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Le corps de l’audible

Écrits français sur la voix 1979–2012

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Helga Finter

La voix n’est-elle qu’un instrument pour la langue ou a-t-elle une signifiance propre? Quel rôle joue sa théâtralisation pour les conceptions du sujet, du corps, du langage? Comment la voix crée-t-elle une présence ou une signature? Comment dramatise-t-elle son origine et l’audio-vision? Quels sont les effets et les fonctions des technologies sonores? À quoi servent les voix acousmatiques? Comment se manifestent une éthique et/ou une politique de la voix? Quel est le rapport entre voix d’auteur et voix poétique? C’est à de telles questions que répondent les écrits de ce livre en analysant des œuvres de la scène expérimentale – théâtre, opéra, danse, médias – et de l’écriture qui proposent par leur pratique une esthétique de la voix.
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Geste de vérité ou vérité du geste ? Sur la voix d’Hitler

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Geste de vérité ou vérité du geste ? Sur la voix d’Hitler

1. Un problème lié à la langue allemande, ma langue maternelle, sera au centre de mon propos : celui de la voix d’Hitler et du dispositif de son discours politique. Son impact sur la langue allemande a été pour moi actualisé récemment, en 1979, par la visite de l’exposition The Volksempfängers de l’artiste américain Edward Kienholtz au Kunstverein de Mannheim. Volksempfänger veut dire « récepteur du peuple » ; mais en tenant compte de ce que empfangen veut dire aussi concevoir/devenir enceinte, on pourrait traduire ce mot par « ce par quoi le peuple se conçoit/est rendu enceint » ou « ce qui conçoit le peuple ». Petit appareil d’insémination et de conception alors, petit ‘utérus’ artificiel, ce Volksempfänger était le poste de radio standardisé du Troisième Reich. Il était limité aux stations de radio nationales, et écouter des stations étrangères – ce qui d’ailleurs était seulement possible en trafiquant l’appareil – était passible de sévères peines et, surtout durant la guerre, de la peine capitale. C’étaient les voix du Führer et de son ministre de la propagande, Joseph Goebbels qui avaient alors le privilège d’y déposer leurs sèmes pour qu’en surgisse le peuple allemand.

Chez Kienholtz, c’étaient des extraits d’opéras wagnériens qui en sortaient, mais pour moi cet objet s’avérait lié à d’autres ‘musiques’. Il me rappelait...

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