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Identitätsbildung und Partizipation im 19. und 20. Jahrhundert

Luxemburg im europäischen Kontext

Series:

Edited By Norbert Franz, Thorsten Fuchshuber, Sonja Kmec, Jean-Paul Lehners and Renée Wagener

Gesellschaften mit starker Einwanderung kennzeichnen vielfältige Formen von Identitätsbildung und das Ringen um politische und zivilgesellschaftliche Partizipation. Dies gilt in besonderer Weise für Luxemburg im 19. und 20. Jahrhundert. Hier entstand in einem Kleinstaat eine der jüngeren Nationen Europas und zugleich eine besonders offene, plurikulturelle Einwanderungsgesellschaft. Ziel dieses Bandes ist es, die Entstehung dieser Mehr-Kulturen-Gesellschaft im europäischen Zusammenhang zu verstehen. Die einzelnen Beiträge analysieren mit Hilfe unterschiedlicher sozial- und kulturwissenschaftlicher Annäherungen exemplarische Konfliktlinien der Identitätsbildung und des Kampfes um Partizipation.

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Le Grand-Duché de Luxembourg face à la décolonisation au tournant des années 1960. Influence des acteurs non-gouvernementaux sur la politique étrangère (Régis Moes)

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Régis Moes

Le Grand-Duché de Luxembourg face à la décolonisation au tournant des années 1960. Influence des acteurs non-gouvernementaux sur la politique étrangère

1.  Introduction

L’historiographie des relations internationales du Grand-Duché de Luxembourg au XXe siècle a longtemps été centrée sur l’histoire de la construction européenne et sur les relations avec ses pays voisins1. De façon générale, les relations diplomatiques du Luxembourg ont peu été étudiées2. En particulier, lorsqu’on aborde les liens du Luxembourg avec le monde extra-européen, on doit constater que la bibliographie sur ces relations ultramarines au XXe siècle est peu fournie, alors que l’historiographie du XIXe accorde une grande importance à l’émigration vers les États-Unis et l’Amérique latine3. Certes, certains articles courts évoquent des ← 309 | 310 → parcours de vie de Luxembourgeois qui sont également partis vers d’autres destinations, mais aucune étude d’ensemble n’existe sur les relations du Grand-Duché de Luxembourg et les empires coloniaux, à l’exception de diverses études sur le Congo belge4.

Le présent article s’intéresse à la période de l’après Seconde Guerre mondiale qui se caractérise par la reconfiguration de la politique internationale et mondiale, marquée désormais par la Guerre froide et l’arbitrage de l’Organisation des Nations-Unies dans de nombreux conflits, mais aussi par une réorientation spectaculaire de la politique étrangère luxembourgeoise. En effet, dès la période de guerre, le gouvernement luxembourgeois en exil abandonne sa politique de neutralité pour poursuivre une politique d’alliances internationales qui ancre rapidement le Grand-Duché dans le bloc occidental. Désormais, la politique d’alliance avec les États-Unis, mais aussi avec les autres pays européens dans le cadre des différentes instances multilatérales (OTAN, CECA, CEE, etc.) est le principal facteur qui détermine la position luxembourgeoise dans la politique internationale. Pourtant, le Grand-Duché ne constitue que très progressivement un appareil diplomatique et consulaire, ce qui rend la diplomatie luxembourgeoise particulièrement dépendante des informations qui lui parviennent de l’étranger. Ceci force le gouvernement à se concentrer sur certaines problématiques prioritaires en en négligeant d’autres.

La thématique de la reconfiguration des relations du Grand-Duché de Luxembourg avec les nouveaux États issus de la décolonisation se prête bien pour illustrer le propos de la participation de la société civile aux processus politiques. Comme ← 310 | 311 → nous allons le voir, aussi bien la politique coloniale que les premiers balbutiements de la politique d’aide au développement ont été inspirés à la fois par les alliances internationales du Luxembourg mais aussi, à d’autres niveaux, par des logiques bottom-up, dues à des groupes non-gouvernementaux qui, soit réussirent à influencer la politique gouvernementale, soit tentèrent avec plus ou moins de succès d’outrepasser le cadre que la politique étrangère luxembourgeoise avait fixé. Il s’agit donc de montrer comment différents groupes ou individus ont réussi à participer à des processus politiques en usant de voies et de moyens très variés.

Ici, nous évoquerons principalement les relations que le Luxembourg a entretenues avec l’Afrique. Ces questions s’insèrent dans un cadre chronologique, qui apparaît seulement depuis peu sur le radar des historiens luxembourgeois5. Cette Histoire du temps présent peut recourir à une masse impressionnante de sources, à la fois des sources imprimées et d’archives, ce qui rend parfois ardu de l’approcher et de cerner les questions qui, de prime abord, ne semblent pas avoir passionné les Luxembourgeois à l’époque. Contrairement à nos pays voisins ayant un passé colonial, en particulier la France et la Belgique, le débat sur la décolonisation n’a pas vraiment eu lieu au Luxembourg, ni à l’époque, ni dans l’historiographie. Le fait qu’aucune forte communauté immigrée d’anciens territoires coloniaux ne se soit durablement établie au Grand-Duché explique peut-être ceci6.

Nous entendons la décolonisation uniquement comme la période de la phase des indépendances des nouveaux États issus du transfert de souveraineté depuis les anciennes métropoles, indépendamment de son contexte violent ou pacifique. Les bornes chronologiques sont difficiles à fixer, puisque la création d’un nouvel État ne supprime pas nécessairement ses liens de dépendance par rapport à des États ou entreprises étrangères. La période que nous entendons analyser couvre environ vingt ans, du milieu des années 1950 à 19757. Entre 1951 et 1968, 35 pays ← 311 | 312 → africains accèdent à l’indépendance, dont 17 pour la seule année 1960. La question des relations de l’Europe avec l’Afrique et l’actualité liée à la décolonisation est très largement suivie par la presse luxembourgeoise, avant tout à travers des dépêches d’agences ou des reportages de correspondants étrangers.

Dans les pages suivantes, nous essaierons de montrer les continuités et les ruptures qui caractérisent la politique étrangère luxembourgeoise sur ces questions, tout en montrant comment certains faits ont pu échapper au contrôle gouvernemental ou se sont déroulés malgré lui. Pour ce faire, il nous faut nous replonger dans les relations que le gouvernement luxembourgeois entretenait avec le lobby colonial grand-ducal au milieu des années 1950.

2.  Le Luxembourg et son lobby colonial

Pour le Luxembourg, le 30 juin 1960 marque stricto sensu la fin de la période coloniale. Le Grand-Duché « perd » alors en effet la colonie « qui lui appartient un peu »8 : le Congo belge. En 1960, près de 600 Luxembourgeois résident au Congo belge. Depuis le début des années 1920, dans le cadre de l’Union économique belgo-luxembourgeoise, la Belgique avait ouvert les carrières coloniales aux Luxembourgeois sur un pied d’égalité avec les Belges. Ainsi, par exemple, pour entrer dans la Fonction publique coloniale belge, il fallait être titulaire de la nationalité belge ou luxembourgeoise, les autres nationalités en étant exclues. Par ailleurs, jusqu’en 1959, la plupart des postes à responsabilité furent également inaccessibles aux Congolais eux-mêmes9. Cependant, cette égalité de traitement entre Belges et Luxembourgeois était toute relative, puisqu’aucun texte de loi ne l’avait fixée avant 1948. Certains Luxembourgeois du Congo se sentirent ainsi toujours quelque peu traités en coloniaux de second rang. Régulièrement, certains d’entre eux demandaient l’intervention du gouvernement luxembourgeois pour appuyer leurs droits qu’ils estimaient lésés, notamment lorsqu’on exigeait d’eux qu’ils adoptent la nationalité belge avant d’obtenir une promotion, alors que les autorités luxembourgeoises estimaient que l’égalité des droits était respectée10. Le ← 312 | 313 → gouvernement luxembourgeois n’intervint pas toujours pour défendre les droits des citoyens grand-ducaux au Congo11.

Des discriminations existaient également en ce qui concerne la sécurité sociale des coloniaux luxembourgeois qui ne pouvaient profiter ni de l’assurance-maladie ni des allocations familiales durant leurs congés en Europe. Une clause de résidence avait en effet été introduite dans les lois sociales congolaises, lorsque celles-ci étaient entrées en vigueur en 1945, et les coloniaux qui n’étaient pas domiciliés en Belgique étaient exclus de certaines prestations. Les autorités belges ne semblent pas avoir montré beaucoup de bonne volonté pour changer cela. Les associations coloniales luxembourgeoises avaient eu plusieurs entrevues avec les autorités luxembourgeoises, notamment avec le ministre du Travail et de la Prévoyance sociale Nic. Biever dès octobre 1955. Ce problème fut finalement réglé en 1958 par la signature d’un accord, que le Luxembourg n’avait cependant toujours pas ratifié en septembre 196112. Cette lenteur témoigne-t-elle d’un désintérêt du monde politique luxembourgeois pour ses coloniaux ? Sans doute que non, mais il est probable que le gouvernement luxembourgeois ne voulait pas fâcher la Belgique, principal partenaire commercial au sein de l’Union économique belgo-luxembourgeoise (UEBL) et nation amie par excellence.

Les activités des associations coloniales au Luxembourg étaient fréquentées, dès les années 1920, par des ministres en exercice et la propagande coloniale (conférences, projections de films, annonces de recrutement, etc.) apparaissait à de nombreux Luxembourgeois comme jouissant de la confiance et du soutien du gouvernement. Il est vrai que celui-ci ne prit jamais totalement en charge le recrutement des coloniaux, mais se contenta quelques fois d’appuyer, par des lettres de recommandations, l’une ou l’autre demande d’emploi. Le gouvernement ← 313 | 314 → luxembourgeois estimait cependant, comme le note l’ambassadeur luxembourgeois à Bruxelles Lambert Schaus en 1957, que la propagande proprement dite pour le Congo belge doit rester l’apanage de nos sociétés coloniales13. Le gouvernement se contenta d’ouvrir des portes à cette propagande : des conférences présentant les carrières coloniales avaient régulièrement lieu dans les écoles secondaires du pays dans le courant des années 1950 et le ministère de l’Éducation nationale sélectionna pendant plusieurs années des étudiants qui pouvaient effectuer un voyage d’études au Congo belge, payé par la Compagnie maritime belge14.

Le « Cercle colonial luxembourgeois » (CCL), créé en 1925, et l’association concurrente « Alliance coloniale Luxembourg Outre-Mer », créée en 195115, avaient un double rôle de représentation politique et de convivialité. Ils eurent aussi à défendre les intérêts matériels de leurs membres auprès des gouvernements belges et luxembourgeois. Certes, les coloniaux luxembourgeois se firent sans cesse assurer du soutien des partis de gouvernement luxembourgeois, du parti chrétien-social aux socialistes en passant par les libéraux, et furent même sollicités par le gouvernement dans le cadre du combat contre le chômage des jeunes diplômés universitaires que le marché de l’emploi grand-ducal ne pouvait pas absorber au début des années 1950. Leurs représentants siégeaient ainsi dans la « Commission spéciale d’experts pour l’étude et la résorption du chômage intellectuel » instituée en 1953 et reçurent même des subsides spécifiques16. Le Congo belge était donc présenté comme un exutoire pour le chômage des universitaires17. Le gouvernement intervint cependant directement dans les enquêtes de moralité que demandaient les autorités coloniales belges avant d’engager de nouveaux fonctionnaires et les différentes administrations répondaient avec zèle aux diverses demandes d’information qui leur étaient adressées18. Le gouvernement luxembourgeois n’avait donc aucun problème à livrer au gouvernement belge des informations allant parfois ← 314 | 315 → jusqu’à détailler la situation familiale, les habitudes ou le mode de vie de candidats au départ vers le Congo belge.

Ainsi, le gouvernement luxembourgeois n’a jamais été impliqué de jure dans la gestion coloniale, mais n’a cessé de soutenir les coloniaux et garda, tout au long de la période allant de 1920 à 1960, un œil sur la communauté des Luxembourgeois au Congo, principalement à travers la Légation luxembourgeoise à Bruxelles19. Pourtant, les autorités luxembourgeoises ne prirent que très rarement des initiatives, se contentant la plupart du temps de réagir, avec plus ou moins d’empressement comme nous venons de le voir, aux demandes que lui adressaient les coloniaux luxembourgeois. Le ministre des Affaires étrangères Joseph Bech (qui occupa ce poste de 1926 à 1959) manifesta un intérêt certain pour les Luxembourgeois au Congo, mais cet intérêt ne prima à aucun moment des années 1950 sur les questions européennes ou sur les questions liées à l’Alliance atlantique. Problème secondaire dans les relations internationales, la question de la présence luxembourgeoise au Congo belge eut probablement avant tout une importance électorale puisque les coloniaux et leurs familles (environ 550 à 600 Luxembourgeois vivaient au Congo à cette période) représentaient un électorat potentiel non-négligeable. Ceci explique sans doute pourquoi les intérêts des coloniaux luxembourgeois ont pu, par moments, influer sur les relations belgo-luxembourgeoises, sans cependant avoir été la cause d’une brouille diplomatique. Dans le cadre de l’Union économique belgo-luxembourgeoise et de la construction européenne, les rapports entre la Belgique et le Luxembourg furent excellents et le maintien de cette amitié politique internationale prima sur l’appui des revendications de certains groupes de pression. Ces relations entre pays amis permirent aussi au gouvernement luxembourgeois de promouvoir sans grands efforts la participation de Luxembourgeois à la colonisation du Congo belge. Il laissait faire les associations coloniales et les réseaux informels de recrutement, tout en essayant de rallier le soutien des coloniaux luxembourgeois en leur montrant un bienveillant intérêt et en soutenant leurs activités de propagande au Luxembourg. ← 315 | 316 →

3.  La crise congolaise de 1960 : un tournant dans la politique luxembourgeoise

Cette situation changea brutalement durant l’été 1960. Le 30 juin eurent lieu à Léopoldville les cérémonies d’indépendance de l’ancienne colonie belge où le Luxembourg était notamment représenté par son ministre des Affaires économiques Paul Elvinger. Après la cérémonie, les représentants luxembourgeois exprimèrent au roi Baudouin l’appréciation du Gouvernement et du peuple luxembourgeois pour l’œuvre accomplie au Congo par la Belgique et sa sympathie à un moment historique douloureux pour la Belgique trahissant ainsi leurs véritables sentiments face à la décolonisation qu’ils ne voyaient donc pas d’un bon œil20. Très rapidement cependant, la situation se détériora et la mutinerie de l’armée atteignit Léopoldville le 7 juillet. Les coloniaux qui, en principe, auraient dû continuer à travailler pour le nouvel État, se sentirent menacés et une écrasante majorité décida de rentrer en Europe. Le nombre des Luxembourgeois au Congo chuta de plus de trois quarts en quelques mois. Le gouvernement luxembourgeois était cependant incapable de donner le chiffre exact de ces rapatriés, qui certes pouvaient solliciter une prise en charge par le personnel de l’Ambassade de Luxembourg à Bruxelles à leur arrivée en Belgique, mais qui n’y étaient pas obligés. L’accueil des réfugiés fut avant tout organisé par l’« Alliance coloniale Luxembourg-Outre-Mer » (LUXOM) qui avait installé une permanence au restaurant « Pôle Nord » à Luxembourg-Ville21. Si l’« Œuvre Grande-Duchesse Charlotte » aida financièrement les rapatriés, la part principale de leur encadrement revint aux associations coloniales.

Par la suite, la Belgique se montra ingrate par rapport aux anciens coloniaux luxembourgeois. Ainsi, au moment de l’indépendance du Congo, les fonctionnaires coloniaux grand-ducaux furent exclus du reclassement dans la Fonction publique belge et le gouvernement luxembourgeois refusa – faute de travail pour eux – de les reprendre en bloc comme fonctionnaires au Luxembourg. Le gouvernement intervint cependant en recommandant d’anciens coloniaux auprès de diverses firmes privées. Au mois d’août 1960, il tenta encore de renvoyer quelques anciens coloniaux en Afrique centrale pour le compte de l’ONU dont les casques ← 316 | 317 → bleus avaient été déployés au Congo22. Certains anciens coloniaux profitèrent d’ailleurs de l’occasion pour se reconvertir dans les services du nouveau gouvernement ou de l’ONU, mais ils restaient l’exception. Bien que le Ministre des Affaires étrangères estimât qu’il n’était légalement nullement obligé d’entreprendre quelque chose pour les ra­patriés du Congo, le fonctionnaire chargé du dossier congolais Paul Pütz tenta de faire tout ce qu’il pouvait pour aider les rapatriés, car il se sentait un devoir moral d’utiliser tous les moyens à sa portée pour aider nos compatriotes à se créer une nouvelle existence23. Comme le gouvernement luxembourgeois avait encouragé les jeunes Luxembourgeois à partir au Congo, il fallait bien, estimait-il, les aider maintenant, même si certains de ses collègues ne cessèrent de répéter aux anciens coloniaux que le gouvernement ne s’était nullement engagé à les aider. Les coloniaux s’organisèrent d’ailleurs eux-mêmes et il semble que ce soit avant tout grâce aux contacts des membres de la LUXOM, mais aussi grâce à leur esprit débrouillard, que la plupart d’entre eux réussirent à trouver un emploi au Grand-Duché, dont le marché du travail connaissait à cette époque une croissance suffisante pour les absorber. Dans sa chronique du « Tageblatt », l’ancien colonial Marcel Kintzelé estimait que le gouvernement n’avait pas vraiment fait tout ce qui était en son pouvoir pour aider les rapatriés et il ne cachait pas sa déception24. En effet, à de très rares exceptions près, le seul rôle que le gouvernement fut prêt à endosser fut celui d’intermédiaire dans la transmission des demandes d’emploi à des entreprises privées. ← 317 | 318 →

En 1960, le ministère des Affaires étrangères luxembourgeois définissait sa politique congolaise en se référant avant tout à deux sources : le gouvernement belge – puisqu’il demandait souvent à connaître la position belge avant de trancher les positions à prendre – et surtout le tout nouveau consul honoraire à Léopoldville, l’ homme d’affaires luxembourgeois Armand Delvaux. Ayant fait fortune dans l’import-export au Congo belge, Delvaux s’imposa, grâce au soutien des Luxembourgeois de la capitale congolaise, contre le candidat qu’avait désigné l’ambassadeur à Bruxelles Nicolas Hommel. En effet, le gouvernement luxembourgeois avait décidé, quelques semaines avant l’indépendance, de créer trois consulats honoraires dans l’ancienne colonie belge. Cela n’avait jusque là pas été estimé nécessaire, puisque les relations avec la Belgique coloniale n’étaient pas vraiment considérées comme des relations extérieures. L’indépendance du Congo faisait cependant craindre que la protection consulaire des ressortissants luxembourgeois en Afrique centrale devienne nécessaire face à un État dont le gouvernement nationaliste de Patrice Lumumba était autant méprisé à Luxembourg qu’à Bruxelles25. Le consul Delvaux dut son influence sur la politique étrangère luxembourgeoise à la fois à sa connaissance des dossiers, à son entregent à Léopoldville, Bruxelles et Luxembourg, à son application au travail – en quelques mois il écrivit d’innombrables dépêches à Luxembourg, pouvant recourir à l’aide administrative des employés de son entreprise d’import-export26 – et surtout à son réel souci de défendre les intérêts de ses compatriotes. Delvaux ne se priva pas de faire d’insistantes recommandations au ministère des Affaires étrangères à Luxembourg sur de nombreuses questions liées au problème congolais que le gouvernement suivit la plupart du temps. Sans légitimité politique aucune, le consul honoraire Armand Delvaux eut ainsi la possibilité de définir certains traits importants de la politique africaine luxembourgeoise durant l’année 1960, faute de compétences suffisantes au sein de l’administration et du gouvernement au Grand-Duché.

Après 1960 et l’indépendance du Congo, la politique africaine du Grand-Duché changea largement. Si les intérêts consulaires des Grand-Ducaux restés dans l’ancienne colonie belge furent toujours pris en compte et défendus, la diplomatie luxembourgeoise se désintéressa par après du continent africain. Lorsque des questions spécifiques se posaient, la démarche luxembourgeoise s’alignait souvent sur celle que poursuivaient ses alliés, principalement la Belgique. Les relations diplomatiques passaient la plupart du temps via les ambassades des pays africains ← 318 | 319 → installées à Bruxelles qui étaient également accréditées à Luxembourg. D’ailleurs, à notre connaissance, le Grand-Duché de Luxembourg n’ouvrit aucune ambassade en Afrique avant les années 199027. Il fallut attendre les années 1970 pour qu’un nouveau tournant s’opère dans les relations du Luxembourg avec l’Afrique.

Un cas exemplaire est la position adoptée par le Luxembourg dans la question de la sécession du Katanga, province du nouveau Congo indépendant précédemment belge qui avait déclaré son indépendance dès juillet 1960 sous la houlette de Moïse Tshombé. Cette sécession, encouragée par les grandes entreprises coloniales belges et en particulier par l’Union minière du Haut-Katanga, fut accueillie très favorablement par de nombreux Luxembourgeois restés au Congo, principalement au Katanga même et dans la région du Kivu28. Or, le gouvernement luxembourgeois ne pouvait pas s’aligner sur les revendications de reconnaissance du Katanga que ces Luxembourgeois avaient exprimées. En effet le Conseil de Sécurité de l’ONU était intervenu, notamment par l’envoi de Casques bleus, pour préserver l’unité du nouvel État congolais et pour contrôler la sécession katangaise. Ainsi, lorsqu’en novembre 1960, « l’Ambassade du Katanga » à Bruxelles sollicite le gouvernement luxembourgeois pour recruter des enseignants pour la province sécessionniste, la réponse du ministre libéral des Affaires étrangères Eugène Schaus à ses agents diplomatiques à Bruxelles est ambigüe, puisqu’il estime que « conformément à notre politique de non-reconnaissance du Katanga, la demande d’enseignants qui vous a été faite par la délégation permanente de cette province ne comporte pas de réponse écrite » et qu’il convient d’adopter « une attitude évasive »29. Schaus montre ainsi qu’il ne voit pas d’un si mauvais œil la sécession katangaise du gouvernement ← 319 | 320 → central dirigé par Patrice Lumumba, que les autorités belges et luxembourgeoises considéraient alors – à tort – comme ayant des sympathies pour le bloc soviétique. L’alignement de la politique étrangère luxembourgeoise sur la politique étrangère belge n’est certes pas nouveau et s’insère dans la continuité des développements des liens d’amitié au sein du Benelux depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le remplacement du personnel politique et diplomatique, qui a lieu à l’avènement du premier gouvernement dirigé par Pierre Werner en 1959, explique beaucoup de cette méconnaissance des problèmes africains. Au début des années 1960, les anciens coloniaux qui étaient, à l’exception des missionnaires30, pratiquement les seuls ressortissants du Luxembourg à avoir résidé en Afrique, perdirent largement en influence sur la politique luxembourgeoise. Sentant une certaine indifférence de l’opinion publique, ils se firent plus discrets dans les médias grand-ducaux dès 1961–1962. Confrontées à l’ingratitude de la Belgique et surtout au désintérêt du monde politique luxembourgeois qui les avait courtisés avant l’indépendance du Congo, le travail des associations coloniales se focalisa dès lors sur la défense des intérêts financiers de leurs membres – tout en tentant de garder intact l’esprit de « camaraderie » coloniale empreinte de nostalgie. La disparition du lobby colonial fit que, même d’un point de vue électoral, les questions africaines perdirent leur importance aux yeux des politiciens luxembourgeois. Dans ce contexte, la logique d’influence est donc plutôt top down (des instances onusiennes et de la Belgique) que bottom-up, rappelant que la politique étrangère est souvent un savant acte d’équilibre entre diverses positions.

De manière plus fondamentale, aucun des trois grands partis gouvernementaux ne prit une position favorable à la décolonisation dans les années 1950 ou 1960. Seul le Parti communiste défendit à la Chambre, à de nombreuses reprises, les mouvements de libération nationale dans les colonies. Il est ainsi significatif que la politique française en Algérie ne fit pas vraiment l’objet de critiques, ni au parlement, ni dans la presse31. Il faudra attendre le milieu des années 1960, et surtout les années 1970, pour que les critiques de l’impérialisme s’expriment ← 320 | 321 → au Luxembourg. Avant de nous tourner vers ces évolutions dans le discours et la pratique politique, nous voudrions évoquer deux sujets qui montrent que le gouvernement luxembourgeois était dans l’ignorance et l’incapacité de contrôler l’ensemble des problématiques liées à la décolonisation. Nous allons ainsi évoquer le sujet des mercenaires, mais avant cela, attachons-nous à un chapitre peu connu de l’histoire économique luxembourgeoise, en l’occurrence l’affaire du trafic d’armes issus de la « Société luxembourgeoise d’Armes »32.

4.  La sulfureuse « Société luxembourgeoise d’Armes » (SOLA). Le Luxembourg comme soutien du FLN algérien ?

Le 5 octobre 1959, à l’aéroport de Bruxelles, les douanes belges saisirent un lot important de pièces détachées de mitraillettes dans un avion de la SABENA venant de Francfort-sur-le-Main et qui devait continuer son voyage vers Casablanca au Maroc. Les douanes belges et les autorités françaises estimaient que ces mitraillettes, destinées à un client marocain installé non loin de la frontière algérienne, devaient en fait parvenir au Front de libération national (FLN) algérien. Les caisses contenant ce chargement étaient étiquetées « outillage » mais portaient la marque de la « SOLA – Société luxembourgeoise d’Armes »33. Quelques mois plus tard, le 13 mai 1960, lors d’une perquisition effectuée à Paris, le contre-espionnage français saisit vingt-sept mitraillettes de calibre 9mm et soixante chargeurs de la marque SOLA dans un appartement de la rue du Faubourg-Saint-Honoré. Selon les éléments de l’enquête, il était flagrant que ces armes étaient destinées au FLN algérien34.

La SOLA avait été fondée le 17 janvier 1951. Son administrateur-délégué était Nicolas Scholer, par ailleurs principal propriétaire de la chaîne de magasins « Monopol ». La SOLA établit son usine à Ettelbrück et loua notamment un terrain à la ville pour la construction d’un bâtiment administratif35. Le 19 avril 1952, Nicolas Scholer obtint pour la société une autorisation ministérielle de cinq ans qui lui ← 321 | 322 → permettait d’acheter, d’importer, d’exporter et de fabriquer des mitraillettes36. La société commença rapidement la production. Bien qu’il soit à l’heure actuelle difficile de reconstituer les origines exactes de la société – les sources rapportant manifestement avant tout des rumeurs qui figuraient à l’époque dans la presse – il semble qu’elle fût fondée dans le but de transformer des fusils et mitraillettes de surplus provenant de production belge, voire d’armes de surplus de l’armée luxembourgeoise, afin de les revendre à des pays tiers37. Utilisant des méthodes brevetées en Belgique pour améliorer ces armes, il est probable que des hommes d’affaires belges se cachaient derrière le nom de Nicolas Scholer, mais les sources ne permettent pas de dire s’il était uniquement un homme de paille naïf ou un capitaliste sans scrupule voulant s’enrichir grâce au trafic d’armes. En tout cas, il est clair que la SOLA, qui n’employa jamais plus de 20 personnes sur le site d’Ettelbrück, n’était pas une entreprise rentable et malgré de nombreuses promesses d’achat, notamment de la Bundeswehr allemande, elle ne vendit finalement que peu. Les principales ventes à l’étranger se firent en direction de pays nord-africains ou sud-américains. Le 24 novembre 1958, la SOLA sollicita une prolongation de son autorisation pour la fabrication et surtout pour le commerce d’armes, alors même qu’elle n’en produisait déjà plus et qu’elle s’était, officiellement du moins, réorientée vers la production de machines spéciales pour l’industrie du caou­tchouc et des matières plastiques, ainsi que dans la construction de compresseurs de réfrigérateurs de caravanes destinés à être intégrés dans la production de la « Société industrielle de Vianden » (SIVIA) dont Nicolas Scholer était également le principal actionnaire38. Cependant, en janvier 1959, la SOLA avait encore en stock 2423 mitraillettes qui devaient être écoulées. Or, ces armes étant de qualité médiocre, elles ne se prêtaient pas à la vente à destination d’une armée régulière. A cette date, le parquet de Diekirch avait par ailleurs déjà ouvert une enquête contre Scholer à la suite d’une plainte pour trafic illégal d’armes39. En effet, dès le 22 octobre 1958, l’ambassadeur à Paris Robert Als avait informé le gouvernement luxembourgeois qu’il avait été convoqué au ministère des Affaires étrangères français, où on lui avait fait comprendre que les services secrets français avaient de très fortes présomptions qu’un marchand d’armes allemand avait passé commande de ← 322 | 323 → 3000 fusils mitrailleurs SOLA destinés à être fournis, en passant par la Tunisie ou par le Maroc, au Front de libération national (FLN) algérien qui combattait alors les troupes françaises40. L’ enquête lancée déboucha, en date du 30 janvier 1959, sur la condamnation de Nicolas Scholer à une amende pour détention illégale d’armes, vente illégale d’une mitraillette et omission de tenir le registre spécial des armes prescrit par la loi41.

Malgré cette condamnation et la non-prolongation de l’autorisation de fabriquer des armes, la SOLA continua à obtenir, avec l’aval du ministère de la Force publique, de celui de la Justice et de celui des Affaires étrangères, des licences d’exportation au moins jusqu’en 196142. La SOLA ne se contenta d’ailleurs pas des licences d’exportation accordées par les autorités luxembourgeoises, comme en témoignent les saisies d’armes en octobre 1959 à Bruxelles et en mai 1960 à Paris. Bien que le déroulement concret du trafic d’armes ne soit pas très clair, il semble pratiquement impossible que celui-ci ait pu avoir lieu sans complicité au sein de la direction de la société, voire sur initiative de celle-ci, ce qui, au vu des difficultés financières de l’entreprise et du stock invendu, apparaît tout à fait plausible43. ← 323 | 324 →

L’ administration luxembourgeoise semble d’ailleurs avoir laissé faire ce trafic jusqu’à un certain point, du moment que les intérêts de pays amis n’étaient pas trop froissés. Ce n’est qu’une fois le couteau sur la gorge que le gouvernement freina l’activité de la SOLA alors même qu’il connaissait, au moins depuis 1956, quelles intentions la firme poursuivait. En effet, un de ses représentants avait tâté le terrain auprès d’un fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères afin de connaître les possibilités pour éviter l’interdiction de réexportation à partir du pays de livraison vers un pays tiers44. Cependant, probablement parce que des personnalités du monde économique luxembourgeois étaient impliquées et que certains estimaient que le commerce d’armes pouvait avoir un potentiel économique pour le Luxembourg, le ministère des Affaires étrangères ne s’opposa pas, dans un premier temps, à ce trafic d’armes et ce en contradiction flagrante avec la politique de non-implication et de non-reconnaissance de l’Algérie qu’il poursuivait officiellement. Or, vu le nombre restreint de fonctionnaires qui composaient alors les services du ministère des Affaires étrangères, il est plus que douteux que ceux-ci n’aient pas été au courant de ce qui se passait réellement en sous-main. Les mêmes fonctionnaires qui avaient suivi l’affaire SOLA en 1959 et 1960 donnèrent ainsi des avis favorables pour les licences d’exportation d’armes présentées par la même firme en 1960 et 1961 et à destination de la même firme allemande que la SOLA avait pourtant accusée, en 1959, d’ être à l’origine d’un hypothétique échange du contenu des caisses. Un étrange document conservé dans les archives conforte l’hypothèse de la connaissance par le gouvernement, ou du moins par une partie de l’administration du ministère des Affaires étrangères, des dessous ← 324 | 325 → de cette affaire : une « note confidentielle » anonyme, rédigée en allemand et datée du 12 décembre 1969, confirme que des informations fiables indiquent que les armes SOLA étaient destinées au FLN algérien dans le cadre d’un trafic dirigé par Georg Puchert, trafiquant d’armes allemand assassiné le 3 mars 1959 à Hambourg. La note recommande au gouvernement de se contenter de répéter ce qui est déjà connu du grand public à ce moment-là, en l’occurrence que les paquets de la SOLA étaient mal étiquetés, et qu’il y a eu malveillance. Si le trafic d’armes devait être connu du grand public, on pourrait toujours justifier que le Luxembourg avait accordé des licences d’exportations d’armes à destination de l’Allemagne (où elles étaient pourtant déclarées à l’entrée comme outillage) et que ce sont les autorités marocaines qui auraient dû contrôler les marchandises à l’arrivée. Vu que le Maroc n’aurait aucun intérêt à lever le voile sur cette affaire, l’enquête ne produirait sans doute aucun résultat45. En 1961 l’usine SOLA d’Ettelbrück ferma définitivement ses portes.

L’expérience de la production d’armes au Luxembourg avait fait long feu et avait procuré bien trop de soucis au gouvernement qui, dans un premier temps, avait ← 325 | 326 → cependant vu dans l’expérience SOLA un moyen de contribuer aux efforts luxembourgeois à l’OTAN. Par ailleurs, lorsque les représentants de la SOLA se rendaient dans des pays lointains pour présenter leur production à de potentiels acheteurs, les armes de démonstration voyageaient par valise diplomatique : Scholer ou un de ses collaborateurs se rendait au ministère des Affaires étrangères à Luxembourg, où le paquet était scellé, et récupérait ensuite la marchandise auprès de l’ambassade ou du consulat le plus proche de sa destination46. Il semble cependant que peu de choses sur cette affaire étaient connues du grand public au Luxembourg. La presse luxembourgeoise n’a vraisemblablement que peu suivi l’affaire SOLA en 1959 et 1960. Certains organes de presse, tel le « Letzebuerger Land », défendirent d’ailleurs la société luxembourgeoise en arguant, contre toute évidence, que les accusations des autorités françaises étaient fantaisistes47.

Même si les livraisons d’armes luxembourgeoises sont somme toute très anecdotiques dans le cadre de la guerre d’Algérie, elles révèlent cependant des processus de prise de décision interpellants. Le petit groupe d’intérêt autour de Nicolas Scholer avait réussi à convaincre le ministère des Affaires étrangères de ne pas s’opposer à un trafic qui était en porte-à-faux avec les intérêts du Grand-Duché et qui s’opposait de manière flagrante à l’alliance franco-luxembourgeoise. On pourra ainsi se poser la question si cette affaire impliquant une entreprise privée, œuvrant dans le domaine particulièrement sensible de la production et de la vente d’armes, n’est pas un révélateur d’une certaine soumission de l’administration luxembourgeoise à des intérêts privés, ou du moins d’une collusion entre l’administration et une société privée particulière. L’amateurisme dont firent cependant preuve aussi bien les trafiquants d’armes luxembourgeois que l’administration, qui fit semblant de ne pas être au courant de ce qui se passait, témoigne d’une incapacité à gérer les risques résultant de telles entreprises illégales en contradiction avec la politique étrangère de non-implication dans les conflits de décolonisation. N’est pas Machiavel qui veut !

Or, il n’y eut pas uniquement des armes luxembourgeoises qui servirent dans des conflits de décolonisation. Si, dans le cadre de l’affaire SOLA, les autorités luxembourgeoises firent preuve d’une complicité tacite et laissèrent faire les choses, ils se montrèrent impuissants à enrayer l’engagement de combattants luxembourgeois dans la Légion étrangère et d’autres corps de mercenaires. Bien qu’il soit en effet très difficile de donner une estimation du nombre de Luxembourgeois ← 326 | 327 → engagés, par exemple dans la Légion étrangère française ou ayant combattu dans les rangs des mercenaires au service du Katanga au Congo anciennement belge dans les années 1960, certains rapports du gouvernement permettent l’hypothèse que ce chiffre était alors en augmentation. En particulier pour la Légion étrangère, on constate pendant les périodes d’engagement dans des conflits coloniaux – notamment durant la guerre d’Indochine et la guerre d’Algérie – une recrudescence dans le recrutement de jeunes Luxembourgeois. Ainsi, en février 1961, sur base de divers renseignements récoltés au Luxembourg, le service de la Sûreté publique de la Gendarmerie grand-ducale compte 59 ressortissants luxembourgeois engagés dans la Légion étrangère, auxquels il faut ajouter 12 personnes rentrées récemment, et dénombre 4 légionnaires luxembourgeois décédés en Indochine depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale48. Les rapports que rédigea la Sûreté publique sur les Légionnaires luxembourgeois entre 1959 et 1961 avaient été diligentés par le gouvernement suite à une polémique concernant des articles parus dans la presse belge et luxembourgeoise, alléguant que certains jeunes gens, partis à la Légion étrangère, avaient été soit enlevés, soit drogués par des agents recruteurs sans scrupule, avant de signer leur contrat d’engagement. Le gouvernement avait été interpellé à ce sujet à la Chambre des Députés par un jeune député et avocat qui comptait parmi ses clients plusieurs familles de parents de Légionnaires qui tentaient, souvent sans succès, d’obtenir que leur fils soit renvoyé de la Légion49. Ce jeune député s’appelait Gaston Thorn et allait, quelques années plus tard, contribuer largement, en tant que ministre des Affaires étrangères et Premier Ministre, à réorienter la politique étrangère luxembourgeoise en direction du « Tiers-Monde », comme on disait à l’époque pour désigner les pays pauvres d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique du Sud, dont beaucoup étaient d’anciennes colonies50. ← 327 | 328 →

5.  Le Luxembourg face à l’émergence du « Tiers-Monde » : évolution de l’opinion publique et nouvelle orientation de la politique d’aide au développement

Thorn devient ministre des Affaires étrangères en 1969 et le reste jusqu’en novembre 1980, cumulant cette charge avec celle de président du gouvernement de 1974 à 1979. Son action s’insère dans une période marquée par la détente entre les blocs de l’Ouest et de l’Est, mais aussi par des changements sociétaux très importants, dont les mouvements de Mai 68 sont le symbole. Les mentalités et la pensée politique évoluent également au Luxembourg, probablement en grande partie grâce à de nombreux jeunes qui ont fréquenté, en tant qu’étudiants, les milieux progressistes dans les villes universitaires à l’étranger. Paris apparaît ainsi comme un des principaux centres de renouvellement de la pensée au sujet des anciennes colonies. Les nombreux étudiants luxembourgeois y rencontrent, à l’université et dans les cafés, les intellectuels de l’époque et discutent beaucoup de politique et de philosophie. Même si tous les étudiants luxembourgeois ne participent pas à ces cercles de discussion situés politiquement à gauche – loin s’en faut – les idées articulées notamment à la suite de Jean-Paul Sartre, tout comme l’évolution des mœurs et le mélange des peuples, par exemple à la Cité internationale universitaire, où beaucoup de Luxembourgeois résident, favorisent l’émergence de nouvelles idées51. Ceci est également vrai pour les étudiants luxembourgeois en Allemagne, où le mouvement étudiant est aussi très vivant.

Cette confrontation avec les idées venant de l’étranger se ressent au Luxembourg dans les commentaires sur l’impérialisme et le colonialisme. En effet, l’étude de la presse nous apprend que pratiquement personne – si ce n’est peut-être, par moments, le parti communiste – ne s’exprime en faveur des mouvements de décolonisation avant 1960 et ce, alors même qu’il était devenu clair, dès le milieu des années 1950, que l’indépendance des colonies ne pourrait pas être évitée52. Tout au plus entend-on de rares voix qui s’élèvent alors contre le régime d’apartheid en Afrique du Sud53. Ce n’est qu’au milieu des années 1960 qu’apparaissent les ← 328 | 329 → premiers articles défendant une position franchement anti-impérialiste dans le périodique « La Voix des Jeunes » de l’association estudiantine de gauche “Assoss” (Association générale des étudiants). La disparition du système colonial permit d’autres évolutions dans les mentalités : les frontières « raciales » qui séparaient encore strictement les colonisés des colonisateurs dans l’entre-deux-guerres avaient commencé à se fissurer dès les années 1950. On retrouve, par exemple, de plus en plus d’étudiants issus des colonies ou anciennes colonies dans les universités européennes et on constate notamment une hausse du nombre de relations amoureuses et de mariages entre étudiants venant de continents différents. Plusieurs cas de mariage de jeunes filles luxembourgeoises avec des ressortissants africains, principalement des Nord-Africains, sont documentés dès les années 195054. Bien que très minoritaires, ces relations témoignent de l’évolution des mœurs.

Au moment où le Luxembourg n’a plus d’intérêts coloniaux directs, puisque le Congo est déjà indépendant, les idées neuves rapportées par les étudiants depuis leurs universités commencent alors à influencer une partie de l’opinion publique luxembourgeoise qui, peu à peu, se politise et se polarise. Ce sera parmi cette population d’intellectuels de gauche que se recruteront les membres de nouveaux mouvements sociaux, notamment d’inspiration tiers-mondiste, dans les années 1970 et 1980.

Ces personnes critiquent notamment la position du gouvernement qui, face à une opinion publique majoritairement indifférente à ces questions, avait suivi, durant les années 1960, la politique en direction du « Tiers-Monde », comme on commençait alors à désigner ces pays, prônée au sein des Communautés européennes, de l’OTAN et, plus spécifiquement, par la Belgique. Le Grand-Duché avait ainsi été sollicité à de nombreuses reprises par les nouveaux États issus de la décolonisation afin qu’il les reconnaisse formellement – ce qu’il fit lorsque ces États étaient également reconnus par l’ONU55. Le gouvernement ne voulait pas s’impliquer davantage. ← 329 | 330 →

Entre 1960 et 1962, par mesure de précaution et en s’alignant encore une fois sur ce que faisaient la Belgique et les Pays-Bas, le Luxembourg tenta de recenser ses ressortissants vivant dans des pays extra-européens où l’on craignait des troubles. L’intérêt pour le « Tiers-Monde » se résumait ainsi à considérer ces régions comme des zones à risque. Le gouvernement tenta même de s’assurer que des places, qui pourraient être utilisées pour l’évacuation des Européens en cas de besoin, seraient réservées aux Luxembourgeois dans les avions de la SABENA et de la KLM56. Cette mesure avait déjà été prise en faveur des Luxembourgeois résidant en Algérie, lorsque les Européens commencèrent à fuir massivement l’ancienne colonie française. Cependant, les archives luxembourgeoises ne nous renseignent pas si un ressortissant luxembourgeois profita de l’opportunité d’être rapatrié en Europe ou s’il s’agissait uniquement d’une possibilité théorique57.

L’évolution des mentalités, l’attrait de la coopération technique et de l’aide au développement, liés à la critique de plus en plus prononcée de l’impérialisme et catalysée par l’opposition d’une grande partie de la population européenne et américaine à l’intervention des États-Unis au Vietnam, trouvèrent un terreau favorable auprès d’une partie de la jeunesse. L’éclatement idéologique de la gauche, symbolisé au Luxembourg par l’atomisation des mouvements étudiants issus des scissions de l’« Assoss », tout autant que la volonté de beaucoup de personnes moins politisées de s’engager, furent à la base de la création de nombreux nouveaux mouvements sociaux sensibles aux revendications tiers-mondistes58. C’est cependant dans le camp chrétien que se développèrent les premières associations d’aide au développement ← 330 | 331 → qui voulaient rompre avec l’esprit missionnaire de l’Église de la période coloniale59. On pourra citer ici les laïcs engagés par la Caritas dès les années 1960 ou les projets de coopération lancés par les « Jongbaueren an Jongwenzer » (jeunes paysans et vignerons) en Haute-Volta (Burkina Faso actuel) entre 1959 et 196960. Une des principales organisations issue de la mouvance catholique fut l’« Action Formation des Cadres » (AFC) qui devint par après l’« Action Solidarité Tiers-Monde », créée au milieu des années 1970 par de jeunes gens issus de la « Jeunesse estudiantine chrétienne » (JEC), proche de l’ordre missionnaire des Jésuites. L’AFC eut une influence non négligeable sur l’élaboration des premières lois luxembourgeoises sur l’aide au développement61. Ainsi, les missionnaires prosélytes furent peu à peu remplacés par des laïcs participant à l’« assistance technique » dans les pays du Sud62.

Si, dans les années 1960, il semble que l’aide au développement, tout comme l’Afrique et l’Asie de manière générale, ne jouèrent qu’un rôle subordonné dans la politique étrangère grand-ducale, ceci changea dans les années 1970, en partie grâce aux pressions des groupes décrits ci-dessus. Ils trouvèrent dans le libéral Gaston Thorn un homme politique qui ne leur donnait pas entièrement tort. Thorn réorienta la politique étrangère du pays : il ne se contenta pas uniquement de faire participer le Grand-Duché aux organisations multilatérales internationales, tel que les Communautés européennes, l’ONU ou l’OTAN, mais développa aussi les relations bilatérales du Luxembourg avec de nombreux États du globe. Il avait également un grand intérêt pour les pays du « Tiers-Monde ». Dans sa jeunesse déjà, il avait eu de très nombreux contacts avec des organisations estudiantines africaines, alors qu’il était président de l’« Union nationale des étudiants luxembourgeois » (UNEL) et président de la Conférence mondiale des étudiants. Surnommé dès cette époque « Gaston l’Africain », il affina sa connaissance de ce ← 331 | 332 → continent lorsqu’il prit la présidence de la commission Europe-Afrique à l’Assemblée parlementaire européenne de 1959 à 196963. Devenu ministre des Affaires étrangères, Thorn eut à plusieurs reprises l’occasion d’utiliser ses talents de médiateur au sein du Conseil des Ministres des Communautés européennes pour faciliter le dialogue entre les anciennes colonies africaines et les anciennes métropoles64. Thorn voulut, dès 1969, que le Luxembourg atteigne le but recommandé par l’ONU d’investir 0,7 pourcent du PIB dans l’aide au développement. Il répéta à plusieurs reprises que le Luxembourg ne faisait pas cela afin de compenser une quelconque culpabilité remontant à l’époque coloniale, puisque le Grand-Duché n’avait jamais eu de colonie, mais présentait cette aide comme magnanime et généreuse – alors qu’il devait connaître la réalité historique de la participation active d’une partie de la population luxembourgeoise à la colonisation du Congo et même l’implication de mercenaires luxembourgeois dans les conflits de décolonisation, puisqu’il avait été l’avocat de familles de Légionnaires65. Malgré les libertés qu’il prit dans la représentation du passé, Gaston Thorn, qui poursuivait par ailleurs une politique assez ouverte en direction des pays communistes, réorienta la politique étrangère luxembourgeoise vers des positions plus globales, alors que le Grand-Duché avait été présent, jusque-là, avant tout sur le parquet européen. Ces changements d’orientation procédaient à la fois de son tempérament et de son intérêt personnel pour les relations internationales, mais répondaient aussi assurément aux aspirations d’une grande partie de l’électorat de centre-gauche qui, dans les années 1970, restait marqué par l’internationalisme et par l’engagement dans, ou du moins la sympathie pour, les nouveaux mouvements sociaux. ← 332 | 333 →

6.  Conclusions

Comme la plupart des pays européens, le Luxembourg dut procéder à une reconfiguration importante de sa politique étrangère entre les années 1950 et le milieu des années 1970. Bien que le pays n’ait jamais été de jure un État colonial, il profita largement de la participation de nombreux ressortissants luxembourgeois au système colonial au Congo belge. Alors que la question coloniale fut, tout aussi peu que la question de l’aide au « Tiers-Monde » par après, une des pré­occupations centrales des politiciens luxembourgeois, les lobbys issus du monde colonial d’abord, des organisations non-gouvernementales d’aide au développement ensuite, réussirent cependant à influencer la politique gouvernementale. Suivant une logique qu’on pourrait qualifier de bottom-up, une partie de la société civile luxembourgeoise participa ainsi au positionnement du Grand-Duché dans de nombreuses questions ayant des implications internationales. Ces groupes de pression pouvaient être plus ou moins grands, regrouper plusieurs centaines d’électeurs potentiels, s’incarner dans la personne d’un consul honoraire zélé ou représenter une seule entreprise ayant des intérêts économiques à défendre. L’analyse de ces quelques cas de prise d’influence, même limitée, révèle les marges de manœuvre de certains acteurs non-gouvernementaux dans les questions de politique internationale. Des associations de coloniaux aux nouveaux mouvements sociaux tiers-mondistes en passant par une entreprise privée, il s’agit ici d’acteurs de types et d’envergure très différents. Les associations de coloniaux défendirent les intérêts de leurs membres jusqu’en 1960 et eurent un poids sur le discours du gouvernement qui se présenta comme favorable au système colonial. Ceci fut sans doute dû au poids électoral que les coloniaux et leurs familles avaient au Luxembourg. Cela changea dès 1960. Après l’indépendance du Congo belge, les intérêts coloniaux du Luxembourg disparaissent et le discours pro-colonial des partis politiques luxembourgeois est mis en sourdine. C’est sous l’influence des nouveaux mouvements sociaux et des développements internationaux des années 1960 et 1970 que le discours politique évolua. Le poids de l’électorat sensible à ce nouveau discours tiers-mondiste qui s’insérait parfaitement dans l’évolution des mentalités politiques s’exprima aussi dans le regain des forces de centre-gauche au Luxembourg dans les années 1970. Ces évolutions dans le discours et dans la pratique politique – nous pensons ici notamment aux budgets alloués dès 1969 à l’aide au développement – furent notamment le résultat de pressions, nous dirions aujourd’hui de l’influence de « lobbys », de types différents.

Ainsi donc, les différents gouvernements eurent parfois difficile à conjuguer les revendications de certaines parties de l’électorat avec les attentes des instances internationales comme la CEE, l’OTAN ou l’ONU. Le pouvoir d’influence de la ← 333 | 334 → société civile fut cependant par moments bien réel même si, dans certains dossiers, c’était la fidélité aux alliances internationales, considérées dès 1944 comme les meilleurs garants de l’indépendance du pays, qui prima. L’ élan participatif et démocratique avait donc aussi ses limites.

En nous référant à la thématique générale de la participation politique démocratique de groupes minoritaires au Grand-Duché, nous pouvons affirmer qu’aussi bien les coloniaux que plus tard les coopérants participèrent, chacun à leur manière et dans une période bien délimitée, à la définition de la politique étrangère luxembourgeoise. Le cas de la SOLA détonne dans ce contexte, puisqu’il s’agit d’une société privée, d’envergure assez modeste, qui réussit cependant à convaincre le Ministère des Affaires étrangères de couvrir un trafic d’armes en direction du FLN algérien, ce qui était en totale opposition avec la politique d’alliance du Grand-Duché avec la France66. Bien qu’il s’agisse ici d’échelles très différentes, les cas présentés montrent divers moyens de participation politique de groupes défendant des positions et thématiques qui n’étaient pas majoritaires électoralement. Ne pouvant nullement prétendre à un poids politique comparable à celui de l’Église catholique ou des syndicats libres par exemple, ces acteurs eurent une influence réelle sur des questions qui n’intéressaient le plus souvent les membres du gouvernement ou les députés que de façon marginale. Quant à l’administration, c’est en partie à cause de l’absence de compétences réelles en la matière en son propre sein qu’elle s’en remit, dans la limite des possibilités offertes par les obligations ← 334 | 335 → internationales, aux connaissances que lui apportaient des organisations non-gouvernementales, tout en refusant de suivre toutes leurs demandes.

L’évolution de la politique luxembourgeoise en direction de l’Afrique, qui passa d’une politique soutenant le système colonial dans les années 1950 à une politique d’aide au développement marquée par le Tiers-mondisme dans les années 1970, est à la fois la conséquence des évolutions internationales, et celle de pressions exercées à l’intérieur du pays. ← 335 | 336 →


1 Trausch, Gilbert (éd.), Belgique-Luxembourg. Les relations belgo-luxembourgeoises et la Banque Générale du Luxembourg (1919–1994), Luxembourg: BGL, 1995 ; Werner, Helma, Präsenz, Wirken und Integration von Deutschen in Luxemburg – vom Wiener Kongress bis zum Ersten Weltkrieg. (1815–1914). Katalog zur Ausstellung, Luxembourg : Deutscher Verein, 2013 ; Dollar, Jacques, Les Luxembourgeois et la France de Poincaré à Pompidou, Luxembourg : Imprimerie Saint-Paul, 1974.

2 Heisbourg, Georges, CD et CC, in : Hémecht 37/3 (1985), p. 369–382 ; Spang, Paul, La représentation diplomatique du Grand-Duché de Luxembourg de 1815 à 1947, in : Hémecht. 43/4 (1991), p. 563–570 ; Trausch, Gilbert, The Ministry of Foreign Affairs in the Grand-Duchy, in : The Times Survey of Foreign Ministries in the World, London-Westport 1982, p. 345–361. On trouvera une bonne synthèse du développement des relations diplomatiques luxembourgeoises dans Birchen, Marc, Die Firmenbeteiligungen der ARBED im Osteuropa der Nachkriegszeit. Luxemburger Wirtschaftsdiplomatie im Kalten Krieg (Luxemburg-Studien/Études luxembourgeoises, 7), Frankfurt am Main : Peter Lang, 2015, p. 38–72.

3 Gonner, Nicolas, Die Luxemburger in der Neuen Welt. Illustrierte Neuausgabe der Originalausgabe von 1889 in 2 Bänden. Ed. par Jean Ensch e. a., Esch-sur-Alzette / Foetz : Schortgen / Kremer-Muller, 1985–1986, 2 vols ; Wey, Claude, L’émigration luxembourgeoise vers l’Argentine, in : Reuter, Antoinette (éd.), Luxembourg : histoires croisées des migrations (Migrance, 20), Paris : Mémoires-Génériques 2002, p. 28-49 ; Wey, Claude, Chasseurs de plantes, botanistes et naturalistes luxembourgeois au Brésil (XVIIe – XXe siècles), in : Bulletin de la Société des naturalistes luxembourgeois 115 (2014), p. 11–78 ainsi que de nombreux ouvrages issus du milieu des généalogistes.

Sur cette période marquée par la « Première mondialisation », voir Berger, Suzanne, Notre première mondialisation. Leçons d’un échec oublié, Paris : Seuil, 2003 ; Cooper, Frederick, Le concept de mondialisation sert-il à quelque chose ? Un point de vue d’historien, in : Critique internationale, 10 (2001), p. 101–124. Pour le Luxembourg, voir particulièrement : Mousset, Jean-Luc, L’industrialisation du Luxembourg de 1800 à 1914 : guide du visiteur, Luxembourg : Musée national d’histoire et d’art, 1994. Pour relever l’exemple des rosiéristes luxembourgeois : Jeck, Marc, Roses, in : Kmec, Sonja / Péporté, Pit (éd.), Lieux de mémoire au Luxembourg / Erinnerungsorte in Luxemburg, vol. 2, Luxembourg : Saint-Paul (2012), p. 193–198.

4 Moes, Régis, « Cette colonie qui nous appartient un peu ». La communauté luxembourgeoise au Congo belge. 1883–1960, Luxembourg : Editions Lëtzebuerger Land / Fondation Robert-Krieps, 2012 ; Thiel, Marc, « Ech war am Congo ». Les Luxembourgeois au Congo belge : La vision coloniale. Projet d’histoire orale menée sur initiative du CNA (Centre national de l’Audio-Visuel), in : Hémecht 52/4 (2000), p. 381–451.

5 Wey, Claude (éd.), Le Luxembourg des années 1950. Une société de petite dimension entre tradition et modernité (Publications scientifiques du Musée d’Histoire de la Ville de Luxembourg, 3), Luxembourg : MHVL, 1999. Voir le film documentaire D’Fifties, réal. par Andy Bausch, Luxembourg : Paul Thilges Distributions, 2014. Voir aussi les livres populaires de Krings, Bibi, Lëtzebuerg an de 50er Joeren. Cola, Knätsch & Rock’n’Roll, Esch/Alzette : Schortgen, 2006 ; eadem, Lëtzebuerg an de 60er Joeren. Mini, Pop & Flower Power, Esch/Alzette : Schortgen, 2007.

6 Certes, depuis quelques années, une forte communauté capverdienne s’est établie au Grand-Duché. Cependant, cette immigration est sans doute à considérer comme complémentaire à celle venant du Portugal, ancienne puissance coloniale au Cap-Vert.

7 Droz, Bernard, Histoire de la décolonisation au XXe siècle, Paris : Seuil, 2006 ; Peyrelou, Jean-Pierre / Le Goff, Fabrice, Atlas des décolonisations. Une histoire inachevée, Paris : Autrement, 2014.

8 Discours de Mathias Thill au VIIe Congrès de la Fédération Internationale des Coloniaux et Anciens Coloniaux tenu à Luxembourg le 17, 18 et 19 juin 1938, in : Bulletin du Cercle Colonial Luxembourgeois 9/5–4, 4 août 1938, p.93–126, cité dans Moes, Cette colonie (note 4), p.13.

9 Moes, Cette colonie (note 4).

10 Ibidem, p. 99–112. Pour la perception des embûches mises à l’avancement des Luxembourgeois au Congo, voir notamment MAX [Marcel Koedinger], A propos d’un article, in : Bulletin du Cercle Colonial Luxembourgeois, nouv. série n° 1, 16 janvier 1959, p. 18.

11 Ainsi, lorsqu’en 1956 des coloniaux réclamèrent que les Luxembourgeois soient également admis comme officiers dans la Force publique, comme on appelait l’armée coloniale belge, l’ambassadeur à Bruxelles Lambert Schaus estima que, faute de candidats, il ne servait à rien d’intervenir auprès des autorités belges. Archives Nationales de Luxembourg (ANLux), AE 11126 : Lambert Schaus, Mémoire concernant les intérêts luxembourgeois au Congo belge, 13 mai 1957, p. 5. Voir aussi ANLux, AE 12017 : Lettre du 9 août 1956 de l’Association coloniale Luxembourg-Outremer (LUXOM) à J. Bech, Ministre d’Etat et des Affaires étrangères, 9 août 1956. Pour un plus long développement sur cette affaire, voir Moes, Cette colonie (note 4), p. 108–110.

12 Voir : Lois sociales, in : Tam-Tam, 2/3–4 (1955), p. 15 ; Koedinger, Marcel, La question sociale, in : Bulletin du Cercle colonial luxembourgeois (CCL), n° 20, 10 janvier 1958, p. 10 ; idem, Et notre pension ?, in : Bulletin du CCL, nouv. série n° 8, 1er juillet 1961, p. 163–164 ; Page sociale, in : Bulletin du CCL, nouv. série n° 4, 28 septembre 1961.

13 ANLux, AE 11126, Lambert Schaus, « Mémoire concernant les intérêts luxembourgeois au Congo belge », 13 mai 1957, p. 15–16.

14 Voir Moes, Cette colonie (note 4), p. 324.

15 Agissant tout d’abord sous le nom « Alliance coloniale Luxembourgeoise » (ACOL), elle fut rebaptisée LUXOM en 1953. Pour le détail de l’historique de constitution des associations coloniales, voir ibidem, p. 175–179 et p. 225–231.

16 Arrêté ministériel du 24 mars 1953, portant institution d’une commission spéciale d’experts pour l’étude et la résorption du chômage intellectuel, in : Mémorial du Grand-Duché de Luxembourg, n° 9, 7 avril 1953, p. 327–328.

17 Voir notamment Georges, Fernand, Jugend auf Stellungssuche, in : Trois Flèches, n° 1, s.d. [ca. septembre 1950].

18 Voir Moes, Cette colonie (note 4), p. 338.

19 Avant 1948, ce fut principalement le Consul honoraire du Luxembourg à Bruxelles Nicolas Cito, lui-même ancien colonial, qui intervint. Après sa démission pour raisons de santé, le dossier des Luxembourgeois au Congo fut directement repris par la Légation, puis, dès 1956, par l’Ambassade du Luxembourg à Bruxelles.

20 ANLux, AE 16495 : Rapport du voyage de Paul Elvinger et de Nicolas Hommel au Congo, dans la lettre 538/60-nh/sm-44/11 de ce dernier au Ministre des Affaires étrangères Eugène Schaus du 8 juillet 1960. Une autre copie de ce même rapport se trouve dans ANLux AE 11129.

21 Bildung eines Aktionskomitees der Kongo-Luxemburger, in : Luxemburger Wort, 9 août 1960.

22 ANLux, AE 12015, Note concernant la situation et les possibilités d’incorporer nos techniciens au Congo dans les services de l’O.N.U., 19 août 1960.

23 ANLux, AE 12015, Memorandum. Réunion concernant les fonctionnaires de certaines administrations, désireux de se rendre au Congo pour y servir sous l’égide de l’O.N.U., 16 novembre 1960.

24 Par exemple : Der Empfang bei den Ministern war selbstverständlich immer sehr warm gewesen, wie das sich seitens guter Politiker schickt. Versprochen wurde vor allem sehr viel, aber gehalten natürlich viel weniger [Les ministres nous reçurent toujours chaleureusement, comme il se doit pour de bons politiciens. On nous promit beaucoup de choses, mais très peu de ces promesses furent tenues]. Kintzele, M., « Chronik der Auslands-Luxemburger (4) », in : Tageblatt, 27 avril 1961. Un peu plus tard, Kintzelé ajoute : Nach unserm Erachten also ließ seitens der Regierung die Eingliederung der Kongolesen in den Luxemburger Arbeitsprozeß zu wünschen übrig, obschon sich der eine oder andere höhere Verwaltungsbeamte ehrlich darum bemühte [A notre avis, le gouvernement a négligé l’intégration des Congolais sur le marché du travail luxembourgeois, même si l’un ou l’autre haut fonctionnaire s’en est sincèrement soucié], Kintzele, Marcel, Chronik der Auslands-Luxemburger, in : Tageblatt (16 mai 1961).

25 Deux autres consuls honoraires, moins actifs cependant que Delvaux, furent créés à Bukavu et à Elisabethville.

26 Ainsi jusqu’à la fermeture du consulat de Léopoldville, celui-ci continua d’utiliser l’adresse télégraphique de « Redelco », acronyme de la société des frères Delvaux.

27 Pour le Sénégal et le Mali, malgré la reconnaissance officielle de leur indépendance dès 1960, les premières relations diplomatiques et de coopération remontent à 1997. Cf. Sénégal-Luxembourg. Coopération au développement, URL : http://www.lux-development.lu/files/documents/SEN_280514_light.pdf [dernier accès le 10 juillet 2016]. Une ambassade luxembourgeoise existe également, principalement pour des raisons d’aide au développement, à Ouagadougou (Burkina Faso). Le Luxembourg est par ailleurs représenté à l’heure actuelle auprès de l’Union africaine par un ambassadeur avec résidence à Genève, mais disposant d’un bureau avec des collaborateurs à Addis Abeba (Éthiopie), siège de l’Union africaine. Cf. Missions diplomatiques et consulaires luxembourgeoises, URL : http://www.gouvernement.lu/4505327 [dernier accès le 31 août 2015]. Dans les autres pays, les relations diplomatiques luxembourgeoises se font à travers les représentants diplomatiques néerlandais, la protection consulaire pouvant être exercée par les consuls néerlandais et belges.

28 Voir entre autres ANLux AE 11129, Lettre d’E. P. N. à Paul Elvinger, 6 août 1960.

29 ANLux AE 12017, Lettre de l’Ambassadeur du Luxembourg à Bruxelles au Ministre des Affaires étrangères à Luxembourg du 23 novembre 1960 et Minute de la lettre du Ministre des Affaires étrangères à l’Ambassadeur du Luxembourg à Bruxelles du 8 décembre 1960.

30 Moes, Régis, Le clergé catholique luxembourgeois et le monde : Historiographie des missionnaires du Grand-Duché de Luxembourg en Asie et en Afrique (19e-20e siècles), in : Hémecht 66/3–4 (2004), p. 463–486.

31 Sur l’attitude du Tageblatt sur ces questions voir notamment Moes, Régis, Le Tageblatt et la question coloniale (1913–1960), in : Scuto, Denis / Steichen, Yves / Lesch, Paul (dir.), Le siècle du Tageblatt. Vol. 2: Un journal dans son siècle. Tageblatt 1913–2013, Esch/Alzette : Ed. Le Phare, 2013, p. 146–154.

32 Je remercie Pit Kaiser, Claude Lanners et Fabienne Pietruk de m’avoir rendu attentif à l’histoire de cette société.

33 ANLux, AE 11984, Sûreté Publique de la Gendarmerie grand-ducale luxembourgeoise au Parquet Général de Luxembourg (Copie), (23 novembre 1959), p. 1.

34 ANLux AE 11983, D’importants documents F.L.N. et un stock d’armes sont saisis à Paris. Une dizaine d’arrestations (coupure d’un article de presse) (s.d.).

35 Les autres actionnaires étaient : Roger-Henri de Somzee, industriel à Bruxelles, Eugène Rouff, directeur de banque à Luxembourg, Antoine Scholer, commerçant à Luxembourg, Isidore Scholer, commerçant à Luxembourg, Léon Scholer, commerçant à Luxembourg. Cf. SOLA, URL : http://www.industrie.lu/sola.html [dernier accès le 10 juillet 2016].

36 ANLux AE 11984, le Ministre de la Justice au Ministre d’État, Président du gouvernement (27 janvier 1959).

37 Voir Huon, Jean, Les pistolets-mitrailleurs SOLA, in : Cibles, 11/2013, p. 64–69. Merci à Pit Kaiser de m’avoir transmis cet article.

38 Ibidem.

39 ANLux AE 11983, Le Ministre de la Justice au Ministre d’État, Président du gouvernement (27 janvier 1959).

40 Cité dans ANLux AE 11983, Ministre de la Justice au Ministre d’État, Président du gouvernement (27 janvier 1959). Dans un courrier ultérieur, Robert Als indiquait cependant, comme entretemps l’enquête à Luxembourg n’avait pas permis de confirmer les doutes français, que c’est déjà la 2ème ou 3ème fois qu’une enquête de la Sûreté effectuée à la suite d’interventions expresses du Gouvernement français ne donne aucun résultat. L’avenir devait lui donner tort. ANLux AE 11983, l’Ambassadeur du Luxembourg à Paris Robert Als au Ministre d’État, Ministre des Affaires étrangères Joseph Bech (3 décembre 1958).

41 ANLux AE 11983 Rapport de la Sûreté publique au Ministère de la Justice (28 mars 1960).

42 Voir différents documents dans ANLux AE 11984.

43 La Sûreté luxembourgeoise établit que les bordereaux de douanes étaient falsifiés dès le départ d’Ettelbrück, puisque les marchandises en question qui étaient expédiées en train vers l’aéroport de Francfort, étaient déclarées comme « outillage » dès leur entrée sur territoire allemand. En Allemagne, les marchandises transitèrent par différents hommes de main avant d’être expédiées par avion, via Bruxelles, au Maroc. La Sûreté établit que le poids des colis et caisses déclarés au départ était identique à celui déclaré à l’arrivée, de sorte que l’affirmation des responsables de la SOLA que les marchandises avaient été échangées par les intermédiaires allemands ne tient pas la route. Les déclarations contradictoires faites par les différents acteurs et le peu de moyens à disposition de la Sûreté luxembourgeoise laissent par ailleurs planer de nombreuses zones d’ombre. Les dossiers conservés aux Archives nationales ne permettent cependant pas de retracer le chemin des armes retrouvées en mai 1960 à Paris. Voir les copies des différents rapports de la Sûreté publique luxembourgeoise dans les dossiers ANLux AE 11983 et ANLux AE 11984. Un article récent dans une revue de collectionneurs d’armes donne une version un peu différente en se basant sur les mémoires d’un ancien agent secret français qui fait intervenir une « belle blonde » qui bernait les douaniers allemands, tout en affirmant que le trafic d’armes était lié au trafiquant d’armes allemand d’origine lettonne Georg Puchert, assassiné à Francfort le 5 mars 1959. Huon, Jean, Les pistolets-mitrailleurs SOLA (note 37). Remarquons que les articles de presse contemporains des faits relatant les perquisitions de mars 1960 à Paris font également intervenir une « étudiante allemande blonde » qui aurait attiré l’attention de la DST à cause de ses fréquents déplacements entre le Benelux, l’Allemagne et la France. Il est donc extrêmement difficile de faire la part des choses entre ce qui relève du roman d’espionnage et de la réalité historique dans cette affaire. Voir ANLux, AE 11983, D’importants documents F.L.N. et un stock d’armes sont saisis à Paris. Une dizaine d’arrestations (Coupure d’un article de presse) (s.d.).

44 Georges Heisbourg, diplomate alors en poste au ministère à Luxembourg, avait informé le ministre Joseph Bech de cette entrevue. Voir : ANLux, AE 11983, Note au dossier (20 février 1956).

45 Voici quelques extraits originaux de cette note : Inzwischen haben wir die Sache bis nach Marokko verfolgt und alle unsere Ermittlungen genauestens überprüft. Es handelt sich um einen großangelegten Schmuggel mit Kriegsmaterial jeder Art, der anfangs von den inzwischen von der französischen Organisation „Main-Rouge“ [on estimait à l’époque que la „Main-Rouge“ ou „Rote Hand“ était le bras armé des services secrets français DGSE] ermordeten Puchert dirigiert wurde […]. Sie interessiert ja nur, weiweit [sic] die luxemburgische Firma „SOLA“ in die Sache verwickelt ist. Nun ich kann Ihnen formell bestätigen, dass alle von der Firma „SOLA“ angeblich an die Firma HEYM in Bad-Kissingen abgeschickten Maschinenpistolenteile im Transit über Frankfurt/M. und Brüssel nach Marokko-Algerien transportiert wurden. In dieser Hinsicht besteht nicht der mindeste Zweifel […] Angesichts des Umfanges des in Frage stehenden Schmuggels, ist die [Sache] „SOLA“ eine Bagatelle. Das Vernünftigste wäre unserer Meinung, [dass] die Luxemburger Regierung sich an die bisher bekanntgewordenen Tatsachen halten würde. „SOLA“ hat mit Lizenz Waffenteile nach Deutschland verkauft. Wenn die französische Regierung in Deutschland [Anf]rage hält, so werden wir „den schwarzen Peter“ nach Marokko weitergeben, denn die Ware ging von Frankfurt aus im Transit weiter nach Marokko. In Marokko wird dann die Untersuchung resultatlos enden, denn [die] dortigen Behörden geben den Franzosen keine Auskunft. Ich bitte meine Angaben vertraulich zu behandeln. ANLux, AE 11984 : Photocopie d’une « note confidentielle », 12 décembre 1959. Nous nous permettons deux hypothèses sur l’origine de cette note : soit il s’agit de la confession d’un des membres de la direction de la SOLA (vu qu’il s’agit d’une photocopie, l’original se trouve peut-être dans le dossier d’instruction judiciaire) soit il s’agit d’une note émanant du 2e Bureau de l’Armée qui sera transformé quelques mois plus tard en « Service de Renseignement de l’État ».

46 ANLux, AE 11983 : Minute du BRM du ministre des Affaires étrangères au ministre de la Justice, 4 septembre 1956.

47 L. K. (= Léo Kinsch ?), SOLA als Tarnung, in : Letzebuerger Land, 13 novembre 1959, p. 5.

48 ANLux, AE 12057 : Sûreté publique, Relevé des ressortissants luxembourgeois qui, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, ont été tués au combat comme soldats de la Légion étrangère française, 31 janvier 1961 ; Sûreté publique au Parquet général, 2 février 1961 (copie). Le même dossier contient une douzaine de rapports sur le recrutement de Luxembourgeois par la Légion, adressés par le Parquet général et/ou la Gendarmerie au ministère des Affaire étrangères entre début décembre 1960 et le 8 février 1961.

49 Compte-Rendu des séances de la Chambre des Députés, séance ordinaire de 1960–1961, 16 février 1961, col. 953–954.

50 Ce terme est aujourd’hui contesté par de nombreux auteurs, mais il était d’usage courant à l’époque visée.

51 Van den Dungen, Pierre / Jaumain, Serge (dir.), Biermans-Lapôtre : histoire d’un mécène et de sa fondation, Bruxelles : Racine, 2013.

52 Moes, Régis, Le Tageblatt (note 31).

53 Moes, Régis, Le Luxembourg à ‘l’Heure du Nègre’. Racisme colonial et Apartheid vus depuis le Grand-Duché (1920–1960), in : Collectif, Luxembourg-Afrique du Sud : étude des relations entre le Luxembourg et l’Afrique du Sud : réalisée dans le cadre de l’exposition ‘Nelson Mandela- from prisoner to president’. Ehlerange-Esch : Editions Op der Lay – Musée national de la Résistance, 2015, p. 22–33.

54 Voir en 1952 le secours financier accordé à une Luxembourgeoise qui avait épousé un Algérien musulman, divers documents in ANLux, AE 06302. Plusieurs de ces couples se sont formés dans la ville universitaire de Paris. Voir les dossiers concernant la transmission des actes de mariages dans les archives du Ministère des Affaires étrangères, notamment ANLux, AE 08908, AE 08029, AE 11208 et AE 11207.

55 On retrouve aux archives nationales des dossiers sur la reconnaissance de la Côte-de-l’Or (Ghana) (AE 09960), du Congo (AE 14349), du Gabon (AE 14297), de la Lybie (AE 14333), du Malawi (AE 14332), du Mali (AE 14331), du Maroc (AE 14330), de la Mauritanie (AE 14330), du Niger (AE 14372), de la Rhodésie (AE 14365), du Rwanda (AE 14363), de la Somalie (AE 14362), du Soudan (AE 14361), Congo ex-français (AE 14348), de Madagascar (AE 13023), de l’Ouganda (AE 13024), du Sénégal (AE 13025) et de la Tunisie (AE 13063). Comme nous l’avons vu précédemment, le Luxembourg refuse cependant de reconnaître le Katanga.

56 Voir le dossier ANLux, AE 14102 : Luxembourgeois en divers pays, évacuation éventuelle de ressortissants luxembourgeois. Les consulats luxembourgeois, belges et néerlandais sont sollicités en 1962 de recenser les Luxembourgeois résidant dans leur ressort en vue de pouvoir préparer, le cas échéant, les évacuations. Certains consuls sont cependant incapables de répondre, puisqu’ils ont uniquement des contacts avec des ressortissants luxembourgeois lorsque ceux-ci les sollicitent. Des demandes de recensement sont envoyées dans les États suivants : République arabe unie, Israël, Thaïlande, Maroc, Irak, Malaisie, Singapour, Sénégal, Afrique du Sud, Tunisie, Nigéria, Soudan, Inde, Kenya, Ceylan (Sri Lanka), Philippines, Iran, Ghana, Éthiopie, Liban.

57 L’ambassade des Pays-Bas à Luxembourg au ministère des Affaires étrangères à Luxembourg, s.d. [tampon d’entrée du courrier au ministère des Affaires étrangères daté du 9 juin 1961], in ANLux AE 14102.

58 Voir notamment Krier, Frédéric, Pekings fünfte Kolonne. Zur Geschichte der Luxemburger Marxisten-Leninisten-Gruppen, in : forum 276 (mai 2008), p. 36–40.

59 Moes, Le clergé catholique luxembourgeois (note 30).

60 Moyse, Laurent, Une responsabilité en partage : trente ans de coopération luxembourgeoise au développement, Luxembourg: Ministère des Affaires étrangères, 2013, p. 23–27.

61 Delcourt, Christian, La contribution à l’aide au développement du Tiers Monde prêtée par le Grand-Duché de Luxembourg, Mémoire de fin de stage pédagogique non publié (Ministère de l’Éducation nationale), Luxembourg, 1981.

62 Certes, certains de ces coopérants furent alors encore présentés comme des sortes de « missionnaires laïcs », notamment Edy Lamberty (1932–1963) décédé accidentellement en Bolivie et que ses amis de la « Jeunesse ouvrière chrétienne » (JOC) ont décrit comme un martyr. Schmit, Adolphe, Unter den Indianerjungen des Rio Beni (Bolivien). Edy Lamberty : 1932–1963, Luxembourg : JOC, 1965.

63 Je remercie Frédéric Krier de m’avoir rendu attentif à la dimension africaine de la politique de Gaston Thorn. Avant 1979, le Parlement européen était composé d’élus délégués par les parlements nationaux des États membres. Roemer, Henri, Rencontres dans les allées du souvenir. Un parcours prestigieux, in : idem (éd.), Gaston Thorn. 1928–2007, Esch/Alzette : Polyprint, 2013, p. 10–13.

64 Hirsch, Mario, Gaston Thorn et la politique étrangère. A Man for all Seasons, in : Roe­mer (éd.), Gaston Thorn (note 63), p. 87–100, ici : p. 92–93. Cette position contraste notamment avec la position timorée de Joseph Bech lors de la crise de Suez en 1956, qui certes désapprouvait la nationalisation du canal de Suez par Nasser mais estimait que le Luxembourg n’aurait pas été à sa place en tant que petit pays s’il s’était impliqué dans la politique mondiale. Voir Lemaire, Philippe, La crise de Suez et le Luxembourg : politique et presse, in : forum 303 (janvier 2001), p. 10–12.

65 Pauly, Michel, „Lëtzebuerger am Kongo“ – und danach?, in : forum 208 (mai 2001), p. 25.

66 Nous avons fait ici le choix de ne pas évoquer d’autres relations économiques avec les pays du « Tiers-Monde ». D’une part le rôle de l’ARBED au Brésil n’évolue pas vraiment dans le cadre de la période de décolonisation du tournant des années 1960. De plus, le Brésil est alors un État indépendant depuis près d’un siècle et demi. Les relations économiques du Luxembourg avec l’Afrique du Sud auraient cependant pu être intégrées dans le présent article, puisque malgré la critique qu’expriment certains Luxembourgeois à l’encontre du système des relations économiques furent développées avec ce pays. Cependant, c’est principalement dans les années 1980 que des groupes de pression critiquèrent le maintien des relations économiques malgré l’embargo décrété officiellement à l’encontre de l’Afrique du Sud. Voir également Birchen, Die Firmenbeteiligungen der ARBED (note 2) et Hoffmann, Elisabeth / Thilman, Daniel, Luxembourg-Johannesbourg direct (1954–1994) Histoire(s) d’une liaison aérienne pas comme les autres, in : Collectif, Luxembourg Afrique du Sud : étude des relations entre le Luxembourg et l’Afrique du Sud : réalisée dans le cadre de l’exposition “Nelson Mandela – from prisoner to president”. Esch/Sûre : Op der Lay, 2014, p. 22–33 et Flammang, Mathias, Apartheid Stop: Les actions anti-Apartheid au Luxembourg pendant les années 80, in: ibidem, p. 34–48.