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Le roman en Côte d’Ivoire

Une nouvelle griotique

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Claire L. Dehon

Bernard Dadié publia le premier roman ivoirien qu’il basa sur le modèle réaliste français de l’époque. Bientôt, ayant repris au griot – au conteur professionnel – son rôle social et artistique, ses confrères et lui infusent dans leurs créations des allusions à la culture traditionnelle de même que de nombreuses tactiques et habitudes de la littérature orale. Ils créent ainsi des récits et des personnages qui décrivent la vie quotidienne. Voulant plaire, ils adaptent leurs créations au goût de leurs lecteurs ivoiriens qui, comme eux, appartiennent à une classe moyenne grandissante. Ils répondent donc au besoin de distractions et à la demande pour une littérature qui reflète et qui enseigne la langue, les qualités morales et les bonnes manières de leur groupe social. Ils se donnent pour but d’amuser et, à la fois, de faire réfléchir. Tant et si bien qu’ils obtiennent une production littéraire originale fort différente du roman français contemporain.
En se basant sur l’analyse des romans écrits par une quinzaine d’écrivains représentatifs des niveaux et courants littéraires, cette étude offre une vue générale utile pour les spécialistes et les étudiants en littérature, mais aussi pour les sociologues et les politologues qui s’intéressent aux idées sur l’argent et le pouvoir, par exemple. Elle révèle les changements survenus entre 1956 et 2010 et elle aide à placer des auteurs de renom international tels qu’Ahmadou Kourouma, Tanella Boni et Véronique Tadjo dans leur cadre culturel.
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Chapitre 1 Naissance du roman ivoirien

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La critique universitaire prit l’habitude de citer la saynète «Les villes» comme le premier écrit par un Ivoirien imprimé en français. Elle fut composée par Bernard Dadié en 1933 pour une fête alors qu’il fréquentait l’Ecole Primaire Supérieure de Bingerville. Plus tard, à l’Ecole Normale William Ponty, ses camarades et lui continuèrent à créer des sketchs pour se distraire de la discipline scolaire. Installé sur l’île de Gorée en face de Dakar en 1913, cet établissement reçut le nom d’Ecole Normale William Ponty en l’honneur de l’ancien gouverneur de l’Afrique Occidentale Française, William Merlaud-Ponty. Il avait pour but de préparer les jeunes hommes à l’enseignement ou à remplir des postes inférieurs dans l’administration des colonies. Il élargit ses programmes quelques années plus tard pour inclure des sections préparatoires en administration et en médecine. L’école forma les premières générations d’Africains lettrés qui comptent des noms illustres tels que Félix Houphouët-Boigny, le premier président de la Côte d’Ivoire, Modibo Keita, le premier président du Mali et Hubert Maga, le premier président du Bénin.1 Seul un petit nombre eut accès à Ponty, mais, puisque les élèves venaient de toutes les régions de l’AOF, cette institution aida à y répandre les idées nouvelles entre autres celles qui concernaient l’avenir des cultures africaines.

Soutenue par des éducateurs tels que Georges Hardy et Albert...

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