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« Infra-noir », un et multiple

Un groupe surréaliste entre Bucarest et Paris, 1945–1947

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Edited By Monique Yaari

Bucarest – Paris, 1945-1947. Pendant cet intervalle trouble où la dictature communiste ne s’est pas encore imposée dans la capitale roumaine sur les décombres du fascisme, un groupe surréaliste singulier émerge de la clandestinité avec un enchaînement fébrile de publications et d’expositions. Se pensant en dialogue avec Paris mais affirmant hautement sa différence, il arbore l’« Infra-noir » comme signe d’une identité codée.
Les publications collectives en langue française que réalisent Gherasim Luca, Trost, Paul Paun, Virgil Teodorescu et Gellu Naum durant ces deux années de relative liberté sont ici, pour la toute première fois, réunies et reproduites en fac-similé. Elles sont accompagnées d’études attentives signées par une équipe internationale de chercheurs pluridisciplinaires, offrant un regard critique inédit non seulement sur ces pages étonnantes, mais aussi sur la double spécificité de chacun des trois premiers membres du groupe – qui ont définitivement opté pour le français et dont on découvrira ici l’importante production plastique.
Sous la direction de Monique Yaari, l’ensemble ouvre une riche perspective autant sur l’aspect poétique et esthétique des œuvres que sur la pensée qui les informe, fondamentale et novatrice.
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KRZYSZTOF FIJALKOWSKI – Ghérasim Luca : « le désir désiré »

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KRZYSZTOF FIJALKOWSKI1

Ghérasim Luca : « le désir désiré »

De tous les noms des membres du groupe surréaliste de Bucarest, celui de Gherasim Luca sera sans doute et de loin le mieux connu des lecteurs de cet ouvrage. Et cependant, comme pour les complices de son groupe, qui pour la plupart avaient changé leur nom de naissance, ce nom lui-même révèle un questionnement d’identité et d’appartenance. Né Salman Locker dans une famille juive de Bucarest en 1913, Gherasim Luca a emprunté son pseudonyme à un article de journal au début de sa carrière de poète et d’auteur, dans les années 1930, adoptant ainsi une identité marquée par le hasard et l’ambivalence – dans ses propres termes, « un nom et un égarement ». Ayant fini par rejeter toute idée de nationalité et par détester sa ville natale, il les abandonnera toutes deux, trouvant ailleurs un lieu d’élection mais assumant le statut d’apatride comme sa destinée2. Confronté à la situation ← 47 | 48 → politique intolérable de la Roumanie après la deuxième guerre mondiale (à la suite de longues années de répression avant et pendant la guerre), Luca quitte Bucarest à l’automne 1950, d’abord pour Israël, avant de parvenir au printemps 1952 à sa destination souhaitée – Paris, la ville où il s’établit pour le restant de sa vie. Progressivement, mais surtout après sa mort en 1994 (à nouveau, librement choisie), la r...

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