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La littérature française dans «Betrachtungen eines Unpolitischen» (1918) de Thomas Mann

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Joëlle Stoupy

Katia Mann précise dans ses souvenirs que Thomas Mann était « absolument allemand » et qu’il n’entretenait pas de relation forte avec la littérature française. Or, dans la préface des Betrachtungen eines Unpolitischen (1918), cette œuvre décriée, mais majeure, Thomas Mann voit lui-même « l’élément français » au cœur de ses débats. Cette étude tente de montrer quelle image Thomas Mann avait de la France et des auteurs français à l’époque de la Première Guerre mondiale. Les documents sur lesquels elle s’appuie ont l’avantage d’être peu connus et nous montrent qu’en s’opposant dans son œuvre de 1918 massivement à son frère ainé, Heinrich Mann, francophile et féru de littérature française, Thomas Mann a été fatalement, presque contre son gré, confronté à la littérature française de façon bien plus considérable qu’on ne l’attendrait.

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Chapitre 2: Le dix-huitième siècle – « le siècle français, un vrai siècle de femme »

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43 Chapitre 2 Le dix-huitième siècle – « le siècle français, un vrai siècle de femme »142 1. Voltaire – le « bourgeois de l’avenir »143 Thomas Mann aime à opposer le XVIIIe siècle dans lequel il voit le siècle de prédilection du « littérateur de la civilisation » au XIXe dans lequel il discerne les propres racines de son art. Aussi la littérature française du XVIIIe siècle joue un rôle plus important que celle du XVIIe siècle, même si les connaissances de Thomas Mann sont pour ce siècle aussi souvent de seconde main. La lit- térature française du XVIIIe siècle est présente dans les Betrachtungen eines Unpolitischen à travers deux grands noms : François-Marie Arouet, dit Voltaire (1694–1778) et Jean-Jacques Rousseau (1712–1778). Thomas Mann semble avoir eu généralement plus d’affinités avec Voltaire qu’avec Rousseau, comme nous l’apprend une lettre du 11 juin 1909 à Walter Opitz144. Une de ses œuvres, Königliche Hoheit (1909), serait même animée d’un esprit voltairien, écrit-il à Alexander von Bernus le 22 mai 1910145, sans que l’on sache exactement ce qui se cache pour lui derrière ce terme146. Le tout jeune Tho- mas Mann est, lui, déjà séduit par la verve de Voltaire et retient deux phrases de lui qu’il trouve dans Apostata et Apostata. Neue Folge (1892) de Maximilian Harden, qu’il reporte dans ses carnets de notes et dont le ton anticlérical...

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