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Le roman en Côte d’Ivoire

Une nouvelle griotique

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Claire L. Dehon

Bernard Dadié publia le premier roman ivoirien qu’il basa sur le modèle réaliste français de l’époque. Bientôt, ayant repris au griot – au conteur professionnel – son rôle social et artistique, ses confrères et lui infusent dans leurs créations des allusions à la culture traditionnelle de même que de nombreuses tactiques et habitudes de la littérature orale. Ils créent ainsi des récits et des personnages qui décrivent la vie quotidienne. Voulant plaire, ils adaptent leurs créations au goût de leurs lecteurs ivoiriens qui, comme eux, appartiennent à une classe moyenne grandissante. Ils répondent donc au besoin de distractions et à la demande pour une littérature qui reflète et qui enseigne la langue, les qualités morales et les bonnes manières de leur groupe social. Ils se donnent pour but d’amuser et, à la fois, de faire réfléchir. Tant et si bien qu’ils obtiennent une production littéraire originale fort différente du roman français contemporain.
En se basant sur l’analyse des romans écrits par une quinzaine d’écrivains représentatifs des niveaux et courants littéraires, cette étude offre une vue générale utile pour les spécialistes et les étudiants en littérature, mais aussi pour les sociologues et les politologues qui s’intéressent aux idées sur l’argent et le pouvoir, par exemple. Elle révèle les changements survenus entre 1956 et 2010 et elle aide à placer des auteurs de renom international tels qu’Ahmadou Kourouma, Tanella Boni et Véronique Tadjo dans leur cadre culturel.
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Introduction

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Pour justifier leur établissement en Afrique subsaharienne, les Européens soulignèrent l’état retardataire des sociétés locales en comparaison avec les occidentales. Les Africains, par conséquent, dès qu’ils possédèrent les instruments nécessaires pour écrire, voulurent démontrer la fausseté de ce point de vue. Ainsi, Aimé Césaire, Léon Damas et Léopold S. Senghor, alors jeunes intellectuels étudiant à Paris, proposèrent dans les années 30 le concept de la «négritude». Avec lui, ils affirmèrent l’existence de cultures anciennes et ils valorisèrent la vie traditionnelle souvent méprisée par les coloniaux. Leur attitude ne manquait toutefois pas d’ambiguïté.1 D’un côté, ils considéraient--non sans raison--les apports de l’Europe plus sous leurs aspects destructeurs que positifs. De l’autre, ils ne refusaient guère l’adoption de la langue, de la culture et des sciences du colonisateur. Fiers de leurs nouvelles connaissances, ils voulurent en tirer parti. Par suite, L. Senghor, après avoir défini la négritude comme «le patrimoine, les valeurs et l’esprit de la civilisation noire africaine», se demanda avec ses compagnons comment créer une littérature africaine en français qui répondrait aux exigences de la négritude sans devenir une imitation de la littérature métropolitaine et il proposa alors l’expression de «métissage culturel» pour décrire le processus. Un débat s’ensuivit auquel participèrent les Africains éduqués à l’occidentale, y compris l’Ivoirien...

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