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Panaït Istrati de A à Z

Dolores Toma

Panaït Istrati a toujours eu le culte du dictionnaire, comme somme de connaissances variées, comme livre instructif mais ludique à la fois. Le dictionnaire a été aussi pour lui le principal outil d’apprentissage et d’approfondissement des sens de sa pensée et de celle des autres. À 32 ans, il apprenait le français en copiant un dictionnaire français-roumain sur des fiches. Quelques années plus tard, quand il se mettra à écrire lui-même en français, il le fera en ouvrant cent fois le Larousse pour voir comment écrire tel ou tel mot. Il acceptait néanmoins ces travaux forcés comme le sacrifice et la souffrance qu’il avait toujours cru être l’inévitable rançon du bonheur. Celui d’exprimer sa pensée et de faire entendre ses propres mots. Cela ne lui aurait peut-être pas déplu de savoir qu’il est lui-même devenu un dictionnaire.
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Rêve

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Je palpe aujourd’hui de mes doigts ce qui, il y a trente ans, n’était à mes yeux qu’un spectacle lunaire. Où est la réalité ? Dans mes doigts ou dans mon rêve ? Gare à qui veut être pratique : seuls les spectacles lunaires ont la grande vie, seul le rêve existe, seuls nos désirs comptent. C’est faire confiance à la vie, que de se mesurer avec l’impossible202.

Les personnages istratiens n’ont pas besoin d’un rêvoir, comme Baudelaire. Certes, ils n’auraient pas pu se le permettre mais, en même temps, rêver n’est pas pour eux une activité, à laquelle on se livre à certains instants et dans certains lieux. C’est un état : ils sont rêveurs, détachés de leur vraie vie au point de pouvoir à tout moment la changer complètement pour en chercher une autre. Ils sont tous conscients de la parenté entre l’illusion et le rêve, et cependant le cultivent, comme leur bien le plus précieux.

Ces personnages apparaissent dans tous les livres ultérieurs aux Récits d’Adrien Zograffi : dans ces derniers, seuls Floritchica et le chantre Joakime parlaient de leur rêve d’un monde meilleur. Stavro aussi s’abandonnait « démesurément » à la rêverie, sur le Bosphore, en manifestant cette capacité attribuée aux rêveurs les plus performants de s’abstraire complètement de la réalité (« mon corps, mon âme, mon être réel ne furent plus de ce monde ») ; on pourrait dire qu’il poursuivait...

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