Océan Indien : convergences et divergences (Gudrun Ledegen & Chantal Lyche)

← 70 | 71 → GUDRUN LEDEGEN & CHANTAL LYCHE

La particule négative ne dans les français d’Afrique et de l’Océan Indien : convergences et divergences

La faible réalisation du ne de négation est souvent présentée comme une variable classique dans les études de sociolinguistique, comme exemple d’une variation généralisée, non localisée :

Dans Si j’aurais su, je serais pas venu, on peut relever deux écarts grammaticaux : le conditionnel après si et la négation réduite à pas. Cela s’observe partout : ces deux écarts ne sont pas des régionalismes. (Tuaillon 1983 : 227)

caractérisant tous les locuteurs :

ne deletion/retention [characterises] all speakers. It is not just ‘working-class’ or ‘uneducated’ speakers who drop ne in sentences such as the above but, given an appropriate context (e.g. an informal family situation), even the most ‘educated’ speakers will use variants without ne. (Durand 1993 : 262)

van Compernolle & Williams (2009) indiquent ainsi que de faibles fréquences de maintien de ne – ils mentionnent le seuil de « moins de 20% » (2009 : 419) – s’attestent ainsi pour le français informel en France (Armstrong 2002 ; Ashby 2001 ; Coveney 1998 ; Hansen et Malderez 2004), et que l’omission devient presque catégorique au Canada (Poplack et St-Amand 2007; Sankoff et Vincent 1977) et en Suisse (seulement 2,5% de maintien de ne dans les études de Fonseca-Greber 2000, 2007). À l’inverse, Queffélec fait mention, pour le terrain africain, d’un maintien plus élevé :

le maintien très fréquent (statistiquement largement supérieur à ce qu’on observe en français oral européen) de l’adverbe ne comme signe de la négation verbale : ← 71 | 72 → même en situation informelle, cet indice négatif clitique reste présent dans le discours parlé africain, là où il a largement disparu en français hexagonal. (Queffélec 2008 : 73)

Notre étude de la particule négative ne dans les français d’Afrique et de l’Océan Indien, à travers le cas de La Réunion, tentera de cerner les influences possibles du contact linguistique : différents terrains africains et le terrain réunionnais au sein du programme PFC sont confrontés aux pratiques innovantes des SMS afin de cerner les convergences et divergences. La comparaison de ces terrains entre eux, avec le terrain métropolitain et celui de la francophonie en général à travers la base PFC révèlera la nécessité d’un traitement pluriel de la particule ne. Cette comparaison s’inscrit pleinement dans la définition globale et non-hiérarchique de la francophonie dessinée par Carol Sanders, dans le but « de voir comment une langue – le français – évolue dans des conditions et des situations de contact différentes » (Sanders 2004 : 8). La comparaison des données de plusieurs variétés du français, pour y explorer des différences ou en souligner les ressemblances, est menée ici en dehors de toute idée de « hiérarchie dominée par le ‘bon’ français de France » (Sanders 2004 : 8), comme l’auteure l’identifiait encore dans l’étude de Valdman, Le français hors de France (1979) ou les deux tomes de Robillard et Beniamino, Le français dans l’espace francophone (1993–1996).

Notre article s’organise comme suit : après avoir brièvement rappelé les résultats de quelques études antérieures (Section 1), nous envisagerons deux terrains où le français se trouve en contact avec une voire plusieurs langues. Nous étudierons tout d’abord des données de parole spontanée obtenues dans 6 pays de la zone sub-saharienne (Section 2), et les données recueillies dans l’Île de la Réunion à partir d’un corpus de parole spontanée et d’un corpus de SMS (Section 3). Nous conclurons (Section 4) en mettant en exergue le rôle crucial joué par la prosodie et la syntaxe.

← 72 | 73 → Absence de la particule : données européennes

S’il semble qu’au 17e siècle, la distinction entre présence et absence de la particule ne était surtout d’ordre stylistique1 (Kawaguchi 2009), tel n’est plus le cas au 20e siècle où l’usage tend de plus en plus vers des phrases négatives dotées du seul adverbe pas. Depuis les années 1950, le développement des corpus a permis de mettre en évidence le faible taux de réalisation de la particule dans l’usage quotidien.

Tableau 1 : Maintien de ne dans différents corpus

images

← 73 | 74 → Les écarts de pourcentages dont fait état le Tableau 12 proviennent partiellement d’une certaine disparité géographique (Montréal vs Belgique) mais également de la disparité des corpus étudiés : corpus radiophonique dans Moreau (1986), conversations informelles dans Pooley (1996). Seules les données de Ashby (1981) et (2001) construites comme une étude en temps réel autorisent une véritable comparaison : les deux corpus ont été construits dans la même ville, selon le même protocole et reprennent en partie les mêmes témoins. Ashby (2001) conclut ainsi à un changement en temps réel : la particule ne serait en perte de vitesse aussi bien chez les hommes que chez les femmes, dans toutes les tranches sociales toutes classes d’âge confondues.

Tableau 2 : Évolution, facteurs de variation dans le maintien de ne (Ashby 2001)

images

L’ensemble des études sur le comportement de la variable ne s’accorde sur sa faible présence dans les corpus étudiés soumise à une variation due au registre, à la classe socio-économique et à l’âge. Les facteurs purement linguistiques qui favorisent la chute constituent également un autre point de convergence. Parmi les plus cités, on trouve la nature de l’adverbe négatif, la nature du sujet et la fréquence de l’expression. Ainsi pas est de loin l’adverbe le plus susceptible d’induire l’absence, ce dont témoigne par ← 74 | 75 → exemple le corpus de Coveney (1996) avec la distribution suivante : pas (83,6%) > rien > jamais > personne (66,7%). Le poids prosodique et sémantique du sujet contribue également au maintien ou non de la particule : un sujet lexical protège la particule qui disparait plus facilement dans une suite de clitiques. Ce comportement s’accentue encore lorsqu’il s’agit d’expressions fréquentes qui sont les plus prônes à perdre la particule ne. Moreau (1986) et Ashby (1981) par exemple s’accordent à présenter les groupes suivants comme des séquences préformées : c’est pas, je sais pas, il faut pas, il y a pas. Les données que nous pouvons extraire de la base PFC3 (Phonologie du Français contemporain) (Durand, Laks et Lyche 2009) se conforment largement aux études antérieures, ce que nous illustrons à l’aide des résultats recueillis auprès des 14 locuteurs de l’enquête menée dans le milieu de la haute bourgeoisie parisienne. Selon Ashby (2001), les locuteurs appartenant à la classe supérieure exhibent un taux relativement élevé de maintien de la particule (voir Tableau 2). Le niveau social de nos locuteurs nous inciterait à envisager l’hypothèse d’un système conservateur où la particule est relativement bien ancrée, hypothèse infirmée par les données du Tableau 3.

Tableau 3 : Présence de ne dans l’enquête PFC de la haute bourgeoisie parisienne

Paris

Maintien de la particule dans ne … pas

Entretien guidé

Entretien libre

20–39

6.6% (8/121)

9.6% (14/146)

40–59

13.2% (15/114)

1.5% (1/68)

60+

34.3% (12/35)

17.9% (12/67)

Total

13% (35/270)

9.6% (27/281)

← 75 | 76 → Le Tableau 3 met en évidence massive de la particule tout en soulignant l’importance du registre et de l’âge. Les locuteurs âgés utilisent la particule 5 fois plus souvent que la plus jeune génération lors de l’entretien guidé et deux fois plus souvent dans l’entretien guidé que dans la conversation libre. L’ensemble des études de corpus mentionnées convergent ainsi vers un très faible taux de réalisation de la particule et les résultats semblent suffisamment robustes pour leur opposer les résultats obtenus à partir des enquêtes menées sur le terrain africain et sur le terrain réunionnais, dans des zones où le français côtoie quotidiennement des langues typologiquement plus ou moins éloignées.

L’Afrique

Le français est majoritairement « langue seconde » sur le terrain africain. Ce terme, largement utilisé pour caractériser la situation africaine, couvre plus qu’une réalité linguistique (le français y est rarement acquis comme langue maternelle), il couvre également une réalité psycholinguistique : le français dans ces régions se distingue des autres langues étrangères en ce que « [il] joue dans leur [les membres de la communauté] développement psychologique, cognitif et informatif, conjointement avec une ou plusieurs langues, un rôle privilégié » (Cuq 1991 : 139). Le français est traditionnellement appris lors de la scolarisation, c’est la langue officielle des pays concernés, c’est la langue de tout l’enseignement et de l’administration. Dans des sociétés toujours plurilingues, le français est parfois troisième, voire quatrième langue, mais c’est toujours la langue à laquelle l’enfant est confronté lorsqu’il est scolarisé.

Nos données africaines pour cette étude proviennent de 6 enquêtes PFC menées selon le protocole PFC strictement appliqué (Durand et Lyche 2013) dans 6 capitales de pays de Afrique de l’ouest tous officiellement francophones.

← 76 | 77 → Tableau 4 : Enquêtes PFC en Afrique sub-saharienne

Pays

Enquête

Nombre de locuteurs

Côte d’Ivoire

Abidjan

14

Burkina Faso

Ouagadougou

12

Mali

Bamako

13

Cameroun

Yaoundé

6

Centrafrique

Bangui

13

Sénégal

Dakar

12

Dans les 6 pays, le degré de pratique et d’appropriation du français fait état de divergences profondes. La Côte d’Ivoire par exemple s’affirme sans nul doute comme le pays le plus francophone avec ses 4 grandes variétés de français qu’il y est coutume de relever (Boutin et Turcsan 2009) : le français académique, le français ivoirien, le français populaire ivoirien et le nouchi. Le français y est largement parlé par la population, il peut même être, en milieu urbain, la langue première des locuteurs. De l’autre côté du prisme se trouve le français malien ou centrafricain qui bien que langue officielle et langue de l’enseignement voit sa place dans la sphère linguistique fragilisée par l’existence de langues nationales à fonction véhiculaire (le bambara pour le Mali, le sango pour la Centrafrique). Dans ces deux pays, le français est très peu parlé par la population et n’intervient que rarement dans les interactions quotidiennes. Comme dans le reste de l’Afrique, tous ces terrains d’enquête se caractérisent par un plurilinguisme étendu où de nombreuses langues typologiquement très variées coexistent et sont régulièrement pratiquées par les locuteurs. Ce plurilinguisme étendu colore le français de traits issus de la langue locale de telle sorte que chaque variété subit une fragmentation et on parlera par exemple de français malien-bambara, français malien-songhay4. Au-delà de cet éclatement du nombre de variétés dû à l’influence d’une L1, les français africains ont en partage un ensemble de traits qui les distinguent des variétés hexagonales ou européennes. En ← 77 | 78 → effet, bien que chaque terrain exhibe sa panoplie de particularités phonologiques, l’analyse phonologique de chaque point d’enquête (par ex. Boutin et Turcsan 2009, Lyche et Skattum 2012, Bordal 2012, Boutin et al. 2012) permet de dégager quelques traits panafricains comme l’absence de véritable schwa, la faiblesse de la rhotique, un système de liaison très appauvri. Dans ce contexte, il semble légitime de s’interroger comme le fait Queffélec sur le rôle de la particule : Est-ce que l’absence de la particule négative constitue également un élément fédérateur dans les français d’Afrique ? Afin de répondre à cette question, nous opposons les deux terrains que nous avons présentés comme le plus et le moins francophones soit respectivement Abidjan et Bamako.

Tableau 5 : Présence de ne dans la suite ne … pas

images

Si dans les deux points d’enquête, la particule semble solidement établie, nous observons néanmoins un écart relativement important entre les deux terrains avec une plus forte tendance au maintien à Bamako. Cette tendance opère particulièrement dans la tranche d’âge 60+ pour laquelle nous ne disposons malheureusement pas de locuteur à Abidjan. Il pourrait s’agir d’un effet dû à l’âge, ou refléter un niveau d’instruction plus élevé et une pratique plus importante de l’écrit5. Nous ferons l’hypothèse que ← 78 | 79 → la vernacularistion du français favorise la chute de la particule négative à Abidjan sans qu’elle atteigne pour autant des taux proches des données hexagonales. En effet, la moyenne des taux de maintien à Abidjan et Bamako s’avère largement supérieure aux taux de maintien à Paris et la comparaison des résultats fournit une différence statistiquement significative.

Tableau 6 : Maintien de ne (Paris vs Abidjan et Bamako)

Comparaison Paris/Abidjan+Bamako

guidé

libre

valeur p

6,42613E-31

7,38299E-24

Sur la base du Tableau 6, nous pouvons conclure dans un premier temps que la présence remarquable de la particule constitue une exception africaine. Ces résultats viennent confirmer l’observation de Queffélec, mais il convient maintenant d’analyser de plus près les données afin de porter un éclairage sur les facteurs qui sont les plus susceptibles d’entraîner la chute de ne. Parmi les facteurs purement linguistiques, toutes les études antérieures effectuées en Europe relèvent l’importance des séquences dites préformées (Moreau 1986) ainsi que celle de la nature du sujet. Nous comparons donc dans les tableaux ci-dessous les séquences préformées les plus communément dépourvues de particule négative, soit (il) faut pas, c’est pas, (il) y a pas. Nous comparons les résultats des 6 enquêtes africaines à ceux de toute la base PFC.

Tableau 7 : (il) (ne) faut pas en Afrique et la base PFC

images

← 79 | 80 → Avec uniquement 7,3% de réalisations de la particule, il semble justifié de postuler l’émergence d’une séquence préformée faut pas/il faut pas en Afrique également, même si le phénomène reste en-deçà de ce que l’on observe dans le reste de la base. L’écart s’élargit encore avec la séquence c’est pas.

Tableau 8 : ce (n’)est pas en Afrique et la base PFC

images

L’absence de particule dans la séquence c’est pas fédère de façon quasi catégorique toute la base PFC. Le taux de rétention de la particule quoiqu’inférieur à 10% en Afrique, reste néanmoins significativement élevé et témoigne d’une tendance robuste au maintien. Cette tendance se renforce encore dans il n’y a pas.

Tableau 9 : (il) (n’)y a pas en Afrique et la base PFC

images

La séquence il n’y a pas avec ses 11,4% de réalisations se caractérise comme la plus robuste des trois séquences étudiées et s’oppose largement au reste de la base PFC. Dans les trois tableaux cependant, il convient de noter un taux relativement faible de présence de la particule qui ne dépasse pas les 12%. Nous pouvons alors conclure à une tendance en Afrique à la mise en place de séquences préformées d’où la particule négative se voit éliminée.

← 80 | 81 → Parmi les séquences préformées envisagées par Moreau (1986), nous avons choisi je sais pas et je pense pas pour leur fréquence toute relative dans le corpus6.

Tableau 10 : je (ne) sais pas en Afrique et la base PFC

images

Tableau 11 : je (ne) pense pas en Afrique et la base PFC

images

L’écart entre l’Afrique et le reste de la base s’accentue profondément dans les Tableaux 10 et 11 avec une stabilité remarquable de la particule dans le corpus africain alors que les chiffres dans le reste de la base évoluent peu. Si les locutions impersonnelles des Tableaux 7, 8 et 9 se figent relativement aisément sans la particule, tel n’est pas le cas en 10 ou 11 où l’introduction d’un sujet personnel inverse la tendance. Ce rôle protecteur du pronom sujet personnel animé trouve un certain écho dans une observation de Ploog (2013) qui établit un parallèle entre l’absence de pronominalisation des référents inanimés dans la majorité des langues niger-congo de la région et l’utilisation attestée dans le français abidjanais, des pronoms LE/LUI pour les seuls référents animés :

← 81 | 82 → « Le paradigme clitique objet semble très largement restructuré en ce qui concerne les constituants de troisième personne : les arguments avec un rôle de bénéficiaire et +[animé] sont repris par les clitiques issus du paradigme direct […], alors que les référents inanimés n’entrent pas dans les positions clitiques, i.e. seront marqués Ø » (2013 : 19).

Dans les locutions (il) faut pas, (il) y a pas, c’est pas le pronom sujet, élément postiche, est sémantiquement vide ce qui l’autorise à former une unité prosodique avec le verbe. Rappelons que les variétés africaines de français ont en partage une prosodie lexicale et non pas post-lexicale comme le français européen. Sous l’influence des langues locales dotées soit d’un accent lexical contrastif ou d’un système tonal (Bordal et Lyche 2012), les français d’Afrique maintiennent un accent lexical ou même un système tonal comme le français centrafricain où les mots lexicaux sont le plus souvent caractérisés par un ton haut sur la dernière syllabe (Bordal 2012). Il s’ensuit qu’une suite comme je ne pense pas sera susceptible de porter 3 accents, un sur chaque mot, alors que dans il faut pas, l’élément postiche il ne constituera pas à lui seul une unité accentuelle. De ce fait dans il ne faut pas, ← 82 | 83 → la particule négative ne se trouvera toujours à l’intérieur d’une unité prosodique et qu’elle ne sera pas protégée par sa position. En effet, selon l’hypothèse de marquage (Lacheret, Lyche et Tchobanov 2012), la position initiale de syntagme constitue une position forte susceptible par exemple d’empêcher la chute d’un schwa. Il suffit d’opposer en effet il est né l(e) 20 juin à il est né le 20 juin (et non pas le 22) où la présence du schwa indique le début d’un nouveau syntagme prosodique et entraîne la réalisation de la voyelle. Dans je ne pense pas, un accent sur le pronom personnel placera la particule négative en début d’un autre domaine accentuel, ce qui la protégera contre l’élision7. Cet effet est particulièrement sensible avec le pronom nous, qui en français centrafricain, par exemple, est doté d’un ton haut comme toutes les unités lexicales et qui est catégoriquement suivi de la particule ne (Bordal 2012). Une fois établie la stabilité remarquable de la particule dans les données orales, tournons-nous vers les sms, souvent considérés comme des productions graphiques de l’oral (Ledegen 2007b).

Nous disposons pour Dakar (Sénégal) de quelques données qui concordent entièrement avec ce que nous livre la parole spontanée. Nous relevons dans le corpus de sms de Lexander (2011) les exemples suivants :

(1)

Je ne pe pa 2mand à mé parent

(2)

Tu ne pense meme plus a m’appeler

(3)

Salut gosse, tu ne viens pa récupéré ta formulaire

(4)

Mitemp naniou instant bi8 mais boy il ne joue tiotoudayam9 rien d bon

(5)

Dommage k’on n s voi pa

La particule se maintient quasi catégoriquement même dans un registre très familier. Le seul cas où elle est omise concerne la locution faut pas :

(6)

boy faut pas oublié les cd des clip.

Nous pouvons donc conclure pour les variétés africaines de français à une présence remarquable d’une négation discontinue là où les autres variétés de français se contentent de l’adverbe pas10. L’absence de la particule reste néanmoins une option dans la grammaire des locuteurs lorsque l’on a affaire à des impersonnels. Il semble que la particule se voit protégée par des facteurs linguistiques et sociolinguistiques : d’un côté, la prosodie lexicale des variétés concernées et le poids du pronom sujet animé protègent la particule en la plaçant en tête d’unité prosodique ; d’un autre côté, le mode souvent purement scolaire d’apprentissage du français met en valeur l’écrit, canal qui maintient la particule. La comparaison des résultats obtenus à Abidjan et Bamako (Tableau 5) souligne une différence attribuée à la vernacularisation du français. Le taux de maintien reste élevé à Abidjan où le français ← 83 | 84 → est très présent dans la vie quotidienne locale, mais il l’est beaucoup moins qu’à Bamako où le bambara s’impose dans les interactions quotidiennes. La vernacularisation du français entraîne dans son sillage la perte de la particule.

La Réunion

La situation sociolinguistique met en contact le français et le créole. Actuellement, le français est presque toujours L1 (en partage avec le créole), la langue haute de l’administration et de l’éducation, mais aussi de plus en plus acquis dans son registre familier et ordinaire (Ledegen 2007a : 323–326) ; la situation attestée encore en 1993 a largement évolué :

One of the characteristic features of the local French is its lack of some of the familiar registers found in the metropolitan language. There is little need for them : in situations where the Parisian or Bordelais would change to français familier, the average Martinican or Mauritian can turn to Creole. (Aub-Buscher 1993 : 205)

Notons par ailleurs que dans la variété de français à La Réunion s’attestent des transferts avérés de la phonologie du créole : il en est ainsi par exemple pour la réalisation du r postvocalique ou des groupes consonantiques pour nommer deux traits clairement identifiés (Bordal et Ledegen 2009).

Les données réunionnaises se révèlent, dans le cadre de cette étude du ne, globalement proches des données hexagonales, tout en s’en séparant légèrement, comme nous le verrons plus bas. Il ne s’atteste donc que peu d’influence du créole. Nous avons d’ailleurs trouvé un exemple inverse, où un passage créole11 est attesté avec le ne, alors même que le créole réunionnais en est dépourvu (Cellier 1985) :

← 84 | 85 → avèk [nom] ne dor pa la nwi lé imposib

(« avec [nom], ne dors pas la nuit, c’est impossible »)

1. Étude du corpus réunionnais PFC

Les taux d’utilisation de ne se révèlent totalement comparables entre les corpus parisien et réunionnais, oscillant autour de 10%, à l’exception de l’entretien guidé dans les données parisiennes, où la surveillance semble un peu plus grande :

Tableau 12 : Taux d’utilisation de ne dans les données PFC pour Paris et La Réunion

 

Guidé

Libre

Paris

13%

(35/270)

9,6%

(27/281)

Réunion

10,1%

(31/307)

10%

(9/90)

Valeur p

0,280591506

0,913053544

Les séquences préformées s’alignent de la même façon sur les tendances identifiées pour le reste de la base PFC pour les structures impersonnelles – il faut, c’est et il y a – comme le montrent les trois tableaux suivants :

Tableau 13 : (il) (ne) faut pas dans les données PFC pour La Réunion et le reste de la base

images

← 85 | 86 → Tableau 14 : (c’) (n’) est pas dans les données PFC pour La Réunion et le reste de la base

images

Tableau 15 : (il) (n’) y a pas dans les données PFC pour La Réunion et le reste de la base

images

Mais il en va différemment pour les sujets personnels : à l’instar des données africaines, mais de façon beaucoup moins massive, les ne sont davantage préservés dans le cas de pronoms sujets personnels comme dans les séquences je ne sais pas (25% de maintien) et je ne pense pas (où les chiffres sont très faibles), et ce de façon significative dans les deux cas, même si la faible fréquence du second cas affaiblit le calcul :

Tableau 16 : (je) (ne) sais pas dans les données PFC pour La Réunion et le reste de la base

images

← 86 | 87 → Tableau 17 : (je) (ne) pense pas dans les données PFC pour La Réunion et le reste de la base

images

Ainsi, le corpus réunionnais s’aligne sur le français ordinaire en général, tout en manifestant quelque sensibilité pour le statut personnel du sujet dans le maniement du ne.

2. Corpus réunionnais de sms

Notre corpus contient 15.000 sms12 récoltés d’avril à juin 2008 à la Réunion lors de l’enquête Faites don de vos sms à la science ; elle présente le premier terrain de l’étude internationale sms4science13 mise en place par C. Fairon et l’équipe CENTAL de l’université de Louvain-la-Neuve, suite à l’enquête menée en Belgique francophone en 2004 (Fairon, Klein et Paumier 2006). L’analyse est ici effectuée sur 6964 sms, représentant le mois de mai, soit environ la moitié de la récolte. Les données seront comparées avec ← 87 | 88 → l’entretien libre des données PFC étant donné le caractère peu surveillé de ces productions14.

Le tableau suivant révèle des pourcentages d’attestation du ne semblables pour les trois corpus : les entretiens libres PFC de Paris et de la Réunion et le corpus de sms contiennent environ 10% de ne réalisés.

Tableau 18 : Taux d’utilisation de ne dans les données PFC pour Paris et La Réunion, et le corpus Réunion SMS

 

Présence de ne

Paris (entretien libre)

9,6%

(27/281)

Réunion PFC (entretien libre)

10%

(9/90)15

Réunion SMS

9,9%

(189/1897)

Valeur p

0,85277536

L’examen des séquences préformées révèle ici deux séries de résultats contrastées : d’une part, dans les deux séquences, il faut et il y a, le pronom personnel il manquant constitue l’emploi le plus fréquent dans le corpus sms ; cet usage s’oppose au reste de la base PFC (ainsi que les données PFC pour la Réunion), où la structure avec maintien du il mais absence du ne prévaut, et ce de façon significative :

← 88 | 89 → Tableau 19 : (il) (ne) faut pas dans le corpus Réunion SMS et la base PFC

images

Tableau 20 : (il) (n’) y a pas dans le corpus Réunion SMS et la base PFC16

images

De l’autre côté, nous trouvons des séquences préformées qui s’alignent sur les usages oraux attestées dans le reste de la base PFC et dans les données réunionnaises de la base : les usages sont catégoriques pour c’est pas et je pense pas, et plus variables pour je (ne) sais pas, le maintien du ne se combinant très fréquemment avec des compléments prépositionnels ou phrastiques : je ne sais pas pourquoi je ris / pour ce week-end / si elle m’aime,…

← 89 | 90 → Tableau 21 : (c’) (n’) est pas dans le corpus Réunion SMS et la base PFC

images

Tableau 22 : (je) (ne) pense pas dans le corpus Réunion SMS et la base PFC

images

Tableau 23 : (je) (ne) sais pas dans le corpus Réunion SMS et la base PFC

images

L’écrit-sms révèle ainsi ses caractéristiques proches de l’oralité, voire une pratique du « relâchement » (Laks 2000) encore plus poussée en figeant faut pas et y a pas, dans la logique de l’économie et de la condensation (écrire rapidement en omettant l’omettable, à l’instar des télégrammes).

Il est un dernier élément qui donne à voir le caractère hybride – oralité + scripturalité – de l’écrit-sms : le sujet nominal, sans reprise pronominale, déclenche habituellement la présence du ne dans le français oral, à cause de son caractère soigné, son appartenance à la « langue du dimanche » (Blanche-Benveniste 2002 : 2014). Dans le corpus sms pourtant, il est très largement attesté sans ne :

← 90 | 91 → Tableau 24 : Taux de (non-)réalisation de ne après un sujet nominal

 

présence

absence

sujet nominal

14,6% (7/48)

85,4% (41/48)

Quelques exemples illustrent cette structure très fréquente :

(1)

ton cadeau qui ma foi m’a rien coûté

(2)

quand la fille t’aime pas

(3)

la plupart des filles se gênent pas

(4)

mon petit frère arrête pas

(5)

mon GSM arrête pas de vibrer

(6)

ma mère voulait pas

(7)

Mademoiselle écoute pas

S’inscrivant dans la logique de l’économie propre à l’écrit-sms, le corpus contient en effet très peu de dislocations à gauche, organisation de l’information qui relève de l’oral (Lambrecht 1994 ; Blanche-Benveniste 1990 : 55) :

(8)

ma mère veut pas (sms) versus ma mère elle veut pas (oral, exemple fabriqué)

(9)

et ma mère elle me parlait et français et créole quoi (PFC, 974nb)

(10)

le français, c’est pas de nous ça (PFC, 974ma)

Les structures à sujet nominal ne sont nullement guidées par des raisons pragmatiques particulières comme l’emphase ou l’emploi ludique17. Notre corpus de sms combine ainsi l’omission du ne – trait d’informalité – avec le sujet nominal – trait de formalité.

← 91 | 92 → Données réunionnaises : conclusion

Les séquences préformées se révèlent ainsi très fréquentes dans les données réunionnaises orales, à l’instar des données parisiennes, et le français ordinaire plus généralement. Rappelons toujours la légère sensibilité pour le maintien du ne dans le cas des sujets personnels.

Le corpus des sms a révélé des particularités : d’une part, pour certaines séquences préformées, il pousse, et ce de façon significative, le « relâchement », ou plutôt la condensation, plus loin que les données orales : il en est ainsi pour faut pas et y a pas. De l’autre, il combine des traits d’oralité (absence de ne) et de scripturalité (sujet nominal), dans une logique d’économie, certes, mais aussi d’hybridation : l’écrit-sms se réalise nettement à l’image de l’oral mais bel et bien dans la modalité de l’écrit, où l’organisation de l’information nécessite peut-être moins le « double marquage » de la dislocation à gauche (Blasco-Dulbecco 1999). Ces deux phénomènes révèlent ainsi la tendance « allégeante » de ces nouveaux écrits : absence de ne, combiné avec absence de pronom impersonnel (faut pas, y a pas) et personnel (sujet nominal). Rappelons toutefois que cet allègement n’est pas appliqué pour le corpus sms africain, montrant la nécessité du traitement pluriel.

Conclusion

Notre étude a montré que dans une situation de français en contact, la L1 du locuteur n’exerce aucune influence sur la présence ou l’absence de la particule négative. Le mode d’appropriation du français en Afrique, essentiellement écrit, impose la présence massive du ne. Ce n’est qu’au moment où le français se vernacularise, comme en Côte d’Ivoire, que commencent à germer les tendances lourdes observées dans le français de référence. À la Réunion, une pratique quotidienne du français associée à un contact plus fréquent avec les variétés hexagonales garantit la pérennité du système de référence.

← 92 | 93 → Parmi les facteurs linguistiques qui interviennent dans la réalisation ou non de la particule, nous avons souligné l’importance de la prosodie en Afrique où une prosodie lexicale supplante régulièrement la prosodie typiquement postlexicale des autres variétés de français. La prosodie protège la particule en Afrique et il se pourrait qu’elle intervienne également dans le maintien observé à la Réunion dans les suites préformées de type je ne V. Le français réunionnais se caractérise en effet, tout comme les variétés africaines, par un maintien élevé de schwas dans les monosyllabes (Bordal et Ledegen 2009), facteur qui pourrait venir renforcer le précédent18.

Les corpus de sms confortent dans leur ensemble les tendances régionales dégagées. Le souci d’économie aussi bien linguistique que gestuelle n’entraîne pas une raréfaction de la particule dans les sms récoltés au Sénégal, tout à fait conformes aux données orales. A la Réunion, la logique d’économie influe sur l’omission quasi généralisée du sujet vide dans les séquences préformées et sur l’absence de particule après des sujets nominaux, ce que nous avons attribué à la suppression du pronom personnel dans les dislocations.

Ainsi, la confrontation des conditions et des situations de contact différentes du français, sur les terrains de l’Afrique et de La Réunion, selon les modalités de l’oral et de l’écrit d’un registre majoritairement informel, vient souligner une fois de plus l’indispensable appui de l’analyse syntaxique sur la phonologie et la prosodie. S’annoncent ainsi de multiples chantiers systématiquement comparatifs sur la base PFC et les bases de sms qui se multiplient.

Références

Armstrong Nigel, 2002, « Variable deletion of French ne. A cross-stylistic perspective », in Language Sciences, 24, 153–173.

Armstrong Nigel & Smith Alan, 2002, « The influence of linguistic and social factors on the recent decline of French ne », in Journal of French language studies, 12, 23–41.

← 93 | 94 → Ashby William, 1976, « The loss of the negative morpheme ne in Parisian French », in Lingua, 39, 119–137.

Ashby William, 1981, « The loss of particle ne in French : a syntactic change in progress », in Language, 57, 674–687.

Ashby William, 2001, « Un nouveau regard sur la chute de ne en français parlé tourangeau : S’agit-il d’un changement en cours ? », in Journal of French Language Studies, 11, 1–22.

Aub-Buscher Gertrud, 1993, « French and French-based Creoles : The case of the French Caribbean », in Sanders Carol (Ed.), French today. Language in its social context, Cambridge, Cambridge University Press, 199–214.

Blanche-Benveniste Claire, 1990, Le français parlé. Études grammaticales, Paris, Éditions du CNRS.

Blanche-Benveniste Claire, Rouget Christine & Sabio Frédéric, 2002, Choix de textes de français parlé, Paris, Champion.

Blasco-Dulbecco Mylène, 1999, Les dislocations en français contemporain, Paris, Champion.

Bordal Guri, 2012, Prosodie et contact de langues : le cas du système tonal du français centrafricain, Thèse de doctorat, Université d’Oslo.

Bordal Guri, & Ledegen Gudrun, 2009, « La prononciation du français à l’Île de la Réunion : évolution des variations et de la norme », in Durand Jacques, Laks Bernard & Lyche Chantal (Dirs), Phonologie, variation et accents du français, Paris, Hermès Science/Lavoisier, 177–205.

Bordal Guri & Lyche Chantal, 2012, « Regard sur la prosodie de français d’Afrique à la lumière de la L1 de locuteurs », in Simon Anne Catherine (Ed.), La variation prosodique régionale en français, Bruxelles, De Boeck-Duculot, 179–198.

Boutin Béatrice A. & Turcsan Gabor, 2009, « La prononciation du français en Afrique : la Côte d’Ivoire », in Durand Jacques, Laks Bernard & Lyche Chantal (Eds), Phonologie, variation et accents du français, Paris, Hermès Science/Lavoisier, 131–152.

Boutin Béatrice A., Gess Randall & Guèye Gabriel M., 2012, « French in Senegal after three centuries : A phonological study of Wolof speakers’ French », in Gess Randall, Lyche Chantal & Meisenburg Trudel (Eds), Phonological Variation in French : Illustrations from three continents, Amsterdam, Benjamins, 45–71.

Cellier Pierre, 1985, Comparaison syntaxique du créole réunionnais et du français : réflexions pré-pédagogiques, St Denis de La Réunion, Université de La Réunion.

van Compernolle Rémi A., 2007, « The variable use of ne in public French-language chat », in Gerbault, Jeannine (Ed.), La langue du cyberespace : de la diversité aux normes, Paris, L’Harmattan, 251–264.

van Compernolle Rémi A. & Williams Lawrence, 2009, « Variable omission of ne in real-time French chat. A corpus-driven comparison of educational and ← 94 | 95 → non-educational contexts », in Canadian Modern Language Review, 65/3, 413–440 <http://www.personal.psu.edu/rav137/preprints/CMLR.negation.pdf>

Coveney Aidan, 1996, Variability in Spoken French. A Sociolingistic Study of Interrogation and Negation, Exeter, Elm Bank.

Coveney Aidan, 1998, « Awareness of linguistic constraints on variable ne omission », in Journal of French Language Studies, 8, 159–188.

Cuq Jean-Pierre, 1991, Le français langue seconde : origine d’une notion et implications didactiques, Paris, Hachette.

Diakité Drissa, 2000, « La crise scolaire au Mali », in Nordic Journal of African Studies, 9, 6–28.

Diller Anne-Marie, 1983, « Subject NP structure and variable constraints ; the case of ne deletion », in Fasold Ralph W. (Ed.), Variation in the Form and Use of Language, Washington DC, Georgetown University Press, 167–175.

Durand Jacques, 1993, « Sociolinguistic variation and the linguist », in Sanders Carol (Ed.), French today. Language in its social context, Cambridge, Cambridge University Press, 257–285.

Durand Jacques & Lyche Chantal, 2013, « PFC et les français périphériques », in Ledegen Gudrun (Ed.), La variation du français dans les aires créolophones et francophones, Tome I, Paris, L’Harmattan, 11–29.

Durand Jacques, Laks Bernard & Lyche Chantal, 2009, « Le projet PFC (phonologie du français contemporain : une source de données primaires structurées », in Durand, Jacques, Laks, Bernard & Lyche, Chantal (Eds), Phonologie, variation et accents du français, Paris, Hermès Science/Lavoisier, 19–62.

Fairon Cédrick, Klein Jean & Paumier Sébastien, 2006, Le langage SMS. Étude d’un corpus informatisé à partir de l’enquête « Faites don de vos SMS à la science », Presses universitaires de Louvain, Louvain-la-Neuve, Cahiers du Cental, 3.1.

Fonseca-Greber Bonnie, 2000, The change from pronoun to clitic to prefix and the rise of null subjects in spoken Swiss French, Thèse de doctorat, University of Arizona.

Fonseca-Greber Bonnie, 2007, « The emergence of emphatic ne in conversational Swiss French », in Journal of French Language Studies, 17–3, 249–275.

Hansen Anita, & Malderez Isabelle, 2004, « Le ne de négation en région parisienne. Une étude en temps réel », in Langage & Société, 107, 5–30.

Kawaguchi Yuji, 2009, « Particules négatives du français : ne, pas, point et mie. Un aperçu historique », in Baronian Luc & Martineau France, Le français d’un continent à l’autre, Sainte-Foy, Les Presses de l’Université Laval, 193–210.

Lacheret Anne, Lyche Chantal & Tchobanov Atanas, 2012, « Schwa et position initiale revisitée : l’éclairage de la prosodie en phonologie du français contemporain », in Langue française, 169, 137–158.

Laks Bernard, 2000, « De la variation et des variantes : à propos du relâchement », in Linx, 42, <http://linx.revues.org/747>

← 95 | 96 → Lambrecht Knud, 1994, Information Structure and Sentence Form, Cambridge, Cambridge University Press.

Ledegen Gudrun, 2007a, « Inventaire des particularités morpho-syntaxiques du français régional de la Réunion : interférences, ‘régionalismes grammaticaux’ ou français ‘ordinaire’ tout court ? », in Le français en Afrique, 22, 319–330.

Ledegen Gudrun, 2007b, « Résonance SMS. ‘Jc c koi mé javé pa rèalizé sur le coup !’ », in Linx, 57, <http://linx.revues.org/70>

Ledegen Gudrun, 2013, « Prédicats ‘flottants’ entre le créole acrolectal et le français à La Réunion : exploration d’une zone ambigue », in Chamoreau Claudine & Goury Laurence (Coord.), Systèmes prédicatifs des langues en contact, Paris, CNRS Editions.

Lexander Kristin V., 2011, Pratiques plurilingues de l’écrit électronique : alternances codiques et choix de langue dans les SMS, les courriels et les conversations de la messagerie instantanée des étudiants de Dakar, Sénégal, Thèse de doctorat, Université d’Oslo.

Lyche Chantal & Skattum Ingse, 2012, « The phonological characteristics of French in Bamako, Mali : A sociolinguistic approach », in Gess Randall, Lyche Chantal & Meisenburg Trudel (Eds), Phonological Variation in French : Illustrations from three continents, Amsterdam, Benjamins, 73–101.

Lyche Chantal, Klingler Tom & LaFleur Amanda, 2010, « Conversation à la Ville Platte (Louisiane, Etats-Unis) : langue et musique en Louisiane », in Detey Sylvain, Durand Jacques, Laks Bernard & Lyche Chantal (Eds), Les variétés du français parlé dans l’espace francophone, Paris, Ophrys, 351–364.

Moreau Marie-Louise, 1986, « Les séquences préformées : entre les combinaisons libres et les idiomatismes. Le cas de la négation avec ou sans ne », in Le français moderne, 54, 137–160.

Ploog Katia, 2013, « Mécanismes discursifs et exigences pragmatiques dans les dynamiques langagières », in CLAIX, n° 24, Kriegel Sybil & Véronique Daniel (Dirs), « Contacts de langues, langues en contact », 13–34.

Pohl Jacques, 1968, « Ne dans le français parlé contemporain : les modalités de son abandon », in Actes du Xe congrès international de linguistique et de philologie romanes, Vol. 2, 1343–59.

Pooley Tim, 1996, Chtimi : the Urban Vernaculars of Northern France, Clevedon, Multilingual Matters.

Poplack Shana, & St-Amand Anne, 2007, « A real-time window on 19th century vernacular French. The Récits du français québécois d’autrefois », in Language in Society, 36–5, 707–734.

Queffelec Ambroise, 2008, « L’évolution du français en Afrique noire, pistes de recherches », in Holter Karin & Skattum Ingse (Eds), La francophonie aujourd’hui. Réflexions critiques, L’Harmattan, Paris, 63–76.

← 96 | 97 → Robillard Didier de & Beniamino Michel (Eds), 1993–1996, Le français dans l’espace francophone, Tomes 1 et 2, Paris, Champion.

Sanders Carol, 2004, « Introduction », in Coveney Aidan, Hintze Marie-Anne & Sanders Carol (Eds), Variation et francophonie. En hommage à Gertrud Aub-Buscher, Paris, L’Harmattan, 7–10.

Sankoff Gillian, & Vincent Diane, 1977, « L’emploi productif de ne dans le français parlé à Montréal », in Le Français Moderne, 45, 243–256.

Sankoff Gillian & Vincent Diane, 1980, « The productive use in ne in spoken Montreal French », in Sankoff Gillian (Ed.), The Social Life of Language, Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 295–310.

Tuaillon Gaston, 1983, « Régionalismes grammaticaux », in Recherches sur le français parlé, 5, 227–239.

Valdman Albert (Ed.), 1979, Le français hors de France, Paris, Champion.← 97 | 98 →

__________

1 Le grammairien Ménage s’oppose à Vaugelas en ces termes : « Monsieur de Vaugelas veut qu’il soit mieux de dire, Ont-ils pas fait ? sans négative, que N’ont-ils pas fait ? avec que la négative. Je ne suis pas de son avis. N’ont-ils pas fait me semble plus élégant » (cité par Kawaguchi 2009 : 206).

2 Tableau repris en grande partie de Armstrong et Smith (2002)

3 Rappelons que cette base de données comprend 400 locuteurs du monde francophone tous enregistrés à partir d’un protocole unique (Durand et Lyche 2013). Tous les locuteurs lisent la même liste de mots et le même texte, tous les locuteurs participent à un entretien guidé et une conversation libre.

4 Voir Bordal et Lyche (2012) pour une étude de la prosodie.

5 Rappelons que 1990 marque le début d’une crise profonde au sein de l’école malienne (Diakité 2000).

6 Les autres séquences citées par Moreau n’ont pas été retenues à cause de leur faible présence, elles indiquent néanmoins des tendances similaires : je ne dis pas (4 occurrences en Afrique, 4 pour le reste de la base) vs. je dis pas (1 occurrence en Afrique, 15 dans le reste de la base).

7 Il n’en reste pas moins vrai que dans une suite de 2 clitiques, le deuxième est affaibli, ce qui se manifeste par un nombre remarquable de chute de schwas dans ce contexte particulier alors que la voyelle <e> est généralement stable dans les français africains (Lyche et Skattum 2012, Bordal 2012).

8 « pour l’instant, nous sommes à la mi-temps ».

9 « putain de merde ».

10 Rappelons que le territoire nord-américain voit l’aboutissement du changement vers un seul adverbe négatif : Sankoff et Vincent (1977) offrent l’image d’une variété canadienne d’où la particule ne a presque disparu. La Louisiane quant à elle n’a pas de négation disjonctive (Lyche et al. 2010).

11 L’intonation nous a fait pencher vers l’interprétation du passage en créole ; nous aurions pu aussi y voir un passage « flottant » (Ledegen 2013), possiblement reçu comme français ou comme créole, transcrit comme suit, pour montrer la double interprétation possible :

{avèk [nom] ne dor pa la nwi lé imposib

{avec [nom] ne dors pas la nuit

12 Une fois collecté, le corpus est traité afin qu’il réponde aux exigences juridiques et scientifiques : nettoyage du corpus (élimination de messages adressés à l’équipe, de chaînes, d’histoires drôles …) (faisant passer le corpus brut de près de 25.000 sms à 15.000 sms à analyser), anonymisation de toutes les données personnelles et transcription du corpus en français standard et en Lékritir 77 pour le créole, pour permettre l’exploration logicielle. Enfin, des annotations sur divers phénomènes phonétiques, lexicaux, syntaxiques et graphiques, ainsi qu’un balisage des segments suivant qu’ils sont créoles, français ou « flottants », i.e. potentiellement interprétables comme créoles et comme français (Ledegen 2013), complètent la préparation du corpus.

13 Cf. <http://www.sms4science.org>.

14 Les locuteurs, majoritairement jeunes (13 à 27 ans), nous ont envoyé des messages envoyés lors de véritables échanges communicationnels sur un numéro gratuit, le recopiage automatique permettant ainsi d’éviter les biais obtenus lors du recopiage manuel pratiqué habituellement pour ce type d’enquête (corrections, conscientes comme inconscientes).

15 Dans ce tableau, ainsi que dans les suivants, les données PFC pour la Réunion ne sont indiquées que pour rappel, les calculs confrontant le corpus de SMS avec les données parisiennes, puis avec le reste de la base PFC.

16 L’examen des autres forclusifs avec il y a montre la même prépondérance de la structure sans il impersonnel ni ne :

Tableau 20’ : il y a avec d’autres forclusifs que pas

images

17 R. van Compernolle (2007) explique ainsi la présence remarquable (14,83% de ne), dans son corpus de tchats, de ne comme particule pragmatique, « the absence of ne [appearing] to be the norm » (2007 : 262).

18 Des études sur des données plus nombreuses permettront peut-être de poursuivre cette piste.