Show Less
Restricted access

«Copia» et «cornucopia»: la poétique shakespearienne de l’abondance

la poétique shakespearienne de l'abondance

Series:

Laetitia Coussement-Boillot

Dans le contexte littéraire élisabéthain et jacobéen, fortement imprégné de l’art oratoire de l’Antiquité, l’œuvre de William Shakespeare est marquée par l’idéal rhétorique d’abondance ou copia, rendue célèbre par Erasme à la Renaissance. Si le dramaturge célèbre la copia qui envahit tous les genres oratoires, l’espace public du forum comme l’espace privé de l’alcôve, et jusqu’aux minutieuses descriptions (ekphraseis) incrustées dans la trame de l’œuvre dramatique, il en dénonce aussi les limites et les excès. La copia peut alors s’inverser en loquacitas ou prolixité vide. Son œuvre est également traversée par la double thématique de l’abondance et de la vacuité. L’instabilité de cette profusion se manifeste à travers la subversion du mythe de l’âge d’or, le renversement de la cornucopia en tonneau des Danaïdes et le jeu sur la figure du silène platonicien. Entre la pompe et le néant, l’œuvre de Shakespeare, inscrite dans la crise épistémologique qui touche l’Angleterre et l’Europe à la fin du 16 e et au début du 17 e siècle, correspond à un point d’inflexion esthétique qui inverse les polarités et fait de l’abondance le masque de la vacuité.
Contenu : La copia rhétorique – La copia ornementale – Le couple copia / loquacitas ou la jubilation comique – Le couple copia / loquacitas ou le renversement tragique – Le mythe de l’âge d’or en question – Cornucopia ou tonneau des Danaïdes ? – Variations autour de la figure du silène.