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Jean El-Mouhoub Amrouche – Pour une théorie de la décolonisation

Etudes sur l’image de soi

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Aziza Yakoubi Lounis

Cette étude s’appuie sur une série d’articles politiques réédités par Tassadit Yacine dans: Jean El-Mouhoub Amrouche, Un Algérien s’adresse aux Français ou l’histoire d’Algérie par les textes (1943–1961), et sur l’unique essai de Jean Amrouche: L’éternel Jugurtha. Ces textes sont contextualisés, analysés et confrontés à des positions d’intellectuels tel que Albert Camus, à des écrits critiques d’écrivains, tels que Antonio Gramsci, Frantz Fanon, Albert Memmi, Aimé Césaire et Edward Saïd et à ceux de la génération de «pieds noirs» d’Algérie (Jacques Derrida). L’œuvre de Jean El-Mouhoub Amrouche a non seulement mobilisé la résistance active contre le colonialisme mais elle a aussi contribué au processus de la décolonisation. Cet intellectuel «inconnu» qui était d’abord et avant tout un homme de lettres et de savoir, basculera dans la politique et servira de médiateur (de pont vivant) entre les deux communautés qui lui sont chères (l’Algérie et la France) ; malgré son impuissance à concilier ses deux notions contradictoires de l’identité – se qualifiant de monstre et d’hybride culturel – il oeuvrera pour le mouvement de libération et se fera le porte-parole de tous les colonisés dans le monde entier jusqu’à la fin de sa vie.
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6. Les apories de l’appartenance à la France

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6.  Les apories de l’appartenance à la France

Compte tenu de l’enracinement similaire de Jean Amrouche et d’Albert Camus, dans l’Algérie coloniale, on ne pouvait pas s’attendre à ce que Amrouche, poète Kabyle, déjà victime de racisme en Algérie, et Camus, écrivain français né en 1913 en Algérie, qui a été contraint de quitter l’Algérie, s’opposent à ce point l’un à l’autre. Ils adoptèrent des positions différentes à l’égard de la situation coloniale, une telle divergence a été aggravée par la qualification de l’écriture de Amrouche comme spéculative, irresponsable et même ‘dangereuse’ par Camus. Par conséquent, nous ne pouvons qu’être surpris par le parallèle frappant dans leur évaluation de la structure du colonialisme, de la guerre contre le colonialisme, et du dépassement du colonialisme. D’autant plus que Camus a effectué un travail de sociologue en analysant sur le terrain, la société et la misère de la Kabylie de l’époque. Cette enquête nous montre en miniature ce qui se jouait dans l’Algérie ‘française’, mais aussi la véritable situation d’humiliation dans laquelle vivaient les Algériens, sous le contrôle de l’État français.

Suite aux évènements du Constantinois, Jean Amrouche décrivait longuement dans Combat468 la misère et l’injustice faites aux Algériens. Il avait incité les Français d’Algérie à faire des musulmans leurs égaux, car « [i]ls sont majoritairement contre l’assimilation. »469...

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