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Lieux de vie, lieux de sens

Le couple lieu / identité dans le roman belge contemporain- Rolin-Harpman-Feyder-Lalande-Lamarche-Deltenre

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Judyta Zbierska-Moscicka

Perçue comme un « entre-deux » ou un « carrefour », la Belgique se définit volontiers en termes spatiaux. L’idée d’enracinement lui est chère au même degré que celle d’errance. La littérature thématise cette oscillation entre le dedans et le dehors en recourant à une imagerie complexe, tributaire de la sensibilité de chaque auteur, ainsi que des circonstances historiques et sociales qui le concernent. La période examinée (1960-2012), correspond, dans les représentations romanesques, à un démantèlement progressif de l’objet « maison », processus qui fait écho à des mutations profondes relatives aux phénomènes sociaux liés à l’évolution du sentiment identitaire. L’analyse thématique renouvelée par les apports de la sociologie de l’individu fournit un éclairage nouveau sur les œuvres étudiées.
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Chapitre 3. Vera Feyder : comme vont les fantômes

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« Confrontation entre rêves et réalités, entre enfermement et désir d’horizon »416, l’écriture de Vera Feyder s’emploie à cerner le sort d’un individu marqué par la blessure profonde du manque d’amour. Cette blessure, il la porte comme un poids douloureux dès l’enfance, le plus souvent dépourvue de proximité maternelle, de protection paternelle, du geste tendre, bref, de ce blotissement premier dont Bachelard souligne l’importance. Orphelins, les personnages de Feyder le sont sinon au sens propre du terme, pour le moins, moralement. Abandonnés, déracinés, arrachés de leur milieu protecteur par le cours des choses dont ils ne sont pas responsables, ils vivent dans une déréliction qu’ils considèrent parfois comme la seule manière possible d’affronter le monde. Personnages-fantômes qui ont des apparences de personnes en chair et en os, ayant un nom, un âge, une profession, voire une adresse, fût-elle incertaine, mais qui échappent à toute tentative de les saisir. C’est parce qu’ils sont d’abord à identités multiples, comme Nathan ou Tina, comme Clairette (Sophie Nelson, Rose), comme Miss Elna ou comme Orfila. Ils sont tous sans attaches, coupés de leurs racines par les hasards de l’Histoire (la déportation des parents de Tina dans les camps) ou de la vie tout court (Orfila embauché dans un cirque ambulant). Certains gardent le souvenir de leur vie ancienne perdue, comme Orfila qui se nourrit quotidiennement de l’espoir de rejoindre un jour sa mère. D’autres n’en...

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