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« Infra-noir », un et multiple

Un groupe surréaliste entre Bucarest et Paris, 1945–1947

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Edited By Monique Yaari

Bucarest – Paris, 1945-1947. Pendant cet intervalle trouble où la dictature communiste ne s’est pas encore imposée dans la capitale roumaine sur les décombres du fascisme, un groupe surréaliste singulier émerge de la clandestinité avec un enchaînement fébrile de publications et d’expositions. Se pensant en dialogue avec Paris mais affirmant hautement sa différence, il arbore l’« Infra-noir » comme signe d’une identité codée.
Les publications collectives en langue française que réalisent Gherasim Luca, Trost, Paul Paun, Virgil Teodorescu et Gellu Naum durant ces deux années de relative liberté sont ici, pour la toute première fois, réunies et reproduites en fac-similé. Elles sont accompagnées d’études attentives signées par une équipe internationale de chercheurs pluridisciplinaires, offrant un regard critique inédit non seulement sur ces pages étonnantes, mais aussi sur la double spécificité de chacun des trois premiers membres du groupe – qui ont définitivement opté pour le français et dont on découvrira ici l’importante production plastique.
Sous la direction de Monique Yaari, l’ensemble ouvre une riche perspective autant sur l’aspect poétique et esthétique des œuvres que sur la pensée qui les informe, fondamentale et novatrice.
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MONIQUE YAARI – Introduction : un et multiple au fil du temps

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MONIQUE YAARI

Introduction : un et multiple au fil du temps

Je dis que la flamme révolutionnaire brûle où elle veut

— ANDRÉ BRETON, Légitime défense, 1926

Bucarest, 1945–1947. Dans ce bref intervalle de relative liberté en Europe de l’Est où un régime communiste ne s’est pas encore mis durablement en place suite au départ des Nazis, un groupe surréaliste tout à fait singulier fait explosion dans la capitale roumaine avec une gerbe d’expositions et de publications collectives. S’exprimant, en tant que groupe, majoritairement en langue française, et se pensant en dialogue – parfois contestataire – avec Paris, ils arborent, à partir de 1946, le vocable « infra-noir » comme une identité codée. C’est sur cette brève et surprenante éclosion que se penche notre volume.

Une présence si météorique peut conduire à s’interroger sur la constitution initiale du groupe. Or, si l’on suit le fil en amont, jusqu’à l’avant-guerre, on retrouve le 16 janvier 1938 à Bucarest, dans un hebdomadaire de gauche, Reporter, un article du poète Gherasim Luca encadré de deux traductions du français. Au nom des « jeunes poètes du monde entier, appelés à écrire une poésie entièrement de leur temps, proche des hommes et d’eux-mêmes », l’article louait, dans une optique d’offrande et de partage, l’œuvre de Lautréamont, figure mythique de l’imaginaire surréaliste. Les traductions étaient signées Paul Păun – celle du...

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