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Esthétiques de la distinction : «gender» et mauvais genres en littérature de jeunesse

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Philippe Clermont, Laurent Bazin and Danièle Henky

Les théories de la littérature se sont volontiers approprié les problématiques de la distinction. On s’intéressera à deux d’entre elles s’illustrant dans le domaine de la littérature de jeunesse. Dans le premier cas la question de la différenciation sexuelle s’incarne dans le corps du récit dont elle devient le sujet explicite ou latent (renvoyant aux gender studies) ; dans le second c’est la possibilité plus générale de la classification des récits qui devient l’objet de l’analyse (introduisant une critique générique par les « mauvais genres »). L’objet du présent volume est de s’inscrire en porte-à-faux avec des catalogages encore trop prégnants pour ne pas être remis en cause. On verra comment des fictions pour enfants et adolescent-e-s peuvent à la fois mettre en scène des moments particuliers de la construction d’une identité de genre (sexuel ou rhétorique) et la transgresser en explorant des modalités nouvelles de partition (sociale et/ou esthétique). Ce sera aussi l’occasion de tisser des correspondances d’une partie à l’autre du volume : comment, par exemple, filles et garçons fréquentent les genres littéraires, ou encore comment la question des identités peut être représentée dans les récits d’un « mauvais genre » littéraire tel que le roman sentimental ou le récit d’aventures.

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La question du genre et des genres en littérature de jeunesse

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Penser / Classer: paradigme de la distinction? Si le principe de distinction se retrouve dans la quasi-totalité des mythes fonda- teurs et récits étiologiques d’un bout à l’autre de la planète au point de constituer l’un des traits constitutifs du patrimoine culturel de l’humanité, c’est qu’il ren- voie sans doute à une disposition déterminante de l’humain qui consiste précisé- ment à ériger la fonction de discrimination au commencement de toute vision du monde. Mais un tel principe, qu’on retrouve au cœur de toute démarche scienti- fique, va-t-il pourtant de soi? Que me demande-t-on, au juste? Si je pense avant de classer? Si je classe avant de penser? Comment je classe ce que je pense? Comment je pense quand je veux classer? (…) Tellement ten- tant de vouloir distribuer le monde entier selon un code unique; une loi universelle régirait l’ensemble des phénomènes: deux hémisphères, cinq continents, masculin et féminin, animal et végétal, singulier pluriel, droite gauche (...) Malheureusement ça ne marche pas, ça n’a même jamais commencé à marcher (...)1. L’interrogation salutaire de Georges Pérec pourrait constituer le fil conducteur du présent ouvrage. Car la littérature, tout comme la saisie du réel, semblent toutes deux être soumises en tant qu’activités humaines au crible de la distinction. Classer, catégoriser, distribuer ou encore distinguer se présentent comme des opérations d’analyse inhérentes aussi bien à la compréhension du monde et des relations sociales qu’...

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