Show Less
Restricted access

Panaït Istrati de A à Z

Dolores Toma

Panaït Istrati a toujours eu le culte du dictionnaire, comme somme de connaissances variées, comme livre instructif mais ludique à la fois. Le dictionnaire a été aussi pour lui le principal outil d’apprentissage et d’approfondissement des sens de sa pensée et de celle des autres. À 32 ans, il apprenait le français en copiant un dictionnaire français-roumain sur des fiches. Quelques années plus tard, quand il se mettra à écrire lui-même en français, il le fera en ouvrant cent fois le Larousse pour voir comment écrire tel ou tel mot. Il acceptait néanmoins ces travaux forcés comme le sacrifice et la souffrance qu’il avait toujours cru être l’inévitable rançon du bonheur. Celui d’exprimer sa pensée et de faire entendre ses propres mots. Cela ne lui aurait peut-être pas déplu de savoir qu’il est lui-même devenu un dictionnaire.
Show Summary Details
Restricted access

Musique

Extract



Dans un de ses textes de début envoyé à Romain Rolland en 1921, Istrati racontait sa première traversée vers l’Égypte, en décembre 1906162. Ni l’absence d’un titre de transport ni le peu de victuailles mis dans ses poches ne pouvaient tempérer l’enthousiasme qui le faisait courir d’un bout à l’autre du paquebot et jouir de tous les moments. Dans l’obscurité, sur le pont arrière, il ressentait physiquement agrandissement de la distance et l’espace infini. Mais la partie la plus importante de ce récit de quelques pages est consacrée à la musique « invraisemblable » qu’il avait entendue à un moment donné « sur un bateau plongé dans l’obscurité, perdu en pleine mer, loin du monde et de l’art ». C’était un air d’opéra qui ne lui était pas inconnu, en dépit de ce qu’on pourrait croire au sujet d’un jeune homme de 22 ans, dont les études se limitaient aux quatre classes primaires.

En écoutant la musique divine, il n’avait pas ressenti un simple plaisir, mais un déferlement d’émotion, une vibration intense de tout son être, même s’il ne pouvait jouir qu’à travers une fenêtre du concert donné dans un salon inondé de lumière (ce ne sont pas des détails, mais les éléments d’un scénario intime, comme ceux des Confessions de Rousseau, si appréciées par Istrati : le moi se voit exclus et perdu dans les ténèbres, loin de la lumi...

You are not authenticated to view the full text of this chapter or article.

This site requires a subscription or purchase to access the full text of books or journals.

Do you have any questions? Contact us.

Or login to access all content.