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Usages et stratégies polémiques en Europe

(XIVe-premier XVIIe siècles)

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Edited By Marie Bouhaïk-Gironès, Tatiana Debbagi Baranova and Nathalie Szczech

Réflexion collective sur les usages et stratégies polémiques, cet ouvrage souhaite contribuer au développement d’une réflexion historique sur les discours de combat. Envisageant la polémique comme un dispositif discursif socialisé, inscrit dans le temps et mobilisé dans l’action, les études de ce recueil abordent des sources polémiques variées et intègrent les enseignements de l’analyse du discours comme de l’histoire sociale et culturelle. Leurs auteurs, historiens et littéraires, s’intéressent à l’affirmation de la polémique, à une période où, entre Moyen Âge et Renaissance, le développement de l’imprimé et la diversification des régimes de publicisation ouvrent de nouvelles perspectives polémiques. La guerre de mots se révèle alors comme consubstantielle des remous suscités par la progression des innovations humanistes dans les milieux lettrés. De la guerre entre Armagnacs et Bourguignons à la Fronde, l’affirmation des princes suscite autant de prises de plume que de prise d’armes, tandis que les bouleversements religieux multiplient les occasions d’affrontements par les mots. Inscrit dans une démarche historique et conçu comme un dialogue entre médiévistes et modernistes, cet ouvrage cherche à peser le poids respectif des héritages et des transformations des conditions de l’action polémique et analyse, sur le temps long, les formes, les types d’acteurs et les modalités de l’affrontement verbal, aussi bien que les réflexions tactiques sur l’efficacité de la parole polémique.

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Introduction

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Tatiana DEBBAGI BARANOVA

Université de Paris-Sorbonne

Nathalie SZCZECH

Université Bordeaux Montaigne

Une peinture hollandaise anonyme, datant du premier quart du XVIIe siècle, conservée au Museum Catharijneconvent d’Utrecht et reproduite sur la couverture de ce volume, synthétise un siècle de controverses théologiques et de guerres de Religion qui déchirent la Chrétienté depuis la Réforme luthérienne1. L’œuvre met en scène Calvin, Luther et le pape, personnifications des Églises entrées en rivalités avec la confessionnalisation, assis autour d’une table, dans une confrontation dont plusieurs cartels donnent le sens. Les plats que dégustent les convives et leurs attitudes sont autant de rébus, dont la solution est donnée dans les inscriptions. Calvin s’apprête ainsi à manger un bon veau (« calf fijn », en néerlandais, jeu de mots sur le nom de Calvin). De sa main droite, le réformateur arrose ce veau rôti, qui rappelle les persécutions qu’ont subies les calvinistes des Provinces-Unies sous la domination espagnole, du jus d’une orange, allusion aux princes Guillaume Ier et Maurice d’Orange-Nassau, stathouders des Provinces-Unies et meneurs de la rébellion ← 13 | 14 → néerlandaise contre l’Espagne catholique. Le pape se sert une bouillie (« pap », en ancien néerlandais, désignant la bouillie que l’on servait aux enfants, aux malades ou aux personnes âgées), que les deux chats qu’il tient sur ses genoux refusent de lécher (« catten licken...

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