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Panaït Istrati de A à Z

Dolores Toma

Panaït Istrati a toujours eu le culte du dictionnaire, comme somme de connaissances variées, comme livre instructif mais ludique à la fois. Le dictionnaire a été aussi pour lui le principal outil d’apprentissage et d’approfondissement des sens de sa pensée et de celle des autres. À 32 ans, il apprenait le français en copiant un dictionnaire français-roumain sur des fiches. Quelques années plus tard, quand il se mettra à écrire lui-même en français, il le fera en ouvrant cent fois le Larousse pour voir comment écrire tel ou tel mot. Il acceptait néanmoins ces travaux forcés comme le sacrifice et la souffrance qu’il avait toujours cru être l’inévitable rançon du bonheur. Celui d’exprimer sa pensée et de faire entendre ses propres mots. Cela ne lui aurait peut-être pas déplu de savoir qu’il est lui-même devenu un dictionnaire.
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Eaux

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L’élément naturel le plus productif pour les rêveries istratiennes est, sans aucun doute, l’eau. On la trouve présente dans tous les livres, dont quatre la mettent au premier plan de l’intrigue et de la signification : Nerrantsoula, Tsatsa-Minnka, Méditerranée (Lever du soleil), Méditerranée (Coucher du soleil). Partout, les personnages manifestent un vrai désir du rivage, selon l’expression d’Alain Corbin, un désir de navigation, mais aussi un imaginaire centré autour des eaux qui, de plus, fournit souvent des comparaisons significatives (ainsi le grondement des flots du Danube, par une nuit de tempête, est une image de la foule des grévistes de Braïla et aussi de la sensation éprouvée quand on se trouve au beau milieu de cette masse humaine, celle d’être « bu »93).

Bu, fondu dans la coulée, annulé en tant que personnalité distincte. L’impression est montrée comme désagréable, en nous faisant nuancer un contexte important, dans lequel elle s’affichait par trop euphorique : dans une lettre de novembre 1929, après avoir lu et relu le livre sur Beethoven de Romain Rolland, Istrati déclarait à celui-ci qu’il était son Niagara, la « cataracte » dans laquelle il aimait « rouler »94. N’est-il pas significatif que cette métaphore fait place, tout de suite après, à celle de la navigation « à toutes voiles » sur son propre fleuve à lui, navigation commencée depuis le premier livre reçu, cet inestimable dictionnaire offert par le capitaine...

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