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Le corps de l’audible

Écrits français sur la voix 1979–2012

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Helga Finter

La voix n’est-elle qu’un instrument pour la langue ou a-t-elle une signifiance propre? Quel rôle joue sa théâtralisation pour les conceptions du sujet, du corps, du langage? Comment la voix crée-t-elle une présence ou une signature? Comment dramatise-t-elle son origine et l’audio-vision? Quels sont les effets et les fonctions des technologies sonores? À quoi servent les voix acousmatiques? Comment se manifestent une éthique et/ou une politique de la voix? Quel est le rapport entre voix d’auteur et voix poétique? C’est à de telles questions que répondent les écrits de ce livre en analysant des œuvres de la scène expérimentale – théâtre, opéra, danse, médias – et de l’écriture qui proposent par leur pratique une esthétique de la voix.
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Signatures de voix

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Voix artificielles

La science du dix-neuvième Siècle qui invente, pour la première fois dans l’Histoire, des techniques de conservation de la voix humaine, était aussi hantée par sa production artificielle. C’est la littérature avec ses contes fantastiques qui va s’occuper des enjeux de ces recherches pour l’imaginaire en s’attachant en premier lieu à l’origine de la voix. À la suite d’Edgar Allan Poe et d’Alfred Jarry, Marcel Schwob témoigne, dans un conte paru en 1892 dans le recueil Le roi au masque d’or, de l’insolite, voire de l’unheimlich, suscité par ces expériences1.

Le narrateur y relate la rencontre avec un inventeur qui lui fait entendre une voix artificielle produite par « la machine à parler » qui donne son titre au texte de Schwob. C’est cependant la voix même du scientifique qui annonce, dès l’entrée du récit, le bouleversement inquiétant du régime vocal : caractérisée par un débit inouï qui efface et brise les harmoniques de son timbre, cette voix étrange devient sourde et supprime ses intonations. Ainsi le projet de reproduire le mécanisme physique de la voix humaine pour en extirper ses pouvoirs métaphysiques « avec le son d’une matière qui ne possède pas d’âme2 », s’inscrit dans la voix de l’inventeur : y font défaut un timbre caractéristique – la trace psychosomatique de sa singularité de sujet humain, ainsi qu’une intonation qui indique une relation à l’énoncé. L’absence de...

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