Show Less
Restricted access

Panaït Istrati de A à Z

Dolores Toma

Panaït Istrati a toujours eu le culte du dictionnaire, comme somme de connaissances variées, comme livre instructif mais ludique à la fois. Le dictionnaire a été aussi pour lui le principal outil d’apprentissage et d’approfondissement des sens de sa pensée et de celle des autres. À 32 ans, il apprenait le français en copiant un dictionnaire français-roumain sur des fiches. Quelques années plus tard, quand il se mettra à écrire lui-même en français, il le fera en ouvrant cent fois le Larousse pour voir comment écrire tel ou tel mot. Il acceptait néanmoins ces travaux forcés comme le sacrifice et la souffrance qu’il avait toujours cru être l’inévitable rançon du bonheur. Celui d’exprimer sa pensée et de faire entendre ses propres mots. Cela ne lui aurait peut-être pas déplu de savoir qu’il est lui-même devenu un dictionnaire.
Show Summary Details
Restricted access

Codine

Extract



« – Non ! Je ne suis ni bon, ni content.

– Mais le bien que tu pratiques fait que tu es aimé, et doit te rendre bon ».

Si, dans certains autres textes, ce leitmotiv de l’œuvre istratienne reçoit des exemples optimistes en ce qui concerne les personnages et le message transmis aux lecteurs, Codine l’infirme tragiquement. Non, on n’est pas forcément aimé quand on fait le bien, on peut rester à jamais un mal-aimé tragique ; non, on ne devient pas forcément bon, en pratiquant le bien, si le malheur ou la malchance sont plus fortes que la pauvre volonté humaine. Codine est une sorte de juste réprouvé. Ce n’est pas un hasard si la rédaction de cette nouvelle avait bouleversé l’auteur, au point de le rendre malade ou de recouvrir de brume ses tempes341 : le mécanisme de la tragédie y est aussi perceptible que le tic-tac d’une horloge, sa progression aussi fatale que sa marche. Les moments heureux où on ne l’entend pas, car la description de l’empire des mûres sauvages et des nénuphars ou bien celle de la fusion amicale lui font diversion, ont pour effet de faire ressentir plus fortement l’avancement inéluctable vers la catastrophe.

You are not authenticated to view the full text of this chapter or article.

This site requires a subscription or purchase to access the full text of books or journals.

Do you have any questions? Contact us.

Or login to access all content.