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Le Mort et le vif

Clichés/néologismes

Series:

Walter Redfern

Ce livre est une édition française repensée et mise à jour de The Dead and the Quick: Cliches and Neologisms in the Written, Spoken and Visual Cultures of Britain, the United States and France (1989, 2e édition 2010).
Walter Redfern considère le langage comme alternativement réactionnaire et révolutionnaire. Les mots sont complices dans le cramponnement humain aux réalités périmées, et toutefois le langage ne cesse d’évoluer par des processus de déplacement et de remplacement. En sus de la nature apparemment statique des clichés, cette étude se concentre donc sur le potentiel dynamique des mots. La créativité linguistique est présentée comme essentielle dans la résistance à la réflexion (ou l’absence de réflexion) toute faite.
Parmi les nombreux sujets étroitement liés et qui sont analysés ici de près se trouvent : l’imitation, le plagiat, la rumeur, la pensée politiquement correcte, le jargon, l’euphémisme, la répétition, la caricature, les stéréotypes. L’auteur étudie aussi le cliché et le néologisme dans le secteur visuel (par exemple, le kitsch, et les néomorphismes des psychotiques).
Paradoxalement, le cliché est un riche sujet de discussion. Et qui refuserait de s’intéresser au langage rajeuni ? Quoique pleinement académique dans la minutie de sa recherche, ce livre n’est jamais solennel comme un hibou ni sec.
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Chapitre 14: Premiers Mots

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Premiers Mots

Il est plus facile de définir un néologisme qu’un cliché, mais la définition n’est que le premier pas. Le dictionnaire anglais qui fait autorité nous apprend que l’anglais a emprunté le terme français au dix-huitième siècle. Il n’est pas surprenant que les Français aient eu besoin du mot avant nous, car leur Establishment a été systématiquement plus hostile aux mots nouveaux. Dans la théologie, « néologisme » désigne la tendance à adopter des croyances neuves, rationalistes. Où qu’ils apparaissent, les néologismes sèment la zizanie. Dans la terminologie psychiatrique, le mot signifie l’invention de mots (composés ou pas) ou de phrases incompréhensibles, que le malade interpolent souvent dans un discours par ailleurs correct.1 Mencken attribue au docteur Charles E. Funk la création du vocable « neotrist », mais il existe des exemples antérieurs en Angleterre de « neoterist », et « neoteric » remonte à 1596 ; ces deux mots embrassent une étendue plus large d’innovation.2

D’où viennent les mots nouveaux ? Certains semblent, comme Topsy, avoir simplement poussé tout seuls. La pratique des néologismes fait partie de l’improvisation, et comme elle on les répète sous forme d’histoires drôles, d’anecdotes, ou de derniers mots des mourants. Adam fut indubitablement le premier créateur verbal, après Dieu ; c’est lui qui est à l’origine de la sélection interminable de noms pour les choses et les créatures. Le « fiat lux », comme...

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