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Documents diplomatiques français

1968 – Tome II (2 juillet – 31 décembre)

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Ministère des Affaires étrangères

Les deux gros dossiers du deuxième semestre 1968 sont ceux de la crise monétaire et de la crise tchécoslovaque. À la suite des événements de mai 1968, la situation monétaire française s’est considérablement détériorée : alors que tout le monde s’attend à une dévaluation du franc, le général de Gaulle décide de ne pas dévaluer. Le Quai d’Orsay justifie cette décision approuvée par les amis de la France comme la Côte d’Ivoire et l’Iran. Même les Soviétiques sont disposés à apporter leur soutien ; en revanche, les Britanniques comme les Allemands sont sceptiques et estiment que la France devra, à terme, dévaluer.
Mais c’est de très loin la Tchécoslovaquie qui retient l’attention. Dès le premier semestre, la crise se profile. Au deuxième semestre, les diplomates français en poste à Prague rendent compte au jour le jour de l’évolution de la crise : le 11 juillet, la sous-direction d’Europe orientale estime que la menace de l’installation d’un « régime libéral » en Tchécoslovaquie est telle pour Moscou que « l’action de force » est possible. Puis vient le drame : l’invasion des troupes du Pacte de Varsovie connue le 21 août par un communiqué d’une station de radio de l’armée tchécoslovaque et le message de Dubcek diffusé par Radio-Prague, qui se tait à 7 h. 47 : « il vous prie de supporter dignement la situation et d’avoir confiance ». S’ajoutent à cela l’instauration d’un pouvoir soumis aux forces d’occupation, les incidents et les protestations contre l’occupation soviétique, justifiée par l’ambassadeur Zorine, et soutenue par l’Algérie, l’Irak et la Syrie.
Quant à la position française, elle joue au grand écart : le Ministre demande d’abord à l’ambassadeur Olivier Wormser de faire savoir que « l’action soviétique […] est inspirée par une conception de la vie internationale que la France n’a cessé de réprouver » et que, néanmoins, « la France reste attachée à la politique de détente, d’entente et de coopération ». L’attitude française s’exprime aussi par le biais d’un télégramme circulaire du ministre des Affaires étrangères prescrivant de « prendre quelques distances » sur le plan politique « mais de ne rien modifier sur les autres plans afin de développer la détente ». Quant au général de Gaulle, il rappelle à cette occasion son hostilité aux accords de Yalta, conclus en l’absence de la France, qui avaient selon lui divisé l’Europe en deux.