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Panaït Istrati de A à Z

Dolores Toma

Panaït Istrati a toujours eu le culte du dictionnaire, comme somme de connaissances variées, comme livre instructif mais ludique à la fois. Le dictionnaire a été aussi pour lui le principal outil d’apprentissage et d’approfondissement des sens de sa pensée et de celle des autres. À 32 ans, il apprenait le français en copiant un dictionnaire français-roumain sur des fiches. Quelques années plus tard, quand il se mettra à écrire lui-même en français, il le fera en ouvrant cent fois le Larousse pour voir comment écrire tel ou tel mot. Il acceptait néanmoins ces travaux forcés comme le sacrifice et la souffrance qu’il avait toujours cru être l’inévitable rançon du bonheur. Celui d’exprimer sa pensée et de faire entendre ses propres mots. Cela ne lui aurait peut-être pas déplu de savoir qu’il est lui-même devenu un dictionnaire.
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Chardons

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… du Baragan, une immense plaine désertique, livrée aux forces déchaînées de la nature sauvage, dès que les récoltes sont moissonnées et que les gens se retirent. C’est alors que, paradoxalement, le Baragan devient beau pour celui qui refuse la vision bucolique consacrée : les moissons ne sont que les loques qui recouvrent le corps d’une belle femme en formant ainsi un ensemble hybride et mesquin. Si la nudité de l’espace illimité est préférable, ce n’est pas en vertu d’un autre code esthétique qui viendrait relayer celui de la pastorale classique. Ce n’est pas en vertu du pittoresque qu’on valorise la viduité de l’inhabitable ou la poésie de l’infini. Celles-ci se rattachent plutôt à une vision non-anthropocentrique, fréquente dans les descriptions de nature de Panaït Istrati.

Il essaie de déconstruire les catégories en fonction desquelles on juge l’espace cultivé, dominé : « Quelles certitudes avons-nous de l’utile et de l’inutile ? » L’utile et l’inutile assujettissent l’espace aux besoins matériels, à une perspective myope et mesquine, mais « La terre n’a pas été donnée à l’homme rien que pour nourrir son ventre. Il y a des coins qui sont destinés au recueillement. C’est cela le Baragan »42. Cette prédestination au recueillement pourrait faire penser qu’il s’agit d’une sorte de téléologie paradoxale par laquelle l’anthropocentrisme reviendrait insidieusement : tout est au bénéfice de l’homme, même ce qui paraît ne pas...

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