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Panaït Istrati de A à Z

Dolores Toma

Panaït Istrati a toujours eu le culte du dictionnaire, comme somme de connaissances variées, comme livre instructif mais ludique à la fois. Le dictionnaire a été aussi pour lui le principal outil d’apprentissage et d’approfondissement des sens de sa pensée et de celle des autres. À 32 ans, il apprenait le français en copiant un dictionnaire français-roumain sur des fiches. Quelques années plus tard, quand il se mettra à écrire lui-même en français, il le fera en ouvrant cent fois le Larousse pour voir comment écrire tel ou tel mot. Il acceptait néanmoins ces travaux forcés comme le sacrifice et la souffrance qu’il avait toujours cru être l’inévitable rançon du bonheur. Celui d’exprimer sa pensée et de faire entendre ses propres mots. Cela ne lui aurait peut-être pas déplu de savoir qu’il est lui-même devenu un dictionnaire.
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Kir Nicolas

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« Ainsi, isolé du monde, enveloppé par les ténèbres, Kir Nicolas redevenait chaque nuit l’homme-nature, tel que les montagnes d’Albanie l’avaient créé, tel qu’il avait été avant d’être offensé par les hommes et mis à genoux par la vie ». Ce personnage apparaît dans un texte de quelques pages, de Codine, et au début de Mikhaïl (La jeunesse d’Adrien Zograffi I). Il correspond à une personne réelle de cette toute première jeunesse, chez qui Adrien se réfugiait pour lire et dont il est devenu ensuite l’apprenti. À quatorze ans, après l’expérience de garçon de taverne d’un premier patron violent, il dégustait la bonté du nouveau comme un gâteau délicieux : il était « gourmand » de « l’atmosphère de la pâtisserie et du pâtissier lui-même »366. Retrouvée grâce au souvenir, cette gourmandise donne naissance à ce qui a priori aurait pu faire sourire : un vrai poème lyrique sur la platchynta, ce banal feuilletage au fromage ou à la viande, qui est aussi bien l’objet concret, décrit depuis la fabrication jusqu’à la consommation, qu’une figure de la bonté exquise. Adrien semblait être le seul à voir en Kir Nicolas l’image figurative de ses gâteaux : plus tard, il nous donnera son récit, pour nous rendre capables de goûter cette bonté, ainsi que d’autres de ses manifestations. « O vous, mangeurs de platchynta d’Orient ! Soyez humains envers les pauvres platchyntars crasseux qui répondent avec un humble sourire...

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