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La sacralisation à l’œuvre dans l’expérience littéraire

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Raymond Michel and Marta Inés Waldegaray

Cet ouvrage interroge la notion de sacralisation comme modèle d’action ou comme force performative de la pensée. La précipitation propre aux temps modernes défie toute possibilité de prévisibilité, esquive le passé, bouleverse l’avenir, car la modernité vénère moins le sens du passé vécu et l’expérience des générations antérieures qu’elle ne célèbre l’affirmation du temps utile et la progression par le changement et la nouveauté. Portant sur un corpus des XIXe et XXe siècles, francophone ou non, les études rassemblées ici traitent de la sacralisation du littéraire opérée par le sujet lecteur. En quoi cette sacralisation diffère-t-elle de la sacralisation religieuse ? Quels sont les gestes qui la constituent ? D’où émane l’impression de sacralité inhérente aux expériences esthétiques, à la lecture littéraire en l’occurrence ? L’articulation entre sacralité et rythme temporel dans l’expérience littéraire oriente non seulement l’examen du rôle du sacré comme usage toujours distancié et vénéré de l’objet à examiner, mais aussi comme expérience auratique pouvant mener à une certaine forme de résistance ou de contre-conduite. Aborder la sacralité du littéraire en relation avec le bouleversement de l’expérience du temps inhérente à la modernité et les fractures de notre univers postmoderne suppose une relecture à travers un prisme interdisciplinaire. Il s’agit donc pour l’ensemble des auteurs de ce volume de voir, à partir de corpus et points de vue divers, comment la (dé)sacralisation est à l’œuvre et fait œuvre dans la littérature.

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La force du sacré et la candeur du mal (Raúl Antelo)

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La force du sacré et la candeur du mal

Raul ANTELO

Universidade Federal de Santa Catarina, Brésil

La découverte de l’Amérique correspond à la naissance de la modernité en tant que drame. La civilisation serait donc cette fiction que nous sommes nous-mêmes, comme auto-inventions du vivant, fiction qui s’est projetée à partir du caractère insupportable de la passion et de la nécessité de la raison civilisatrice. Au début des années trente, l’Amérique attirait l’attention d’une Europe en guerre et la diversité repoussée aux marges de la culture exhibait alors une identité retrouvée. Contre le progressisme chrétien d’un Georges Duhamel1, pour qui l’imitation est la seule école d’originalité, s’ébauche, en contrepartie, une éthique homéostatique d’autorégulation des procédés symboliques, dont le meilleur exemple est une formule de Georges Bataille (non recueillie dans ses Œuvres Complètes) où l’écrivain disait que :

        […] ce serait très intéressant, évidemment, que des races, plus jeunes et plus fortes que les nôtres, arrivent, de cette façon, à une corruption de coutumes aussi généralisée que celle qui nous caractérise. Et, réciproquement, il serait permis d’attendre un renouvellement de notre propre force, qui élèverait nos élans à la hauteur de ceux qui agitent les peuples de l’Amérique Latine. Même s’il ne s’agit pas, en ce cas, d’organiser systématiquement le chaos, dans des pays dont...

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