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Matière et lumière dans le théâtre de Samuel Beckett

Autour des notions de trivialité, de spiritualité et d’« autre-là »

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Arnaud Beaujeu

Toujours en cheminement (« comme frères mineurs vont leur chemin faisant ») vers un insaisissable point, « éternel tiers » ou « ici-loin », Beckett ne cesse de nous prévenir, comme Pascal en son temps, de deux erreurs fatales : « 1 prendre tout littéralement. 2 prendre tout spirituellement ». En acceptant l’inconnaissable, l’écrivain a su convertir l’esprit trivial irlandais – cette lande ironique, quoique parfois mystique – en chair spirituelle, en langue (a-)visuelle. Le travail beckettien – pas seulement textuel, lorsqu’il est théâtral, radiophonique, télévisuel… – œuvre à la « transsubstantiation » de la matière en lumière, relie le concret à l’abstrait, bien que la lumière puisse encore être de l’ordre du phénomène, en tant que vestige d’un big-bang esthétique inédit. Pour Beckett, face à la mise en doute de « l’être-là » comme de « l’au-delà », l’auteur a préféré employer la notion d’« autre-là ». Car « il n’y a rien ailleurs », tout est dans « l’autre-là » d’un passage luminescent, d’une trace, d’un mirage, ou d’une réelle lucidité. La solution paradoxale d’un réalisme mystique, d’une spiritualité sans dieu, sans religion, sans évidences, ouvre au « dépaysement », à la glissade – ou à l’élan – « vers l’inconnu en soi », ce « hors-sujet » indiscernable, encore une fois cet « autre-là », à la fourche des voies.

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