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Le roman en Côte d’Ivoire

Une nouvelle griotique

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Claire L. Dehon

Bernard Dadié publia le premier roman ivoirien qu’il basa sur le modèle réaliste français de l’époque. Bientôt, ayant repris au griot – au conteur professionnel – son rôle social et artistique, ses confrères et lui infusent dans leurs créations des allusions à la culture traditionnelle de même que de nombreuses tactiques et habitudes de la littérature orale. Ils créent ainsi des récits et des personnages qui décrivent la vie quotidienne. Voulant plaire, ils adaptent leurs créations au goût de leurs lecteurs ivoiriens qui, comme eux, appartiennent à une classe moyenne grandissante. Ils répondent donc au besoin de distractions et à la demande pour une littérature qui reflète et qui enseigne la langue, les qualités morales et les bonnes manières de leur groupe social. Ils se donnent pour but d’amuser et, à la fois, de faire réfléchir. Tant et si bien qu’ils obtiennent une production littéraire originale fort différente du roman français contemporain.
En se basant sur l’analyse des romans écrits par une quinzaine d’écrivains représentatifs des niveaux et courants littéraires, cette étude offre une vue générale utile pour les spécialistes et les étudiants en littérature, mais aussi pour les sociologues et les politologues qui s’intéressent aux idées sur l’argent et le pouvoir, par exemple. Elle révèle les changements survenus entre 1956 et 2010 et elle aide à placer des auteurs de renom international tels qu’Ahmadou Kourouma, Tanella Boni et Véronique Tadjo dans leur cadre culturel.
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Chapitre 4 Diversité dans la modernité

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J.-M. Adiaffi et A. Kourouma voulaient ancrer leurs œuvres dans le fond littéraire ivoirien, aussi, eurent-ils recours, entre autres tactiques, à une représentation métaphorique. Quant aux autres romanciers ivoiriens, certains vont la choisir selon leur sujet ou leur tempérament alors que d’autres se réfèrent de moins en moins aux modes de narration traditionnels. En même temps, tous se sentent moins tenus de s’inspirer des modèles français lus à l’école et certains vont chercher idées ou inspiration dans des littératures étrangères. Le terme « métissage culturel » ne fait plus de sens pour eux. Ils ne désirent plus démontrer qu’ils connaissent bien la langue. Ils n’éprouvent plus le besoin de légitimer leur usage du français, car ils écrivent pour les Ivoiriens qui le connaissent. En fait, le nombre de ceux-ci augmente sans cesse puisqu’après l’indépendance, le français reste le moyen de communication officiel et puisqu’il est enseigné dans toutes les écoles.

Chaque année de nouveaux lecteurs viennent élargir le cercle autrefois si étroit des jeunes qui possédaient les secrets de l’écriture. Leur nombre grandissant favorise la création de nouveaux livres. Il s’ensuit plus de choix dans les sujets et thèmes, plus de variétés dans la qualité littéraire et dans la qualité de la langue. Celle-ci commence à subir des modifications parce que les Ivoiriens l’apprennent dans des classes souvent surpeuplées, ils...

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