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Panaït Istrati de A à Z

Dolores Toma

Panaït Istrati a toujours eu le culte du dictionnaire, comme somme de connaissances variées, comme livre instructif mais ludique à la fois. Le dictionnaire a été aussi pour lui le principal outil d’apprentissage et d’approfondissement des sens de sa pensée et de celle des autres. À 32 ans, il apprenait le français en copiant un dictionnaire français-roumain sur des fiches. Quelques années plus tard, quand il se mettra à écrire lui-même en français, il le fera en ouvrant cent fois le Larousse pour voir comment écrire tel ou tel mot. Il acceptait néanmoins ces travaux forcés comme le sacrifice et la souffrance qu’il avait toujours cru être l’inévitable rançon du bonheur. Celui d’exprimer sa pensée et de faire entendre ses propres mots. Cela ne lui aurait peut-être pas déplu de savoir qu’il est lui-même devenu un dictionnaire.
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Cafard

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Ce mot n’apparaît que dans les livres de la deuxième période de création, après 1930, quand on le trouve dans Le Pêcheur d’éponges. Il n’a qu’une dizaine d’occurrences et ne se fait pas remarquer dès la première lecture. Pourquoi alors le signaler ? C’est parce qu’il se réfère à des personnages importants (Adrien Zograffi, Mikhaïl, Sotir, Simon Herdan et le pêcheur d’éponges), en désignant un vécu qui les définit et explique leur façon de vivre. C’est aussi parce que ce mot se situe dans la lignée intertextuelle, si riche en significations, de la mélancolie, avec les variantes de l’ennui pascalien ou du spleen baudelairien. Peut-on vraiment y inclure le cafard istratien ?

Dans les premiers livres, le thème est absent. Il est seulement question, à un moment donné, de « la nostalgie écrasante » éprouvée par Jérémie, le fils de Cosma, dans sa captivité chez l’archonte Samourakis, et d’une tristesse noire, ressentie comme « une mort sans fin »27. Si dans Mikhaïl il y a à peine un peu plus d’occurrences de ce champ sémantique, en fait un grand changement se produit : la tristesse qui accable le peintre Petrov, son « goût d’amertume » n’ont plus de cause objective, mais uniquement une motivation subjective. Même pas une motivation, plutôt une simple origine subjective, inexplicable. Les pensées noires peuvent surgir sans cause ni raison, après une...

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