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Jacques-René Rabier

Fonctionnaire-militant au service d’une certaine idée de l’Europe

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Michel Theys

Montmartrois né en en 1919, Jacques-René Rabier a vu sa vie professionnelle épouser l’Europe telle qu’elle se construit depuis la « Déclaration Schuman » en 1950. Engagé par Jean Monnet au Commissariat général du Plan, il le rejoint à Luxembourg où vient de s’installer la Haute Autorité de la Communauté européenne du charbon et de l’acier. Comme il a une plume que le « père de l’Europe » apprécie, il devient le porte-parole de l’Institution. Son destin est scellé : quelques années plus tard, il jette les fondations du Service de presse et d’information de la Commission européenne dont il deviendra un jour le Directeur général. En 1973, le premier élargissement de la Communauté lui coûte sa place, mais n’entame pas sa passion de servir la cause de l’Europe : c’est en tant que « retraité volontaire » qu’il donnera à la Commission un outil statistique, l’Eurobaromètre, qui continue à faire autorité de nos jours. A travers la vie de ce fonctionnaire militant de l’Europe, ce sont des acteurs, connus et méconnus, de la fantastique aventure qu’a constitué la construction européenne à ses origines qui reprennent vie. A travers le regard posé par ce personnaliste, ce sont aussi les idéaux qui animaient les acteurs de ce saut dans l’inconnu qui se laissent à nouveau apprécier, à mille lieues des moroses réalités actuelles. Cette biographie est un appel : pourquoi ne pas en revenir aux idéaux originels ?

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Chapitre VI. Le sondeur

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Chapitre VI

Le sondeur

– Monsieur Rabier, il faut que je vous dise, dans la discussion de cette nuit, une bille a sauté…

– Monsieur le président, j’ai compris : la bille, c’est moi !

– Oui, c’est vous, il fallait qu’on dégage un poste de directeur général…

Il est certains matins plus difficile que d’autres, à la Commission européenne, lorsqu’on est directeur général et que la Communauté vit son premier élargissement. 1er janvier 1973 : le Danemark, l’Irlande et le Royaume-Uni viennent « renforcer » les rangs des six fondateurs, et il appartient donc au Collège des commissaires de couper des têtes pour que certains de leurs ressortissants puissent occuper d’emblée de hautes fonctions dans l’administration européenne. Du côté des fonctionnaires européens, cette réunion sera d’ailleurs bientôt appelée « la nuit des longs couteaux », appellation que les journalistes réservent, pour leur part, aux longues heures nocturnes au cours desquelles les compétences sont réparties entre les membres d’un Collège sur le point de s’installer.

Lorsque, ce matin-là, le président Ortoli le fait appeler au 13e étage du Berlaymont, Rabier pressent ce qu’il va lui être dit. Pourquoi ? Est-ce parce que François-Xavier Ortoli, qui fut son collègue lorsqu’il « était directeur du Marché intérieur »1, doit son ascension politique au fait d’avoir teinté son européisme d’une (bonne) dose de gaullisme ? Cette idée ne l’a...

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