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Réconciliation ou reconnaissance ?

Essais sur la dynamique d’entente durable

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Edited By Cyrille B. Koné

La paix et l’entente durable dans la famille, dans la cité supposent fondamentalement la reconnaissance qui consiste en un sens à retrouver une sorte de cohésion principielle. Les textes rassemblés envisagent la reconnaissance comme un acte mettant en avant le mouvement vers autrui ou avec l’autre. En tant qu’elle est fondée sur l’interaction des femmes et des hommes comme sujet de droit, la reconnaissance sous-tend la réconciliation, son horizon car celle-ci est une opération de restauration du lien social abîmé. Comment la réconciliation arrive-t-elle à s’inscrire d’une manière naturelle dans un espace politique conçu fondamentalement comme guerrier ? Est-ce par hapax historique, par aberration conceptuelle, par invention d’un nouveau possible ou par redécouverte de possibles anciens – songeons à la palabre (Bidima) ? De nouvelles lectures s’ouvrent ainsi aux divers problèmes qui sont l’ordinaire du politique : violence et pouvoir, morale et pratique politique, humanisme et politique, pauvreté et démocratie, pauvreté et violence, projet de paix perpétuelle, etc.
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Section 16 : Victime émissaire et réconciliation ou sur qui distraire la colère des dieux ?

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Michel Messu

« En ce temps-là, Pour ne pas châtier les coupables, On maltraitait les filles. » Paul Eluard (1944)

Il n’est guère de morales sociales qui, à un moment ou un autre, ne prônent le pardon et la réconciliation. Elles divergent cependant sur le « moment » opportun et l’étendue de ce qui peut et doit entrer sous le geste réconciliateur. Les textes de l’Église chrétienne peuvent l’exiger toute affaire cessante ou s’en remettre à des jours meilleurs – avec le risque, toujours possible, qu’elle ne puisse plus opérer. On sait que Matthieu (5, 23-24) préconisait d’abord la réconciliation : « Si donc tu présentes ton offrande à l’autel, et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère ; puis, viens présenter ton offrande. » La réconciliation, ici, recouvre ce que l’étymologie latine du mot met en avant : le mouvement vers ou avec l’autre. La « conciliation » (cum-cillo = mouvoir ensemble), la « réconciliation » est le retour à cet état, le recouvrement de ce pouvoir. En un sens, et pour paraphraser les concilia de Lucrèce (De Rerum Natura, I-483), ce serait retrouver une sorte de cohésion principielle.

Pourtant, Denis Diderot sera autrement dubitatif dans ses Principes de Politique des Souverains. Il met ainsi dans la bouche du roi de Prusse cette déclaration : « C’est aux souverains et...

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