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Les «Réflexions» d'Elias Canetti

Une esthétique de la discontinuité

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Eric Leroy du Cardonnoy

Ce travail part du présupposé que les Réflexions de Canetti sont d'une part la clef pour comprendre l'oeuvre entière de cet auteur, d'autre part qu'elles sont le genre absent de toute la production canettienne, la poésie. La première partie de ce livre tente de démontrer qu'elles constituent en fait un «genre» nouveau, celui des «réflexions» qui se distingue des fragments et des notes ou carnets. Les caractéristiques de ce que Ralph Heyndels nomme une «esthétique de la discontinuité» servent de fil conducteur à l'étude des Réflexions, esthétique visant à mettre en cause les assurances idéologiques de l'idéalité occidentale en refusant les notions de linéarité, de causalité, de complétude et de téléologie.
Ces critères d'analyse une fois déterminés, il a fallu s'interroger sur la situation du texte des Réflexions. A bien des égards d'ailleurs, Masse et puissance obéit déjà à une esthétique discontinue étant donné que Canetti refuse de se soumettre aux critères habituels de scientificité faisant de son ouvrage une oeuvre inclassable.
Issues de cette matrice, les Réflexions exemplifient cette esthétique: le sujet se dépossède de son énoncé, il met en jeu des disruptions stylistiques, logiques et sémantiques, l'histoire et la philosophie comme systèmes sont les ennemis privilégiés. Canetti, fidèle en cela à sa maxime « Un poète a besoin d'ancêtres», cherche dans la littérature mondiale les «modèles» de son écriture: il les trouve à l'orée de notre civilisation. En Allemagne, le modèle principal reste Lichtenberg et ses Sudelbücher, mais Nietzsche et Karl Kraus ne sont pas à négliger en tant que modèles «négatifs».