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Panaït Istrati de A à Z

Dolores Toma

Panaït Istrati a toujours eu le culte du dictionnaire, comme somme de connaissances variées, comme livre instructif mais ludique à la fois. Le dictionnaire a été aussi pour lui le principal outil d’apprentissage et d’approfondissement des sens de sa pensée et de celle des autres. À 32 ans, il apprenait le français en copiant un dictionnaire français-roumain sur des fiches. Quelques années plus tard, quand il se mettra à écrire lui-même en français, il le fera en ouvrant cent fois le Larousse pour voir comment écrire tel ou tel mot. Il acceptait néanmoins ces travaux forcés comme le sacrifice et la souffrance qu’il avait toujours cru être l’inévitable rançon du bonheur. Celui d’exprimer sa pensée et de faire entendre ses propres mots. Cela ne lui aurait peut-être pas déplu de savoir qu’il est lui-même devenu un dictionnaire.
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Faute

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Le mot, fréquent dans tous les livres de Panaït Istrati, indique un univers tragique dans lequel l’innocence et la culpabilité voisinent de façon ambiguë, la seule certitude étant la punition impitoyable. De plus, elles sont vécues par des personnages dont la conscience morale est toujours aux aguets : ma faute, s’écrie tout un chacun, « je suis malhonnête » (Stavro), « mon crime », « Je n’en veux, d’ailleurs, à personne. C’est moi le fautif »122. Le plus accusateur à son propre égard se montre Adrien Zograffi, dépassé, il est vrai, par l’auteur lui-même, tel qu’il se montrait dans sa Correspondance, surtout celle avec Romain Rolland. Celui-ci mettait l’obsession de la Faute de son interlocuteur sur le compte de la « sensibilité » excessive, comparable à celle exprimée par Jean-Jacques Rousseau dans ses Confessions123.

Il n’y a pas de commune mesure cependant. Panaït Istrati non seulement se dénonçait sans complaisance, en dressant contre soi des chefs d’accusation qui allaient depuis la malhonnêteté ou les actes irréfléchis jusqu’aux crimes : « tout le mal qui est en moi », « je fus un vrai malfaiteur »124. Mais il avait voulu se venger de ce coupable intime impitoyablement, en essayant de le tuer. Son suicide – précisait-il dans plusieurs lettres adressées à Romain Rolland – devait être interprété comme une auto-punition : « malgré que ma haine a été féroce au moment de frapper, j’avoue, je vous avoue à vous que mon sentiment de vengeance a été plus fort que...

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