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L’éthique de la libération d’Enrique Dussel

Penser l’altérité et l’utopie à partir du contexte latino-américain

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Berthony Saint-Georges

L’ouvrage présente d’abord l’éthique de la libération du philosophe argentin, Enrique Dussel, et la situe dans le courant de la philosophie latino-américaine. Il en retrace ensuite les étapes de construction à travers son dialogue avec la tradition occidentale, en particulier Marx, Levinas, Rorty, Habermas, Ricœur et Apel, mais également Kant et Heidegger. C’est le dialogue avorté avec Apel comme figure d’une éthique universaliste fondée sur la délibération qui constitue le tournant de la démarche. Dussel ressort de cet échange convaincu de la pertinence de son principe matériel nécessaire à la fondation d’une éthique qui résiste à l’exclusion des sans voix produite par le principe de raison universelle. L’éthique doit accepter son incomplétude matérielle de principe et renvoyer constamment à l’impossible communauté avec les victimes dont elle procède toujours. De cette manière, elle ouvre la voie à une politique de la justice, seule capable d’entreprendre le chemin commun auquel aspire l’éthique de la libération.

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Chapitre 5: Le projet utopique de la communauté des victimes

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CHAPITRE 5

Le projet utopique de la communauté des victimes

La question de l’utopie de la communauté des victimes a été, avec celle de la fondation de l’éthique, au centre du dialogue entre Dussel et Apel. Dans le but de répondre aux problèmes concernant l’humanité dans son ensemble, leurs rencontres ont été dominées, comme nous l’avons montré, par une question fondamentale : comment rendre justice à l’Autre, notamment l’Autre comme exclu ? La réponse d’Apel consiste à dire qu’il faut permettre aux exclus de devenir membres à part entière de la communauté de communication, afin d’y faire entendre leur voix et de participer aux décisions concernant leur communauté ; on pourrait voir se dessiner ici, fût-ce provisoirement, une forme d’utopie. Pour sa part, Dussel pense que dans la perspective de l’éthique de la libération, rendre justice à l’Autre comme victime ou exclu, ne peut se faire par une simple « inclusion » de l’Autre dans la communauté de communication. À travers son action transformatrice ou libératrice, l’Autre comme opprimé ou exclu doit lutter en vue de faire advenir une nouvelle communauté dont il deviendra membre à part entière. Il plaide ainsi en faveur d’une nouvelle société pour les victimes, dans laquelle celles-ci pourront se réaliser enfin comme personnes et citoyens. L’éthique de la libération présente par là les traits d’une utopie, mais une utopie négative, qui doit s’entendre – en première approximation qu’il nous faudra affiner et justifier – comme...

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