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Sami Tchak

Les voies d’un renouveau

de Papa Samba Diop (Éditeur de volume)
©2022 Comptes-rendus de conférences 300 Pages

Résumé

Le 12 mars 2017 Sami Tchak regagne Paris, de retour du Togo où l’on vient de lui rendre hommage, d’abord dans son village natal, en présence d’une vingtaine de journalistes, de dix écrivains, de l’Ambassadeur de l’Union européenne, du Conseiller personnel du Président de la République et de l’ancienne ministre de la Culture ; puis à l’Université de Lomé, par la remise d’un diplôme d’excellence par le ministre de l’Enseignement Supérieur accompagné de deux anciens Premiers ministres.
Au-delà de ces attentions officielles, le présent ouvrage rassemble, outre des témoignages ou hommages d’amis de l’auteur, des analyses ou comptes rendus de son œuvre littéraire et deux transcriptions de ses entretiens en séminaire à l’Université de Bâle et à celle de Paris-Est Créteil. Plus qu’aucune des études jusqu’ici consacrées à l’écrivain, il est explicite sur ses origines familiales et précis sur l’esthétique littéraire d’une œuvre soucieuse d’un nouveau langage associé aux valeurs de la sensibilité nouvelle, et, bien loin d’être terminée, déjà traduite en italien, en espagnol et en allemand.

Table des matières

  • Couverture
  • Titre
  • Copyright
  • À propos de l’auteur
  • À propos du livre
  • Pour référencer cet eBook
  • Table des matières
  • INTRODUCTION (PAPA SAMBA DIOP)
  • ANALYSES DE TEXTES
  • L’ETHNOLOGUE ET LE SAGE, OU DES DIFFICULTÉS D’UN DESTIN COMMUN (MARIE-ROSE ABOMO-MAURIN)
  • SAMI TCHAK ET LES « VIES MINUSCULES » (KODJO ATTIKPOé)
  • UNE ŒUVRE, DES REGARDS : AL CAPONE LE MALIEN DE SAMI TCHAK À la recherche du « Scarface africain » (FLORA BOFFY)
  • ÉCONOMIE D’ÉCRITURE, DENSITÉ DE LA PENSÉE, TRANSMÉDIALITÉ : L’EXEMPLE DE SAMI TCHAK (ODILE CAZENAVE)
  • Sami Tchak : LES VOIES D’UN RENOUVEAU (PAPA SAMBA DIOP)
  • L’ETHNOLOGUE ET LE SAGE : UNE MISE EN ÉCHEC DE L’EXHAUSTIVITÉ OCCIDENTALE ? (GUILLAUME GAUTHIER)
  • JEUX ANIMISTES ET PASSAGES DE FRONTIÈRES DANS AL CAPONE LE MALIEN DE SAMI TCHAK (ALICE LEFILLEUL)
  • ALTÉRITÉ ET VIOLENCE, Dans deux romans de Sami Tchak : le Paradis des chiots et Filles de Mexico (CHARIF MAJDALANI)
  • SAMI TCHAK OU LA DÉMESURE DU TEXTE ET DES CORPS (LANDRY-WILFRID MIAMPIKA)
  • L’ETHNOLOGUE ET LE SAGE : DOUBLE NARRATIF, ÉCRITURE SANS CHAMP (PIERRE NDEMBY MAMFOUMBY)
  • ÉCRIRE ET S’ÉCRIRE PAR TEMPS DE MONDIALISATION : DANS L’ŒUVRE LITTÉRAIRE DE SAMI TCHAK (STEEVE RENOMBO)
  • HERMINA : POUR UNE LITTÉRATURE CANONIQUE, FAITE AVEC DU « MAUVAIS GENRE » (JUAN SEBASTIáN ROJAS)
  • LA FÊTE DES MASQUES À BABYLONE – LA MASCARADE LITTÉRAIRE DANS UN ROMAN DE SAMI TCHAK (THORSTEN SCHüLLER)
  • FILLES DE MEXICO : AUTO-THÉORISATION OU RÉFLEXION POSTCOLONIALE : UN ROMAN EXPÉRIMENTAL (VINCENT SIMEDOH)
  • LECTURE D’UNE PAGE DE LA FÊTE DES MASQUES : LE POUVOIR PASSÉ À LA LOUPE (RACHEL STUCKY)
  • ATELIERS
  • A. UNIVERSITÉ DE BÂLE Entretien avec Isabelle Chariatte Fels
  • B. UNIVERSITÉ PARIS-EST CRÉTEIL « Questions à Sami Tchak »
  • HOMMAGES – TÉMOIGNAGES
  • SAMI TCHAK RÉCIPIENDAIRE DU DIPLÔME D’EXCELLENCE DE L’UNIVERSITÉ DE LOMÉ (KANGNI ALEM)
  • ORBITE TCHAKIENNE (ANANDA DEVI)
  • SAMI TCHAK, JOUISSEUR DE L’INSTANT (ANNIE FERRET)
  • LA GLOIRE DE L’AFRIQUE (JEAN-MARIE GUSTAVE LE CLéZIO)
  • EN CHEMINANT AVEC SAMI TCHAK (BONIFACE MONGO-MBOUSSA)
  • DÉCRYPTAGE : TCHAK L’ENCHANTEUR (KOUAM TAWA)
  • BIBLIOGRAPHIE DE SAMI TCHAK
  • ANNEXES
  • CONTRIBUTEURS AU VOLUME
  • VII. INDEX (RERUM ET NOMINORUM)
  • TITRES DE LA COLLECTION

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INTRODUCTION

Papa Samba Diop (UPEC, EA 4395 LIS)

D’une publication à l’autre Sami Tchak occupe une place de plus en plus importante dans le champ littéraire francophone. Il s’y illustre d’abord par une thématique iconoclaste : car rares sont, avant son entrée en littérature, les romanciers africains ayant traité de manière aussi explicite de l’adultère ou de l’inceste, du sadisme, du masochisme ou de l’homosexualité. En outre, en déterritorialisant dans Place des fêtes (2001), Hermina (2003), La Fête des masques (2004), Le Paradis des chiots (2006) et Filles de Mexico (2008) l’intrigue de l’Afrique à l’Amérique du Sud et aux Grandes Antilles, il innove en opérant le choix d’une correspondance à son époque et au concept de littérature-monde développé par Michel Le Bris et Jean Rouaud1. Strictement étudiée sous cet angle, son œuvre littéraire est tout aussi controversée qu’elle ne compte de fervents lecteurs.

Mais d’autres singularités de l’auteur font consensus, notamment son écriture alerte et l’inventivité narrative qui façonnent ses romans comme ses essais en métadiscours où l’intertextualité, servie par des lectures encyclopédiques, débouche sur un patchwork ludique et un jeu de miroirs de facture éminemment postmoderne.

Le présent ouvrage regroupe en quinze « analyses de textes », deux « ateliers » et six « hommages-témoignages », diverses propositions de ←11 | 12→lecture de cette œuvre traçant les voies d’un renouveau dans la circulation poétique entre le roman, le conte et l’essai.

Analyses de textes

. Marie-Rose Abomo-Maurin relève, sous la thématique générale du dialogue interculturel euro-africain, l’impasse où s’engage l’ethnologie telle que pratiquée par le chercheur mis en scène dans L’ethnologue et le sage.

. Kodjo Attikpoé aborde l’œuvre de Sami Tchak dans la perspective d’un écrivain soucieux de révéler la condition humaine d’un point de vue existentialiste fondé sur des récits de vie de « petites gens ».

. Flora Boffy, comparant Al Capone le Malien à Scarface, découvre dans le roman une « interprétation illuminée de l’Afrique », qui enchevêtre les lieux et les temps.

. Citant Lilyan Kesteloot, d’abord rétive à la crudité du langage, puis convertie à la nouveauté de l’écriture des « enfants de la postcolonie », Odile Cazenave étudie la création romanesque chez Sami Tchak comme une volonté de « créer une chaîne d’écriture et de liens de parenté, non d’enfermement, mais d’ouverture et de liberté », notamment avec l’univers fictif d’Ananda Devi. La porosité entre les deux écritures est mise en évidence.

. Papa Samba Diop distingue plusieurs périodes dans l’œuvre littéraire de Sami Tchak dont il retient la référence-révérence aux précurseurs que sont Césaire, Senghor et Damas.

. Guillaume Gauthier saisit dans L’Ethnologue et le sage un message : le dépassement d’une certaine rationalité, pour une « acceptation du mystère » afin d’« accéder à une conception plus complète de l’Humanité ».

. Alice Lefilleul axe sa lecture d’Al Capone le Malien sur la notion de subversion qu’elle place au cœur de l’écriture de Sami Tchak, y voyant la marque du sociologue dont les premiers travaux ont porté sur des communautés de marginaux.

. Charif Majdalani rend compte, sous le titre « Altérité et violence », du Paradis des chiots et de Filles de Mexico, le premier roman lu sous l’angle de la violence et de la candeur, le second sous celui de l’altérité. L’« ironie perverse » sous-jacente à la tonalité générale du Paradis des chiots est mise en relief ainsi que l’indétermination caractéristique de sa fin où ←12 | 13→« l’on recommence à se demander si ce que Lucia décide d’adopter est un jeune garçon des bidonvilles ou un simple chien des rues ».

. Landry-Wildrid Miampika envisage la démesure du texte et des corps comme trait saillant de l’écriture de Samy Tchak, où des « confluences transtextuelles » et une constante « transcontinentalité des imaginaires » télescopent « deux continents-espaces aussi proches que contradictoires » : l’Afrique et l’Amérique latine. En outre, de Sade à Sami Tchak il établit les proximités thématiques dans leur « conception libre des règles morales et des usages sociaux du corps ».

. Pierre Ndemby Mamfoumby relève dans L’Ethnologue et le sage la mise en scène de deux visions antagonistes du monde, et de cette opposition observe l’importance des notions de « double » et de « dédoublement » dans la réalité des personnages comme dans celle des espaces culturels en confrontation.

. Steeve Renombo discerne un flux et un reflux dans l’œuvre littéraire de Sami Tchak examinée comme paradigme de l’itinéraire contrasté des écrivains africains pris dans les courants centrifuges de la mondialisation.

. Juan Sebastián Rojas rend compte d’Hermina, fondé sur l’idée que son auteur, sans renoncer aux thématiques chères à la paralittérature, transmue un matériau de « mauvais genre » en littérature canonique.

. Thorsten Schüller (in memoriam) met en lumière quelques hypotextes de La fête des masques, et la filiation possible entre les univers romanesques de Flaubert, Rachlide et Sami Tchak, où il relève la multivalence de l’usage du pseudonyme.

. Selon Vincent Simedoh, Filles de Mexico, roman expérimental, est à l’image du reste de l’œuvre « où s’inscrit de façon analytique la condition du sujet postcolonial dans une modernité déterminée par la gestion d’une série de legs : assimilation, ambivalence, identité et écriture ».

. Considérant que l’auteur les aborde pour en exhiber toutes les formes déviantes, Rachel Stucky procède à la lecture d’une page de La fête des masques où s’entrelacent les thèmes de l’amour, du pouvoir et de la liberté.

Ateliers

Sont regroupés dans « Ateliers » deux entretiens de Sami Tchak : le premier avec Isabelle Chariatte Fels, à l’Université de Bâle, le 27 avril ←13 | 14→2016, lors d’une lecture publique donnée par l’auteur aux Basler Afrika Bibliographien ; le second, « Questions à Sami Tchak », à l’Université Paris-Est Créteil, le mercredi 26 avril 2017, avec les doctorants du séminaire de littératures francophones.

Hommages-Témoignages

Six textes d’hommage ou de témoignage sont réunis sous ce titre : 1. Le discours prononcé à l’Université de Lomé par Kangni Alem le 3 mars 2017, lors de la remise du Diplôme d’excellence à Sami Tchak ; 2. « Orbite tchakienne » d’Ananda Devi retraçant le cheminement d’une amitié et d’une complicité littéraires ; 3. « Sami Tchak, jouisseur de l’instant » d’Annie Ferret révélant comment l’auteur écrit « dans une jouissance enfantine de l’instant » ; 4. Sous le titre « La gloire de l’Afrique », Jean-Marie Gustave Le Clézio, enthousiasmé par Al Capone le Malien, salue en ce livre l’ « ironie salutaire » qui est de celles « qui aujourd’hui donnent des ailes à la littérature française » ; 5. « En cheminant avec Sami Tchak » de Boniface Mongo-Mboussa, témoignage d’amitié, atteste aussi une profonde connaissance de la genèse des œuvres ; 6. Kouam Tawa, sous le titre « Décryptage, Tchak l’enchanteur », rend compte de sa lecture à haute voix, dans un café-restaurant-théâtre à Bafoussam, d’Al Capone le Malien.

Annexes

En « Annexes » sont illustrés l’arrivée de Sami Tchak dans son village natal et son accueil traditionnel, la forge du père de l’auteur, et la cérémonie de remise du Diplôme d’excellence à l’Université de Lomé (Auditorium de l’Institut Confucius).

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L’ETHNOLOGUE ET LE SAGE, OU DES DIFFICULTÉS D’UN DESTIN COMMUN

Marie-Rose Abomo-Maurin

La lecture du huitième roman de Sami Tchak, L’ethnologue et le sage, replonge dans le passé colonial, dont les idées, le regard des administrateurs et des missionnaires, ont été décriés par les écrivains de la première génération. Le titre s’efforce, par une conjonction de coordination [et], de rapprocher deux personnages que tout oppose, l’ethnologue et le sage. Cette alliance détonne par les statuts anachroniques qu’elle suggère. L’ethnologie renvoie à l’étude de sociétés dites « primitives », « non civilisées »1. Le savant qui vient étudier ces « peuples sans histoire ni écriture » s’installe sur un territoire d’investigations. Il observe une ethnie, son passé, son évolution, ses caractéristiques, et classe ses découvertes. Sa posture d’observateur, sa nature allogène et sa conscience d’être « supérieur » en font un être singulier. Quant au sage, l’Imam, il est présenté comme une personne d’expérience, menant une vie exemplaire de moralité, reconnue par une communauté qui l’honore. Tels sont, dans le petit village de Tédi, où règne le puissant Wouro Tou (Cfef Éléphant), les personnages principaux portant l’intrigue dans L’Ethnologue et le sage. Les comparses, les Tèdiennes et les Tèdiens, mènent une vie rythmée par des usages pluriséculaires. L’Islam, leur seule religion, régente leur existence morale, lorsque, dans cet environnement touché par de rares effets de la modernité, arrive un chercheur européen, Maurice Boyer. Dès lors, se met en branle une série de malentendus propres à bouleverser le ←17 | 18→cours habituel de la vie en ces lieux où l’iman veille à la tranquillité de ses coreligionnaires, tout comme Wouro Tou règne sans crainte.

Dès l’ouverture de son récit, le romancier attire l’attention sur le « regard biaisé » et le manque d’intérêt2 véritable de l’ethnologue pour les autochtones. L’accumulation d’éléments descriptifs amalgamés par une caméra donne à réfléchir. Naît dès l’abord le pressentiment d’un échec de la future rencontre entre l’homme de science et les Autres. Les interprétations erronées et dramatiques que l’ethnologue donne des usages des Tèdiens n’attestent-elles pas paradoxalement l’ignorance du « savant » ? Enfin, comment s’intéresser réellement à l’objet de son étude si le sujet observé est finalement soi-même ?

Au bout d’un objectif

Le roman s’ouvre sur l’absence de villageois, alors que la caméra balaie une place pourtant dite polyvalente. Ce vide initial est expressif de la primauté accordée à la beauté du décor plus qu’aux êtres censés l’habiter. La démarche de Maurice Boyer s’inscrit dans cette optique. L’ethnologue disjoint ses intérêts de ceux de ses hôtes (Tchak : 2013 : 31) et s’installe d’emblée dans une observation « oblique ». La désinvolture de l’approche des êtres et des choses en transforme la réalité, la déforme. La liberté de choix dans les sujets, laisse libre cours aux fantasmes du photographe et ouvre la voie à des figures d’amplification dans la fantaisie à toute épreuve (p. 58–59).

L’observation de l’Autre à travers un prisme ne garantit aucune neutralité ou objectivité scientifiques. Le choix des objets à filmer est en lui-même falsificateur et dissimulateur. Étranger débarquant d’Europe, et campé dans son champ d’investigation comme d’autres s’installeraient à leurs bureaux, l’ethnologue est persuadé qu’il peut, sans contrepartie, recueillir, interpréter et diffuser à sa guise toute information relative à l’être et à l’existence des populations qu’il découvre (p. 35). Derrière la caméra, œil de l’Europe, le chercheur chosifie cet autre regard, l’œil de l’Afrique, qu’il est inapte à percevoir comme narquois (p. 23). Il est à ce point enfermé dans ses vues étroites qu’il en arrive procéder à des catégorisations parmi les Tèdiens. Wouro Tou (p. 14–16), la mère de Yaya ←18 | 19→Nintchè (p. 37–39) et ce dernier lui-même, sont rangés dans le camp de la gent à « civiliser », tandis que l’Imam Alfa Salifou (p. 16–21) et la jeune épouse du chef, Amama, qui savent lire et écrire (p. 14–16), ne lui semblent pas être à leur place dans Tèdi qu’il considère comme une contrée reléguée aux confins de la mentalité primitive.

Résumé des informations

Pages
300
Année
2022
ISBN (PDF)
9782807618978
ISBN (ePUB)
9782807618985
ISBN (MOBI)
9782807618992
ISBN (Broché)
9782807618961
DOI
10.3726/b19163
Langue
Français
Date de parution
2022 (Avril)
Published
Bruxelles, Berlin, Bern, New York, Oxford, Warszawa, Wien, 2022. 300 p., 11 ill. en couleurs.

Notes biographiques

Papa Samba Diop (Éditeur de volume)

Papa Samba Diop, Professeur émérite - Université Paris-Est -, a enseigné à l’Université de Bayreuth (Allemagne Fédérale) de 1982 à 1995. Auteur de nombreuses publications (articles, livres) portant sur les littératures francophones (Afrique Sub-saharienne, Maghreb, Caraïbes), il a signé plusieurs accords de partenariat avec les Universités de Dakar (Sénégal), Brno (République tchèque), Tananarive et Diégo-Suarez (Madagascar), Laval (Québec), KwaZulu-Natal (Afrique du Sud), Omar Bongo (Gabon), Yaoundé (Cameroun), Kénitra (Maroc), Iasi (Roumanie) et Galatasaray (Turquie). Il est lauréat du Prix Humboldt en 2015.

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