Show Less
Restricted access

Panaït Istrati de A à Z

Dolores Toma

Panaït Istrati a toujours eu le culte du dictionnaire, comme somme de connaissances variées, comme livre instructif mais ludique à la fois. Le dictionnaire a été aussi pour lui le principal outil d’apprentissage et d’approfondissement des sens de sa pensée et de celle des autres. À 32 ans, il apprenait le français en copiant un dictionnaire français-roumain sur des fiches. Quelques années plus tard, quand il se mettra à écrire lui-même en français, il le fera en ouvrant cent fois le Larousse pour voir comment écrire tel ou tel mot. Il acceptait néanmoins ces travaux forcés comme le sacrifice et la souffrance qu’il avait toujours cru être l’inévitable rançon du bonheur. Celui d’exprimer sa pensée et de faire entendre ses propres mots. Cela ne lui aurait peut-être pas déplu de savoir qu’il est lui-même devenu un dictionnaire.
Show Summary Details
Restricted access

Sotir

Extract



« … un homme étrange par ses contradictions : capacité, force de travail, honnêteté, multiples connaissances en d’innombrables métiers ; et, d’autre part, une inconstance fameuse, la désobéissance, les colères ». Si le texte consacré à Sotir dans Le Pêcheur d’éponges396 n’a que quelques pages, le personnage mérite d’être connu, étant un des Mentors d’Adrien. Celui-ci est explicitement désigné comme « disciple »397, du gros matelot barbu, un de ces « philosophes » qui, pour être désignés avec des guillemets, comme une concession à l’opinion commune398, n’exposent pas moins une réflexion profonde sur les façons de vivre et les valeurs de l’existence. Au moment où Adrien était venu le prier de l’emmener à Alexandrie, Sotir était cambusier sur le paquebot Dacia qui faisait le trajet de Constantza en Égypte. Il avait été, entre autres, cultivateur de patates en Amérique du Sud et éleveur de canards au Mexique, joueur enragé ou touriste ennuyé à Paris, Madrid ou Londres.

Parfois, il avait été travailleur irréprochable ou acharné au point de tomber évanoui dans son champ ; d’autres fois il s’était longuement adonné à la paresse et aux rêveries. Cette alternance correspond à ce qui est donné pour référent réel du personnage, mais elle a aussi une valeur symbolique, en trahissant l’ambivalence constitutive de ce personnage qui déclarait aimer la fainéantise mais se montrait diligent et souvent recouvert de plâtre ou de cambouis. La contradiction n’apparaît pas comme un...

You are not authenticated to view the full text of this chapter or article.

This site requires a subscription or purchase to access the full text of books or journals.

Do you have any questions? Contact us.

Or login to access all content.